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Derrière un nom, une mémoire : Alexis Wawanoloath réfléchit à l’identité et à la transmission

Alexis Wawanoloath
Gracieuseté — Éditions Hannenorak – Joanie Dion | jdion@journallecitoyen.com

Pour Alexis Wawanoloath, un nom est bien plus qu’une simple façon de désigner une personne. Il peut porter une histoire, une mémoire et même une responsabilité envers les générations qui suivent. Dans son nouvel essai Identités et L’histoire de mon nom, l’avocat en droit des peuples autochtones et membre de la nation abénakise pose un regard critique sur l’identité individuelle et constitutionnelle, tout en racontant l’histoire du nom qui lui a été transmis par sa mère, Christine Sioui-Wawanoloath.

L’auteur, qui a également été député à l’Assemblée nationale du Québec et conseiller au Conseil des Abénakis d’Odanak, s’intéresse notamment à la façon dont les conceptions occidentales et autochtones de l’identité peuvent différer.

Dans une conception occidentale administrative, le nom donné à la naissance accompagne généralement une personne toute sa vie. Chez certaines communautés traditionnelles autochtones, l’identité pouvait plutôt évoluer au fil des expériences, des accomplissements et des événements vécus. « C’était peut-être une façon moins figée, qui s’adaptait plus à la réalité de chaque personne au fil de sa vie », explique-t-il.

Cette conception dynamique de l’identité se retrouve également dans sa propre histoire. Le nom Wawanoloath, qui lui a été transmis par sa mère, est issu d’un nom abénaki qui avait été francisé. Pour Christine Sioui-Wawanoloath, ce choix était aussi une façon de préserver une mémoire familiale.

En effet, son propre père étant décédé alors qu’elle n’avait que six mois, elle était consciente très jeune de la fragilité de la vie. Elle souhaitait donc transmettre à ses enfants une partie de cette histoire et de cette filiation.

Alexis Wawanoloath raconte avoir toujours connu l’histoire de son nom. Ce n’est toutefois qu’en travaillant sur ses essais qu’il a pleinement mesuré la portée du geste posé par sa mère.

« Il y a de la fierté là-dedans », reconnaît-il.

Le nom est d’ailleurs devenu un lien entre plusieurs générations. Aujourd’hui, il est porté par Alexis Wawanoloath, sa mère et ses filles. Son frère, qui a lui aussi participé aux réflexions entourant certains des textes, occupe également une place importante dans le projet. L’ouvrage devient ainsi une forme de transmission familiale, mais aussi un moyen de faire connaître cette histoire à un public plus large.

Au-delà de l’histoire personnelle, Identités et L’histoire de mon nom propose une réflexion sur la place des Premières Nations dans l’ordre constitutionnel canadien. Alexis Wawanoloath avance notamment l’idée que les peuples autochtones pourraient être considérés comme un « acteur fédéral » à part entière dans une éventuelle nouvelle constitution canadienne.

Actuellement, les Premières Nations constitueraient notamment un objet de compétence du gouvernement fédéral en vertu de la Constitution de 1867. Pour l’auteur, une véritable reconnaissance de leur souveraineté passerait plutôt par une place constitutionnelle distincte et pleine.

Cette réflexion pourrait aussi, selon lui, s’inscrire dans le contexte d’un éventuel Québec indépendant. Sympathisant de longue date de la cause indépendantiste, il estime que, peu importe le scénario constitutionnel retenu, les Premières Nations devraient être parties prenantes de la construction politique à venir.

Cette nouvelle manière de penser les institutions pourrait également entraîner des répercussions au-delà des peuples autochtones. Monsieur Wawanoloath propose notamment de placer davantage au centre des décisions trois principes : penser aux générations futures dans les prises de décision, favoriser une prise de décision moins hiérarchique et reconnaître la responsabilité collective envers le territoire.

Il estime que ces principes pourraient contribuer à une démocratie plus participative et à des décisions moins axées sur les bénéfices économiques immédiats.

« Il devrait y avoir une analyse qui serait à plus long terme », souligne-t-il, notamment lorsqu’il est question d’exploitation des ressources et d’environnement.

Pour lui, considérer le territoire uniquement comme un espace où puiser des ressources ne suffit pas. Il faudrait également pouvoir y vivre, y maintenir la biodiversité et reconnaître les liens qui unissent les humains à leur environnement.

Alexis Wawanoloath rappelle que ses deux essais sont nés dans un contexte universitaire, en philosophie du droit et en approche critique du droit, mais qu’ils abordent nécessairement des questions qui le touchent personnellement.

« Tout autochtone, à quelque part, devient un être politique », affirme-t-il, rappelant les nombreuses tentatives historiques visant à faire disparaître les cultures et les identités autochtones. Dans ce contexte, vivre sa culture et la transmettre devient en soi une forme de résistance.

Comment vivre avec la lourdeur éventuelle de cette responsabilité ? L’auteur rappelle l’importance de trouver un équilibre et de conserver une place pour le bonheur. Il évoque notamment la notion de « droit au bonheur », soit la possibilité de mener une vie épanouissante, de se définir et d’avoir accès aux conditions nécessaires à une vie digne.

Entre mémoire familiale, identité, droit et avenir collectif, son ouvrage cherche ainsi à ouvrir une conversation qui dépasse largement son propre nom. Alexis Wawanoloath espère d’ailleurs que ses filles pourront un jour s’approprier cette histoire et comprendre l’importance du geste posé par leur grand-mère.

Le lancement de Identités et L’histoire de mon nom est prévu le 26 septembre à 16 h à la bibliothèque municipale de Val-d’Or.

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