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Victoria F. Legault : tracer sa voie, une conviction à la fois

Par : Sa transition, amorcée vers l’âge de 15 ans, l’a obligée à réfléchir tôt à son identité, à sa place

À 15 ans, Victoria F. Legault traversait ce qu’elle décrit aujourd’hui comme une « grande crise existentielle ». À cet âge où plusieurs cherchent simplement leur place, elle amorçait une transition de genre qui allait transformer sa vie. Celle qui a

Victoria F. Legault | crédit Ville de Montreal & Sylvain Legare

À 15 ans, Victoria F. Legault traversait ce qu’elle décrit aujourd’hui comme une « grande crise existentielle ». À cet âge où plusieurs cherchent simplement leur place, elle amorçait une transition de genre qui allait transformer sa vie. Celle qui a grandi à Amos dirige maintenant l’un des principaux organismes de défense des droits des personnes trans au Québec. Un parcours qui n’avait rien d’écrit d’avance.

« Jamais, en grandissant, je ne me suis dit que j’allais être gestionnaire ou directrice générale d’un organisme communautaire », raconte-t-elle. Pourtant, elle occupe le poste de directrice générale depuis quatre d’Aide aux Trans du Québec (ATQ), un organisme fondé en 1980 qui accompagne les personnes trans, sensibilise le public et défend leurs droits. À son arrivée, l’organisation traversait une période d’incertitude. Aujourd’hui, elle confie que son équipe a triplé, ses revenus ont plus que triplé et de nouveaux programmes ont vu le jour.

« Ce qu’on voit souvent de mon travail, c’est la présence médiatique. Mais ce qui me rend le plus fière, c’est tout ce qu’on voit moins : consolider l’organisme, créer des emplois pour des personnes trans, développer des services qui n’existaient pas. »

Un parcours loin d’être linéaire

Le chemin qui l’a menée jusque-là ressemble davantage à une succession de détours qu’à une ligne droite. Jeune, Victoria F. Legault hésite entre deux univers qui semblent incompatibles. D’un côté, l’art et la création. De l’autre, le droit et la justice sociale. « Je suis une personne de dualité. J’adore les fichiers Excel, mais je suis aussi profondément artistique », dit-elle.

Elle rêve d’abord d’étudier en design de mode avant de revoir ses plans. Convaincue que le droit lui permettra de contribuer à une société plus juste, elle quitte l’Abitibi pour entreprendre une technique juridique avec l’objectif de devenir avocate.

Et la vie en décide autrement.

Après un passage au ministère de la Justice, un retour temporaire en Abitibi, puis un nouvel aller vers Montréal, elle se retrouve… dans le milieu artistique. Un contrat de sensibilisation contre l’intimidation lui ouvre les portes de l’Union des artistes. Pendant une année, elle travaille dans le domaine artistique.

Mais pendant que les plateaux de tournage occupent ses journées, une autre passion reprend tranquillement sa place : l’engagement communautaire.

Des racines à Amos

Cet engagement, en réalité, est né bien avant Montréal. À Amos, alors qu’elle est encore adolescente, Victoria F. Legault participe à Diversité Amos, un petit collectif citoyen qui organise notamment des activités de sensibilisation lors de la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. « On était cinq ou six personnes. Il n’y avait pas de financement, pas d’équipe, même pas de conseil d’administration. Mais c’est là que j’ai compris que je voulais faire une différence. »

Très tôt, elle prend conscience des inégalités auxquelles font face certaines personnes, notamment les personnes trans. Cette réalité nourrit un engagement qui, pendant plusieurs années, restera entièrement bénévole. Lorsqu’une amie l’invite à s’impliquer à l’ATQ, elle accepte sans imaginer la suite.

Quelques mois plus tard, la direction générale quitte ses fonctions. Le conseil d’administration cherche une relève. « J’ai pris une décision un peu folle. J’ai levé la main, j’ai soumis ma candidature. » Elle obtient d’abord le poste par intérim. Puis elle y découvre sa place.

Grandir plus vite

Si Victoria occupe aujourd’hui un poste de direction à un âge où plusieurs amorcent seulement leur carrière, elle croit que son parcours personnel y est pour beaucoup. « On m’a souvent dit que j’étais plus mature que mon âge. » Elle réfléchit quelques secondes avant d’ajouter une nuance. « Je pense que c’est le cas pour beaucoup de personnes trans ou queer. On est amenés à se poser très jeunes des questions existentielles que d’autres vivront peut-être plus tard. »

Sa transition, amorcée vers l’âge de 15 ans, l’a obligée à réfléchir tôt à son identité, à sa place dans le monde et au regard des autres. « J’ai parfois l’impression d’avoir franchi certaines étapes plus rapidement. Non pas parce que j’étais en avance, mais parce que je n’avais pas vraiment le choix. »

Aujourd’hui encore, elle ne considère pas sa transition comme terminée. « J’ai rencontré des personnes qui me disent être arrivées à la fin de leur transition. Pour d’autres, ce ne sera peut-être jamais le cas. Chaque parcours est différent. Moi, je sens que je suis encore en chemin. »

Entre engagement et vulnérabilité

Être directrice générale d’un organisme consacré aux réalités trans signifie aussi que les enjeux professionnels rejoignent constamment les enjeux personnels. Lorsque les débuts publics s’enflamment ou que des controverses touchent directement les personnes trans, Victoria devient souvent l’une des voix appelées à intervenir.

« Quand je prends la parole, je le fais au nom de nos membres, mais ce sont aussi des sujets qui me concernent personnellement. La frontière entre ma vie personnelle et mon travail est parfois très mince. »

Cette exposition a un coût. Les commentaires haineux existent. Les attaques aussi. Pour tenir le coup, elle mise sur son entourage. « Je suis extrêmement chanceuse d’être bien entourée. J’ai des amis, des collègues, des mentors. Sans eux, ce serait beaucoup plus difficile. »

Si elle pouvait conseiller la jeune Victoria de 15 ans, voici ce qui lui vient instinctivement en tête : « Il n’y a vraiment rien d’impossible. »

Elle pense aux nombreux plafonds de verre qui subsistent encore pour les personnes trans, particulièrement dans les postes d’influence et les sphères décisionnelles. « J’aimerais lui dire d’avoir confiance. De croire en sa vision. Parce qu’elle fait partie d’une génération qui va réussir à en faire tomber quelques-uns. »

Et un second conseil : « Bien s’entourer. C’est probablement la chose la plus importante. Quand tout devient plus difficile, ce sont les personnes autour de nous qui nous permettent de continuer à avancer. »

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