Dans une salle du Conseil régional de la Vallée d’Aoste, en Italie, Benjamin Brassard a entendu parler de jeunes forcés de partir pour poursuivre leurs études. De diplômés qui ne reviennent pas. D’une région qui cherche comment conserver ses talents malgré l’attraction des grands centres.
Du 2 au 7 août dernier, Benjamin Brassard a représenté le Parlement jeunesse du Québec à la neuvième édition du Conseil des jeunes valdôtains, aux côtés de Rosalie Faucher, de Drummondville. Pendant près d’une semaine, les deux Québécois ont pris part à une simulation parlementaire réunissant une quarantaine de participants dans cette petite région autonome du nord de l’Italie. À des milliers de kilomètres de notre coin de pays, le jeune délégué québécois a reconnu une histoire familière. « Les enjeux étaient pratiquement les mêmes. »
Benjamin Brassard croyait y découvrir une autre façon de débattre et de légiférer. Il en est surtout revenu avec un regard neuf sur l’Abitibi-Témiscamingue.
Une région reconnue dans une autre
Dès les premières discussions, les ressemblances se sont imposées. Comme l’Abitibi-Témiscamingue, la Vallée d’Aoste vit loin du pouvoir central. Elle possède une identité forte, une réalité territoriale particulière et une population qui doit composer avec des services moins nombreux que dans les grands centres.
Les étudiants y rencontrent aussi une limite bien concrète : l’offre de formation universitaire demeure restreinte. Pour étudier dans plusieurs domaines, ils doivent quitter le territoire, parfois même le pays. « Aussitôt que tu veux étudier dans un autre programme, tu es obligé de sortir de la Vallée d’Aoste. L’exode des jeunes, ils le vivent énormément, tout comme nous. »
Cette réalité a donné une résonance particulière au projet de loi sur lequel il a travaillé. Le texte portait sur la valorisation des talents et du capital humain en région, avec l’objectif de freiner le départ de la relève et de créer des conditions favorables à son retour. Sur le papier, il était question de la Vallée d’Aoste. Dans son esprit, Benjamin Brassard songeait aux jeunes de l’Abitibi-Témiscamingue. « Quand on parle de la fuite des cerveaux, du manque d’occasions pour les jeunes de s’établir en région ou des gens qui ne peuvent pas étudier chez eux, ce sont des enjeux qui nous ressemblent énormément. »
Pour lui, représenter le Québec dans ce contexte dépassait donc largement le cadre d’une simulation politique. Originaire d’un milieu souvent absent des grandes conversations nationales, il tenait aussi à faire entendre la réalité de son territoire. « Avoir cette occasion représente beaucoup pour quelqu’un qui vient d’une région éloignée comme moi. C’était une immense fierté de pouvoir représenter l’Abitibi-Témiscamingue, nos gens et ce que nous sommes. »
Apprendre les différences
Le fonctionnement du Conseil des jeunes valdôtains ressemble à celui du Parlement jeunesse du Québec : les participants étudient des projets de loi, proposent des amendements et défendent leurs positions au cours de débats. Certaines façons de faire diffèrent toutefois, notamment dans le déroulement des débats et l’étude des projets de loi.
Le cadre politique lui-même change la portée des solutions envisagées. La Vallée d’Aoste possède un statut autonome qui lui accorde des pouvoirs régionaux, notamment dans certains domaines où l’Abitibi-Témiscamingue dépend directement du gouvernement québécois.
Une idée applicable en Italie ne pouvait donc pas simplement être transportée au Québec. « Toute bonne solution peut être reprise, mais elle doit être modulée. Nous n’avons pas la même structure ni les mêmes pouvoirs. »
Benjamin Brassard n’a pourtant pas considéré ces différences comme des obstacles. Elles l’ont plutôt forcé à réfléchir à ce qui pourrait être adapté, transformé ou proposé autrement dans sa propre région.

Benjamin Brassard au conseil des jeunes Valdôtins (Crédit photo : Benjamin Brassard)
Lors des rencontres avec les spécialistes invités à éclairer les parlementaires, il a rempli ses pages de notes. Une professeure universitaire venue discuter de la fuite des talents a particulièrement retenu son attention. Avant de quitter l’Italie, il lui avait déjà demandé ses coordonnées. « Je lui ai dit que j’allais la recontacter. Je veux qu’on parle de l’exode des jeunes en région. Je prenais des notes pour chez nous en ciboulot. » Pour Benjamin Brassard, ces échanges ont montré ce que les milieux éloignés peuvent gagner lorsqu’ils cessent de réfléchir seuls à leurs difficultés.
Ramener la discussion chez soi
Les textes adoptés au Conseil des jeunes valdôtains demeuraient fictifs. Aucun projet de loi ne devait être transmis tel quel aux autorités italiennes. L’expérience n’avait jamais prétendu régler en quelques jours le départ des jeunes ou les conséquences des changements climatiques.
Sa valeur se trouvait ailleurs. Elle résidait dans les idées échangées entre des participants issus de milieux différents, dans les contacts conservés après la dernière séance et dans les questions rapportées à la maison.
Président du Forum jeunesse de l’Abitibi-Témiscamingue, Benjamin Brassard compte poursuivre ces discussions auprès des jeunes de la région. Il souhaite mettre en circulation les pistes de solution découvertes, mais aussi leur faire prendre conscience que leurs difficultés sont également vécues ailleurs. « Une simulation reste théorique. Mais on peut entendre une idée et se dire : “Ça, c’est bon. Qu’est-ce que des jeunes ou des élus de chez nous en penseraient ?” Nous étions aussi là pour ramener de l’information. »
En quittant la Vallée d’Aoste, Benjamin Brassard n’a donc pas rapporté une solution toute faite. Il a ramené des projets de loi annotés, de nouveaux contacts et la certitude que deux régions séparées par un océan pouvaient chercher des réponses aux mêmes questions.