Depuis plus d’une décennie, l’artiste peintre Céline J. Dallaire nourrit une fascination pour le grèbe jougris. Cette passion prend aujourd’hui la forme de l’exposition Ici, le grèbe jougris nidifie, présentée à la Galerie d’art contemporain Céline J. Dallaire. L’artiste met en lumière, à travers une multitude de techniques, cet oiseau rare devenu un symbole de Rouyn-Noranda, tout en portant un regard sensible sur les enjeux environnementaux qui touchent le territoire.
Le point de départ de cette aventure remonte à 2011, alors que Mme Dallaire participe à une exposition collective consacrée aux oiseaux. Chacun des artistes devait choisir une espèce rare ou menacée. C’est à ce moment qu’elle découvre le grèbe jougris, dont l’unique site de nidification connu au Québec se trouve à Rouyn-Noranda.
« C’est vraiment son caractère unique qui m’a captivée », raconte-t-elle. « Ensuite, en découvrant les grèbons, les petits, je suis tombée complètement en amour avec l’espèce. »
Depuis, l’artiste multiplie les sorties d’observation autour des lacs Osisko et Kiwanis, appareil photo à la main. Son travail s’appuie aussi sur les clichés de l’une de ses amies, passionnée d’ornithologie, afin de saisir avec justesse les comportements de l’oiseau.
Au fil des ans, Céline J. Dallaire a fait du grèbe jougris le sujet de nombreuses démonstrations et ateliers offerts dans son académie d’art. Chaque technique enseignée devenait l’occasion de revisiter l’oiseau sous un angle nouveau.
Le résultat est une exposition riche et variée où se côtoient aquarelles, linogravures, lithographies, pastels, encres acryliques, monotypes et estampes numériques. Bien que la fresque demeure la pièce maîtresse, l’artiste souligne que les estampes numériques occupent une place importante dans cette nouvelle présentation.
L’exposition continuera d’ailleurs d’évoluer au fil des semaines, alors que de nouvelles estampes et gravures seront réalisées directement sur place.

« C’est vraiment son caractère unique qui m’a captivée », raconte-t-elle. « Ensuite, en découvrant les grèbons, les petits, je suis tombée complètement en amour avec l’espèce. » (Photo : Le Citoyen — Joanie Dion)
Un message environnemental
Au-delà de l’esthétique, Ici, le grèbe jougris nidifie porte un message clair sur la relation entre la ville, son histoire industrielle et son environnement.
Les tons terreux qui traversent la fresque évoquent autant le sol que la pollution héritée de l’industrie métallurgique rouynorandienne, tandis que les couleurs plus lumineuses symbolisent l’espoir d’un milieu de vie plus sain.
« Le grèbe jougris est présent sur nos lacs malgré tout. C’est un symbole qui nous amène à réfléchir à notre environnement et à ce qu’on veut laisser pour l’avenir », explique l’artiste.
Même si l’exposition ne fait pas officiellement partie de la programmation du 100e anniversaire de Rouyn-Noranda, Céline J. Dallaire estime que le moment est tout indiqué pour mettre en valeur l’oiseau emblématique de la ville.
Observer autrement
Parmi les œuvres présentées, plusieurs mettent en scène la nidification du grèbe jougris, un comportement qui fascine particulièrement l’artiste. Une série illustre notamment les différentes étapes de la construction du nid, de l’incubation des œufs et le partage des responsabilités entre le mâle et la femelle.
L’exposition invite ainsi les visiteurs à découvrir non seulement la beauté de l’espèce, mais aussi les subtilités de son comportement. « J’espère que les gens auront envie d’aller marcher autour des lacs et de les observer en vrai. Quand on apprend à les connaître, on tombe facilement sous leur charme. »

Les carnets de croquis des artistes de Sketch Urbain. (Photo : Le Citoyen — Joanie Dion)
En parallèle, des carnets réalisés par des artistes du mouvement Sketch Urbain accompagnent l’exposition. Leurs croquis proposent un regard complémentaire sur Rouyn-Noranda et son patrimoine, offrant aux visiteurs une autre façon de redécouvrir la ville.
À travers cette rencontre entre art, nature et mémoire collective, Céline J. Dallaire rappelle qu’un simple oiseau peut devenir un puissant témoin de l’identité d’un territoire.
L’exposition sera accessible au public du 9 juillet au 22 août selon l’horaire d’été de la Galerie.