Société

Un morceau du Guatemala en Abitibi-Témiscamingue

Julissa Hengstenberg Delgado consule générale du Guatemala
Ange Major – Ange Major | amajor@journallereflet.com

Pendant trois jours, du 18 au 20 août, le Consulat général du Guatemala a parcouru l’Abitibi-Témiscamingue pour la première fois. De Ville-Marie à Rouyn-Noranda et Amos, l’équipe consulaire est allée directement dans les milieux où vivent et travaillent des ressortissants guatémaltèques, en majorité des travailleurs étrangers temporaires.

Ils ont ainsi pu rencontrer des travailleurs étrangers temporaires guatémaltèques, des employeurs, de même que différents partenaires locaux, principalement dans le secteur agricole. Pour la consule générale Julissa Hengstenberg Delgado, en poste à Montréal depuis mars 2023, la distance représentait précisément la raison de ce voyage. « Un des buts de mon mandat, c’est vraiment d’aller au plus loin. Pour aller les chercher, pour aller les voir, pour aller les rencontrer, pour écouter leurs besoins, leurs inquiétudes. »

Des services à des centaines de kilomètres de Montréal

Habituellement, les Guatémaltèques doivent se rendre au consulat de Montréal pour renouveler certains documents. Dans une région aussi éloignée, le déplacement peut toutefois devenir difficile, particulièrement pour des travailleurs temporaires dont les horaires et les moyens de transport sont limités.

L’équipe consulaire a donc apporté une partie de ses services avec elle. Lors des rencontres, elle a notamment pu recueillir les empreintes digitales, la photographie, la signature et les renseignements nécessaires au renouvellement d’un passeport. Les documents seront ensuite être imprimés à Montréal avant d’être expédiés aux travailleurs.

Selon les informations recueillies par la consule auprès d’employeurs et de partenaires régionaux, environ une centaine de travailleurs temporaires guatémaltèques se trouvent en Abitibi-Témiscamingue. Ils sont répartis sur un vaste territoire, souvent loin des services consulaires et parfois loin aussi des ressources qu’ils connaissaient.

La tournée a permis un autre constat : plusieurs travailleurs ne savent pas exactement ce que le consulat peut faire pour eux. Certains employeurs non plus. Pour l’expliquer à ses concitoyens au fil de ses rencontres, Julissa Hengstenberg Delgado utilisait une image : « Le consulat, c’est un morceau du Guatemala au Québec. »

Perte de passeport, accident, problème administratif ou difficulté au travail : elle voulait que les travailleurs sachent qu’ils peuvent toujours communiquer avec son équipe, qui les dirigera ensuite vers les ressources appropriées.

Une incompréhension qui commence parfois par quelques mots

Au-delà des papiers, les échanges avec les travailleurs et les employeurs ont aussi fait ressortir un obstacle récurrent : la langue. Selon la consule, une partie des difficultés vécues dans les milieux de travail découle souvent d’une communication imparfaite. Une consigne ou une règle peut ainsi être mal interprétée, tout comme un bulletin de paie peut vite devenir difficile à décoder. « L’employeur dit une chose et le travailleur comprend autre chose, et vice versa. »

La barrière linguistique s’ajoute donc au dépaysement climatique et culturel, ce qui complique l’adaptation à un milieu parfois très différent de celui que les travailleurs ont quitté au Guatemala. Pour ceux du secteur agricole, apprendre le français peut aussi s’avérer particulièrement ardu lorsque les longues journées de travail laissent peu de temps pour suivre des cours ou créer des liens avec des francophones.

À la lumière de constat, Julissa Hengstenberg Delgado estimait que les employeurs auraient tout intérêt à embaucher au moins une personne capable de communiquer autant en espagnol qu’en français. Certaines entreprises ont d’ailleurs déjà commencé à intégrer ce type de soutien à leurs ressources humaines, une pratique qui n’est toutefois pas encore répandue.

Créer un repère dans la région

Cette tournée n’avait pas seulement pour objectif le renouvellement des passeports. En parcourant l’Abitibi-Témiscamingue, le consulat a aussi pu recenser les travailleurs, recueillir leurs coordonnées et établir des liens avec les employeurs, les agences de recrutement et les organismes locaux.

Ces contacts permettront de faciliter les interventions à l’avenir en cas de problèmes. Pour Julissa Hengstenberg Delgado, cette présence prenait tout son sens en pensant à ce que chaque travailleur a dû laisser derrière lui. « Derrière un travailleur, il y a une famille au Guatemala. »

Lorsqu’un accident ou une situation grave se produit au Québec, le consulat peut aussi servir de pont avec cette famille, une responsabilité que ni l’employeur ni les organismes locaux ne peuvent entièrement assumer.

Après avoir traversé pour la première fois l’Abitibi-Témiscamingue à la rencontre de ses ressortissants, la consule espérait surtout avoir instauré un nouveau réflexe : que tout travailleur guatémaltèque de Ville-Marie, Rouyn-Noranda, Amos ou ailleurs dans la région, sache qu’en cas de besoin, un « morceau du Guatemala » est à sa portée, malgré la distance.

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