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De Kanasuta au MAD, Raphaël Camden poursuit son élan

Le designer Raphaël Camden puise notamment dans les jeux vidéo et la nature entourant le lac Kanasuta pour construire son univers créatif.
Kevin Jubal — Photographe MTL) – Ange Major | amajor@journallereflet.com

Lorsque Hailey Well est montée sur la scène du Festival M.A.D. vêtue d’une création inspirée de Lilith, Raphaël Camden a vu son imaginaire prendre vie une fois de plus. Dans cette sorcière sombre se trouvait l’une des influences qui nourrissent son travail depuis ses débuts : les mondes fantastiques.

Le 23 août, le designer originaire de Rouyn-Noranda a présenté ses créations dans COVEN, un défilé collectif dirigé par l’artiste drag Hailey Well. Présenté lors de la dernière soirée de la 26e édition du Festival MAD, le spectacle a réuni cinq univers de création autour d’un même imaginaire peuplé de sorcières.

Pour Raphaël Camden, cette troisième participation au festival a été différente des précédentes. En 2025, il a présenté seul une collection complète sur la passerelle. Cette fois, il a choisi de partager la charge de travail et la scène avec d’autres créateurs. « L’année passée, j’avais fait un défilé tout seul. C’est vraiment, vraiment une grosse charge de travail. »

COVEN lui a permis de dévoiler quelques créations sans devoir bâtir seul un spectacle complet. Le projet lui a surtout donné l’occasion de travailler avec des artistes dont les approches ont alimenté la sienne. Hailey Well leur a proposé un point de départ commun : la figure de la sorcière. À partir de ce thème, chacun a été libre d’inventer son propre personnage. Raphaël Camden a conçu un look individuel, puis il en a créé un autre avec la créatrice de Maison Desneiges, qu’il a connue pendant ses études.

Les créateurs ont d’abord travaillé chacun de leur côté. Ce n’est qu’à l’approche du défilé qu’ils ont découvert comment leurs vêtements allaient cohabiter sur une même scène. « Chaque personne a quelque chose à apporter de super pertinent », souligne Raphaël Camden. Il décrit comme « vraiment magique » le moment où les différents looks ont formé un tout, à la dernière minute.

Le latex, la performance, le costume et la mode alternative se sont ainsi rencontrés dans un même spectacle. Pour habiller Hailey Well, le designer s’est inspiré d’une version de Lilith représentée dans les jeux vidéo. Ce choix a prolongé l’univers de The Camden Realm, sa marque, dont les collections sont pensées comme les différents territoires d’un vaste royaume imaginaire.

Ce royaume a commencé à se dessiner bien avant son arrivée à Montréal. Raphaël Camden a grandi entre le garage familial, où il jouait parmi les carcasses de véhicules, et l’île de sa famille sur le lac Kanasuta. Le métal, les forêts, l’eau et les insectes ont progressivement rejoint les créatures et les silhouettes exagérées des jeux vidéo dans son travail.

Il a ensuite quitté Rouyn-Noranda pour étudier en design de mode au Collège LaSalle. Diplômé en 2024, il a poursuivi le développement de The Camden Realm en transformant ses souvenirs en vêtements. En 2025, sa collection Kanasuta a fait des insectes de l’île familiale les gardiens d’un territoire imaginaire.

La distance n’a pas effacé ces racines. Elles continuent de guider son travail, y compris la nouvelle collection qu’il a commencé à préparer après COVEN. « La région est vraiment ancrée dans ce que je crée. » Parmi toutes les images de son enfance, il revient particulièrement à celles de l’île. « C’est la nature autour de l’île, les insectes qui vivent sur l’île. C’est vraiment ça qui vient m’inspirer quand je crée. »

Alors que son point d’ancrage est demeuré le même, les occasions se sont multipliées plus rapidement qu’il ne l’avait imaginé. Quelques heures avant COVEN, Raphaël Camden a également habillé Murphy Cooper pour le spectacle soulignant les 40 ans de MusiquePlus. La demande lui est arrivée à la dernière minute. L’artiste a finalement défilé dans une tenue de mille-pattes conçue par The Camden Realm.

Ces projets ont permis au designer de se tailler progressivement une place dans le milieu montréalais. Ils lui ont aussi fait ressentir la fragilité d’un élan qu’il ne voulait pas perdre. « C’est excitant. Ça fait peur aussi », reconnait-il. « Je ne m’attendais pas à avoir ces opportunités-là aussi rapidement. »

Il a tenté de profiter de chacune d’elles pour apprendre, rencontrer d’autres artistes et faire évoluer sa marque. Dans cette progression, les encouragements reçus de Rouyn-Noranda ont occupé une place particulière. « Ça me fait chaud au cœur de voir tout le support que je reçois par rapport à ça. »

Raphaël Camden travaille déjà à sa prochaine collection. Il souhaite désormais habiller davantage d’artistes, développer son site Web et, un jour, travailler sur des films.

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