Rallye Raid Abitibi : 485 kilomètres d’aventure à moto
Au matin du 29 août, avant que les moteurs ne se mettent en marche, François Gravel a rappelé une consigne essentielle aux quelque 65 motocyclistes réunis pour la sixième édition du Rallye Raid Abitibi : si quelqu’un se retrouvait en difficulté, personne ne devait poursuivre sa route sans lui venir en aide. Dans cette aventure de 485 kilomètres, le véritable défi n’était pas de devancer les autres, mais de traverser le territoire ensemble.
Samedi dernier, les participants ont quitté le Camping Sagittaire, près de Val-d’Or, répartis en une dizaine de vagues espacées de trois minutes. Devant eux se trouvait un tracé transmis par GPS, composé de chemins forestiers, d’anciens sentiers de motoneige et de secteurs souvent méconnus, même de ceux qui parcouraient l’Abitibi depuis des années.
Avant le départ, François Gravelle, président de Moto Aventure Abitibi, leur a demandé de ne « jamais laisser quelqu’un en arrière d’eux dans le pétrin ». Cette solidarité constituait le cœur de l’événement. « Ce n’est pas une compétition. Personne ne s’en va sur un podium à la fin de la journée. »
Les motocyclistes ont dû composer avec la distance, la fatigue et les difficultés du terrain. Ils ont navigué à l’aide d’un GPS, transporté le nécessaire pour réparer certains bris et prévu une autonomie d’au moins 200 kilomètres. La réussite ne s’est toutefois mesurée ni au chronomètre ni à l’ordre d’arrivée. Elle a plutôt reposé sur la capacité de relever le défi, de s’entraider et de rentrer au campement avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose ensemble.
Des milliers de kilomètres pour en retenir 485
Même si le rallye n’a duré qu’une seule journée, sa préparation a commencé plusieurs mois avant. Durant l’hiver, François Gravelle a étudié les cartes et exploré certains secteurs en motoneige. Au printemps, il a repris le travail en moto pour vérifier les passages, repérer les obstacles et déterminer les endroits où quelques travaux de défrichage étaient nécessaires.
Les portions les plus intéressantes ont ensuite été rassemblées une à une pour former le parcours complet. Pour retenir les 485 kilomètres proposés aux participants, il a fallu en parcourir beaucoup plus. « Il faut quasiment faire entre 4 000 puis 5 000 kilomètres de moto dans le bois pour en ressortir un 400 ou 500 kilomètres le fun. »
Ce travail a également permis de renouveler entièrement le trajet. Les habitués n’ont donc pas simplement retrouvé les mêmes chemins que les années précédentes. Chaque édition leur a ouvert une autre partie de la région.
Ces découvertes ont représenté l’une des plus grandes satisfactions de François Gravelle. Au fil des éditions, des participants abitibiens pourtant familiers avec les routes et les sentiers de leur coin lui ont raconté avoir découvert de nouveaux endroits dans leur propre région. « Le gars qui, ça fait 10 ou 15 ans qu’il fait déjà de la moto en Abitibi, puis qu’on réussit à lui montrer de nouveaux secteurs ou de nouveaux bouts de trail, bien, ça, c’est super le fun aussi. »
Une autre volonté a guidé l’organisation : transformer les chemins aménagés au fil du temps par l’industrie forestière en portes d’entrée vers le territoire. Le Rallye Raid Abitibi leur a ainsi conféré une utilité récréative et touristique, tout en faisant connaître la région à des participants venus en bonne partie de l’extérieur.
Une aventure inspirée d’ailleurs
L’idée a germé après la participation de François Gravelle à des événements semblables en Europe, en Afrique et ailleurs dans le monde. Il a alors pu constater l’intérêt grandissant pour les motos aventure, conçues pour circuler sur la route, mais également sur une grande variété de terrains.
L’Abitibi lui a semblé offrir tout ce qu’il fallait pour accueillir ce type de rassemblement : de longues distances, un vaste réseau de chemins et suffisamment de secteurs isolés pour proposer une véritable aventure.
Lancée avec des moyens modestes, la première édition a même exigé un investissement personnel de la part des organisateurs. En six ans, l’événement s’est structuré, s’est entouré de partenaires locaux et suscite désormais un engouement croissant lors de l’ouverture des inscriptions.
Cette croissance n’a pas diminué l’importance accordée à la sécurité. Pour cette sixième édition, quelque huit bénévoles ont accompagné les participants et veillé sur eux. Des motocyclistes expérimentés ont fermé le parcours et ont vérifié que personne n’était resté immobilisé ou blessé en forêt.
Un ambulancier bénévole a également fait partie de l’équipe, circulant à bord d’une camionnette équipée d’un système de communication Starlink. Cette installation permettait de le joindre même dans les secteurs privés de réseau cellulaire. Le véhicule a aussi servi à récupérer une moto rendue inutilisable à la suite d’un bris mécanique majeur.
Toute cette préparation a finalement rempli le même objectif que la consigne donnée aux motocyclistes avant le départ. Lorsque ces derniers ont repris le chemin du Camping Sagittaire, aucun podium ne les attendait. La réussite de la journée s’est mesurée autrement : ils avaient parcouru le territoire, découvert des chemins inconnus et veillé les uns sur les autres jusqu’au retour.