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À Ville-Marie, une Foire qu’on ne veut pas perdre

17 août 2026

par : Ange Major

photo : Spectacle en soirée (Photo : Ange Major)

Quelques jours avant l’ouverture de la Foire gourmande, Jean-Sébastien Gosselin avait du mal à trouver un endroit tranquille pour répondre au téléphone. Il donnait une consigne, terminait une entrevue, cherchait un coin où s’asseoir. Le vice-président responsable de l’aménagement était déjà sur le site depuis plusieurs jours. Et pendant que l’équipe mettait la dernière main à l’édition 2026, elle commençait déjà à parler de 2027.

Après une dizaine d’années au sein de l’organisation, M. Gosselin a vu la Foire changer. Mais rarement autant qu’en 2026. Pour sa 24e édition, qui s’est tenue du 14 au 16 août, l’événement a retrouvé sa place à la mi-août tout en quittant son aménagement habituel au bord du lac pour concentrer ses activités dans le stationnement de l’aréna Frère-Arthur-Bergeron.

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Derrière ce déplacement se cache une réalité moins visible que les kiosques et les spectacles : organiser la Foire est devenu un exercice de plus en plus serré. « On plane toujours avec la menace de : “C’est peut-être notre dernière année si on ne fait pas bien ça.” On n’a pas le droit à l’échec. »

Cette pression a forcé l’équipe à revoir ce qui, autrefois, semblait aller de soi. Le grand chapiteau utilisé sur l’ancien site mesurait environ 250 pieds de longueur et coûtait cher à installer. En rapprochant les différentes activités des infrastructures municipales déjà existantes, le comité a pu réduire considérablement ses dépenses en chapiteaux et couper environ de moitié ses coûts liés à l’électricité.

Le changement a aussi simplifié un travail que les visiteurs voient rarement. Sur l’ancien site, tout s’étirait en longueur. Il fallait transporter les tables, le matériel et les équipements d’une extrémité à l’autre. Le nouvel aménagement a plutôt été pensé autour d’un point central.

D’autres habitudes ont également disparu. Les bracelets utilisés pour effectuer les achats ont été abandonnés et les visiteurs ont payé directement aux kiosques. Avant l’ouverture, M. Gosselin ne cachait pas que ces décisions le rendaient nerveux.

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Vu sur les chapiteaux | Foire gourmande 2026

Vue sur les chapiteaux (Photo : Ange Major)

Une fois la Foire lancée, la foule était pourtant au rendez-vous. Le stationnement de l’aréna s’est rempli de visiteurs venus circuler entre les kiosques, manger et profiter des activités. Pour l’organisation, qui a pris le risque de revoir une partie importante de sa formule, cette présence a donné une première réponse aux inquiétudes exprimées quelques jours plus tôt.

Mais les finances n’expliquent qu’une partie de cette transformation. Depuis sa création à Ville-Marie en 2002, le rôle même de la Foire a changé. À ses débuts, la Foire devait notamment permettre aux producteurs et transformateurs agroalimentaires de se faire connaître. Les produits régionaux avaient alors beaucoup moins de vitrines et l’habitude de consommer local n’était pas aussi développée. Lorsqu’il a joint l’organisation en 2016, son mandat en témoignait encore. Responsable des exposants, il devait avant tout s’assurer qu’ils ne manquaient de rien.

Dix ans plus tard, la relation a changé. Les marchés publics se sont multipliés, les épiceries ont accordé davantage de place aux produits régionaux et plusieurs entreprises ont développé leurs propres réseaux de distribution. Pour une partie du public, les noms et les produits qui se trouvent sous les chapiteaux n’étaient donc plus des découvertes.

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C’est surtout après la pandémie le moment où cette transformation est devenue évidente, selon le vice-président. Les visiteurs ne se déplaçaient plus seulement pour savoir ce qui se produisait en Abitibi-Témiscamingue ou dans le Nord-Est ontarien. Ils venaient manger, goûter des bouchées, voir ce que les producteurs pouvaient créer avec leurs aliments et, surtout, passer du temps ensemble. « Ce n’est pas une découverte, c’est : voici ce qu’on peut faire avec nos produits. »

La Foire est ainsi devenue davantage un rassemblement au moment même où son rôle historique de vitrine devient moins indispensable. Cette évolution aurait pu pousser l’organisation à délaisser peu à peu l’agroalimentaire pour devenir simplement un autre festival de fin d’été. Pour M. Gosselin, cette limite ne pouvait toutefois pas être franchie. « On ne peut pas ne pas avoir de boucher, on ne peut pas ne pas avoir des gens qui viennent cuisiner leurs propres produits. Ça serait vraiment facile de dire : on change, on s’en va ailleurs, on fait juste une fête. Mais ça ne serait plus la Foire gourmande telle qu’on l’a connue. »

Pendant trois jours, cette nouvelle formule a pris vie autour de l’aréna. Une quarantaine d’exposants et d’artisans ont occupé le site, où les visiteurs ont circulé entre les bouchées, les produits régionaux et les activités culinaires. En soirée, la Foire a aussi retrouvé son volet festif avec les spectacles gratuits d’Aswell, de LAND & Lykos, de Medley Band et de Nörthländer.

En 24 éditions, la Foire a donc changé de site, de formule et même, en partie, de raison d’être. Elle a commencé comme une vitrine destinée à faire connaître les produits régionaux. Elle est devenue un rendez-vous que l’on cherche surtout à ne pas perdre. « La Foire gourmande, c’est l’identité de Ville-Marie. C’est notre festival ici. »

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