Les tarifs de Trump ont forcé l’arrêt de l’usine RYAM à Témiscaming
Le 26 août, la direction de RYAM a confirmé au maire Alain Gauthier ce que la municipalité redoutait depuis plusieurs semaines : la production serait suspendue temporairement à compter du 15 septembre. Après plus de 20 ans passés dans cette usine, dont plusieurs comme directeur général du site, M. Gauthier a toutefois mesuré immédiatement ce que cette décision pourrait signifier pour les travailleurs et pour la ville.
La direction a réuni ses employés pour leur annoncer un arrêt économique d’une durée indéterminée. Selon les informations rendues publiques, 425 emplois seront touchés. RYAM n’a pas souhaité accorder d’entrevue au Reflet pour le moment. Dans une déclaration écrite diffusée après l’annonce, l’entreprise affirme avoir été « contrainte » de suspendre ses activités en raison des nouveaux tarifs douaniers américains de 50 %. Elle a ajouté qu’elle pourrait revoir sa décision si la situation tarifaire évoluait.
L’annonce n’a pas pris les élus locaux au dépourvu. Environ six semaines auparavant, l’entreprise avait prévenu le maire de Témiscaming, celui de Kipawa et les chefs des Premières Nations voisines qu’un tarif de cette ampleur pourrait provoquer un arrêt économique. « Ce n’est pas une décision de la compagnie, en réalité. C’est une guerre économique. »
Un arrêt qu’il connaît, mais qu’il ne contrôle pas
Le maire a déjà vécu plusieurs arrêts économiques au cours de sa carrière industrielle. Il en a lui-même géré lorsqu’il dirigeait le site. Habituellement, ces interruptions permettent de réduire les inventaires lorsque les commandes ralentissent. Cette fois, la cause est différente. RYAM attribue directement sa décision aux tarifs américains. Selon Alain Gauthier, leur ampleur rend la poursuite de la production économiquement non viable.
Contrairement aux ralentissements précédents, la durée de cet arrêt dépend maintenant en grande partie de décisions prises par les gouvernements canadien et américain. La production commerciale du site cessera le 15 septembre, mais certaines installations demeureront en fonction. Le système de traitement des eaux usées et la chaudière no 4 continueront notamment de fonctionner.
Selon l’estimation du maire, entre 100 et 130 travailleurs pourraient demeurer en poste pour produire de la vapeur, chauffer les bâtiments, entretenir les installations et maintenir le système biologique de traitement des effluents. Le nombre exact de mises à pied n’a toutefois pas pu être confirmé directement auprès de l’entreprise. En se basant sur sa connaissance du site, Alain Gauthier estime qu’environ 300 à 325 employés pourraient se retrouver sans travail à court terme.
Le système de traitement des effluents joue également un rôle essentiel pour la municipalité, puisque les égouts de Témiscaming sont reliés aux installations de RYAM. Leur traitement se poursuivra donc malgré l’arrêt de la production.
Une inquiétude différente de celle de 2024
L’annonce rappelle inévitablement la fermeture partielle survenue en 2024. La suspension de la production de cellulose de haute pureté a alors entraîné la perte de 275 emplois. Cette fois, il observe moins de panique dans la communauté, notamment parce que RYAM présente la nouvelle suspension comme une mesure temporaire directement liée aux tarifs. « On est encore dans une fermeture économique avec une optique de redémarrage. Je ne dirais même pas de relance, juste de redémarrage. »
Le maire rappelle également que les conséquences de la fermeture de 2024 ont été moins importantes que certaines personnes l’avaient d’abord craint. Des départs à la retraite, des déplacements internes et de la formation avaient permis de limiter le nombre de travailleurs forcés de quitter la région. Selon lui, certains employés ont aussi trouvé du travail dans les mines, chez Hydro-Québec ou dans le Nord, tout en conservant leur résidence à Témiscaming. L’ampleur du nouvel arrêt pourrait néanmoins compliquer la recherche d’emplois de remplacement à proximité. « Il n’y a pas 400 jobs demain dans le sud du Témiscamingue. »
Des conséquences qui dépendront de la durée
Pour 2026, l’arrêt ne devrait pas modifier directement les revenus de taxation de la Ville. Alain Gauthier explique que les taxes municipales sont établies selon la valeur foncière des bâtiments de l’entreprise et non selon son niveau de production.
Les conséquences pourraient toutefois devenir plus importantes si l’arrêt se prolonge ou devient permanent. Une part considérable des revenus municipaux provient du complexe industriel.
La Ville maintient aussi plusieurs installations sportives et culturelles, dont un aréna, des piscines intérieure et extérieure, une salle de spectacle, un centre de curling et un terrain de golf municipal. Selon le maire, une perte permanente des emplois et des revenus liés à l’usine pourrait éventuellement obliger la municipalité à réévaluer sa capacité à conserver tous ces services.
La Ville n’a toutefois pris aucune décision en ce sens. Dans l’immédiat, elle a plutôt prévu de reprendre contact avec les partenaires qui ont participé à la réponse mise en place en 2024, notamment le Carrefour jeunesse-emploi et les services de santé. L’objectif sera de faciliter l’accès à du soutien psychologique et à de l’aide à l’emploi pour les travailleurs qui en auront besoin.
Un pont à construire jusqu’à la reprise
La Ville a concentré ses premières démarches auprès d’Ottawa. Alain Gauthier indique que des demandes de rencontre ont déjà été envoyées au gouvernement fédéral, sans avoir encore permis d’établir les échanges souhaités avec les ministères concernés.
Le maire critique également les programmes d’aide fédéraux qu’il décrit comme principalement fondés sur des prêts. Selon lui, une entreprise qui ne peut plus absorber le coût des tarifs ne voudra pas s’endetter davantage pour maintenir ses activités. « Très peu d’entreprises vont accepter de s’endetter pour ça. »
Alain Gauthier ne minimise les conséquences possibles. Il invite néanmoins les travailleurs et leurs familles à attendre les prochaines informations avant de prendre des décisions définitives. « Attendons de voir les faits puis les mises à jour. On n’est pas à quelques mois de paniquer. »