Les Einherjars donnent vie à leurs chansons
Après des années à faire résonner leurs compositions autour des feux de camp de Bicolline, le groupe rouynorandien Einherjars réalise un rêve de longue date avec la sortie de son album, Le murmure des runes. Plus qu’un disque, ce projet est l’aboutis
Après des années à faire résonner leurs compositions autour des feux de camp de Bicolline, le groupe rouynorandien Les Einherjars réalise un rêve de longue date avec la sortie de son album, Le murmure des runes. Plus qu’un disque, ce projet est l’aboutissement d’une aventure humaine née de la passion, de l’amitié et d’un univers médiéval qui rassemble depuis des années ses membres.
Pour Maxime Poirier, fondateur, auteur-compositeur et chanteur principal du groupe, tout a commencé bien avant la création des Einherjars. Habitué de Bicolline depuis son adolescence, il a d’abord écrit des chansons a cappella destinées à animer les soirées de son clan viking.
« Au départ, je chantais tout seul. Les gens me disaient souvent : “Ce serait le fun d’entendre ces chansons ailleurs qu’une fois par année à Bicolline.” »
Ce qui n’était au début qu’une façon de créer de l’ambiance est rapidement devenu un projet collectif. Au fil des rencontres, d’autres musiciens se sont joints à l’aventure, apportant chacun leur couleur. Parmi eux, Catherine Chabot, chanteuse, clarinettiste et flûtiste, est devenue la principale responsable des harmonies vocales qui caractérisent aujourd’hui le son du groupe.
« Mon travail, c’est de prendre les forces de chacun et de les mettre en valeur. Chaque voix est différente. Plutôt que d’essayer de les uniformiser, on construit les arrangements autour des forces de chacun, de ce que chacun fait le mieux », explique-t-elle.
Si les textes plongent dans la mythologie nordique, les sagas vikings et l’univers de Bicolline, les membres des Einherjars tiennent à préciser qu’ils ne cherchent pas à recréer fidèlement la musique de l’époque. « On ne fait pas de reconstitution historique. On s’inspire de la culture norse, mais on raconte surtout des histoires qui nous appartiennent », résume Maxime Poirier.
Les douze chansons de Le murmure des runes sont toutes interprétées en français, à l’exception de quelques mots en pseudo-suédois dans Legenden. Un choix assumé. « Pour transmettre les émotions, le français était la meilleure façon de rejoindre les gens. »
Le titre de l’album évoque lui aussi cet univers. Dans la tradition nordique, les runes servaient notamment à interpréter le destin. Pour les membres du groupe, Le murmure des runes symbolise autant les récits qu’ils racontent que le chemin parcouru depuis leurs débuts.
« C’est un peu le destin qui nous a amenés jusque-là », lance Catherine Chabot.
Car le groupe s’est construit presque par hasard. Les chansons existaient déjà depuis plusieurs années, alors que Maxime Poirier les chantait en solo à Bicolline, lorsque les membres ont commencé à les transformer collectivement. La pandémie a d’ailleurs marqué un tournant important. Le temps offert par le confinement a permis de structurer les harmonies, d’écrire les partitions et de pousser beaucoup plus loin les arrangements musicaux.
« Avant, tout se faisait beaucoup à l’instinct. Pendant la COVID, on a eu le temps de tout mettre sur papier et de réfléchir à chaque détail. Ça a complètement changé notre façon de travailler », raconte Catherine Chabot.
Le travail en studio aura lui aussi demandé de nombreuses adaptations. Reproduire l’énergie des chants interprétés dans le grand bâtiment viking de Bicolline représentait un véritable défi. « Une chanson à répondre fonctionne différemment lorsqu’elle est enregistrée. Il fallait trouver un équilibre entre garder l’authenticité de ce qu’on vit là-bas et créer quelque chose qui s’écoute bien sur un album », explique-t-elle.
Après plus de deux ans de collaboration avec le Studio AdéquaT, le résultat rassemble sept chansons déjà publiées auxquelles s’ajoutent cinq nouvelles compositions. Pourtant, malgré cet accomplissement, les membres des Einherjars ne nourrissent aucune ambition de carrière professionnelle.
« Notre objectif ultime, c’était de faire un album. On l’a fait. Ensuite, on rêvait de présenter un spectacle à Bicolline, et on l’a réalisé l’an dernier. Tout le reste, c’est du bonus », affirme Maxime Poirier.
Ce concert demeure d’ailleurs l’un des moments les plus marquants de leur parcours. Devant eux, des dizaines de personnes chantaient des chansons qui circulent depuis des années dans les tavernes et les camps de Bicolline. « À la fin du spectacle, des amis sont venus me voir en pleurant. Ils me disaient : “Tu as réalisé ton rêve.” C’était un moment incroyable. »
Le groupe n’entend pas multiplier les tournées. Les sept membres jonglent avec leur travail, leur famille et les autres passions. Quelques spectacles seront présentés lorsque les occasions s’y prêteront, mais toujours dans le même esprit qui les anime depuis le début.
« On fait ça pour le plaisir. On n’a jamais cherché le succès ni la reconnaissance. Cette absence de pression nous permet de rester créatifs et de profiter pleinement de l’aventure. »
Cet été, les Einherjars participeront d’ailleurs à un nouveau défi en créant une partie de la trame sonore du spectacle Beltane, présenté par le Cirque Collini.
Pour les membres du groupe, peu importe la suite, l’essentiel est déjà accompli : leurs chansons, autrefois réservées aux soirées entre amis, poursuivent désormais leur route bien au-delà des terres de Bicolline.