Le Musée minéralogique de l’Abitibi-Témiscamingue invite les citoyens et les visiteurs à prendre la route autrement grâce à son nouveau balado consacré à la faille de Cadillac. Pensée comme un compagnon de voyage pour les automobilistes qui empruntent la route 117, la série propose de découvrir l’histoire minière et sociale de la région au fil des municipalités qui ont façonné son développement.
« L’idée, au départ, c’était de produire de petites capsules que les gens pourraient écouter pendant qu’ils traversent l’Abitibi-Témiscamingue », explique Maxime Bolduc, coordonnateur des expositions et responsable du développement de projets au Musée minéralogique de l’Abitibi-Témiscamingue.
Les huit épisodes suivent sensiblement le parcours de la route 117. Après une introduction qui présente les grandes lignes de l’histoire minière québécoise et les bases nécessaires pour comprendre le territoire, chaque capsule s’attarde à une localité marquante située le long de la faille de Cadillac, de Malartic jusqu’à Rouyn-Noranda. Un épisode aborde également les secteurs miniers situés à l’extérieur de la région, tandis que le parcours se poursuit jusqu’à Kirkland Lake, en Ontario.
« La faille ne connaît pas la frontière entre le Québec et l’Ontario », rappelle M. Bolduc. Cette ouverture permet de mieux comprendre les liens historiques qui unissent les deux territoires depuis les débuts de l’exploitation minière.
Au-delà de la géologie
Contrairement à ce que son titre, Sur la faille de Cadillac, pourrait laisser croire, le balado ne se concentre pas uniquement sur les aspects géologiques de la faille. Il s’intéresse également aux femmes et aux hommes qui ont bâti la région, ainsi qu’aux réalités sociales qui ont accompagné le développement des villes minières.
« On raconte l’histoire minière, mais surtout l’histoire sociale de l’Abitibi-Témiscamingue : pourquoi les gens se sont installés ici, comment les villes se sont développées et quelles réalités ont marqué ces communautés », résume Maxime Bolduc.
Sur la faille de Cadillac adopte une formule de discussion. M. Bolduc partage ses connaissances historiques, tandis que sa coanimatrice Chéryl Larivière pose les questions que pourraient se poser les visiteurs découvrant la région pour la première fois. Cette approche rend le contenu accessible, sans sacrifier la rigueur historique.
Bien que la série s’adresse principalement à un public adulte, le coordonnateur estime qu’elle pourrait également constituer un outil pédagogique intéressant pour les écoles. Les épisodes peuvent d’ailleurs être écoutés indépendamment les uns des autres, selon les intérêts des auditeurs.
Deux années de recherche
Derrière ces capsules se cachent près de deux années de travail de recherche. En collaboration avec Félix Lemieux, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke, l’équipe du musée a consulté une vaste documentation : ouvrages spécialisés, travaux de chercheurs, archives de sociétés d’histoire et journaux d’époque, notamment La Gazette du Nord.
L’objectif n’était pas de dresser une liste exhaustive des événements, mais plutôt de sélectionner les histoires qui illustrent le mieux l’influence de l’industrie minière sur le développement social et urbain de la région.
Certaines réalités communes à plusieurs villes n’ont été expliquées qu’une seule fois, laissant la place à des anecdotes propres à chaque secteur afin de mettre en valeur la diversité des expériences vécues en Abitibi-Témiscamingue.
Un développement parfois improvisé
Parmi les découvertes qui l’ont le plus marqué, Maxime Bolduc souligne le caractère parfois improvisé des débuts de la colonisation minière.
« C’était un peu le farwest », image-t-il.
Il raconte notamment l’histoire d’un prospecteur qui, après avoir enregistré un claim, est revenu un an plus tard pour découvrir qu’un campement minier entier s’était déjà installé sur son terrain. Une anecdote qui témoigne de la rapidité avec laquelle la région s’est développée au rythme des découvertes minières.
Les recherches ont également mis en lumière un aspect souvent méconnu : la compétition entre le Québec et l’Ontario au début du XXe siècle. Le développement de villes comme Kirkland Lake et Cobalt précédait celui de l’Abitibi-Témiscamingue d’une trentaine d’années. Pour le gouvernement québécois, il devenait donc essentiel de développer rapidement des infrastructures, notamment la route traversant la réserve faunique La Vérendrye, afin d’approvisionner directement les nouveaux centres miniers sans dépendre des réseaux ontariens déjà bien établis.
« Cette volonté de compétitionner l’Ontario a beaucoup influencé la manière dont notre région s’est développée », souligne M. Bolduc.
Préserver une mémoire régionale
Au-delà du récit historique, le balado s’inscrit dans la mission du Musée minéralogique de préserver le patrimoine minier de la région. Selon Maxime Bolduc, l’histoire de l’Abitibi-Témiscamingue demeure méconnue, malgré son importance dans le développement économique du Québec.
« Ce n’est pas seulement un outil pour les touristes. C’est aussi une façon pour les gens d’ici d’en apprendre davantage sur leur coin de pays et de comprendre que notre histoire s’inscrit dans celle du Québec. »
Pour lui, cette mémoire est essentielle afin de reconnaître la contribution de l’Abitibi-Témiscamingue à l’histoire provinciale et de nourrir la fierté régionale.
Avec Sur la faille de Cadillac, le Musée minéralogique de l’Abitibi-Témiscamingue espère justement offrir une nouvelle porte d’entrée vers cette histoire, une route et une ville à la fois.
Pour écouter le balado, rendez-vous au https://www.museemalartic.qc.ca/fr/page/index.cfm?PageID=110