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Le Dr Pierre Vincelette réclame davantage de recherches indépendantes

4 juillet 2026

par : Ricardo Junior Emmanuel

photo : Dr Vincelette a travaillé durant toute sa carrière ici à Rouyn-Noranda et dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue. (Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel )

Médecin, pédiatre et néonatologiste à la retraite depuis quatre ans, résident du quartier Notre-Dame depuis une cinquantaine d’années, Pierre Vincelette estime que l’étude de biosurveillance réalisée par Intrinsik Corp. pour la Fonderie Horne ne permet pas de conclure à l’absence de risques pour la santé de la population. Dans une entrevue accordée au Citoyen, il réclame la réalisation de nouvelles recherches indépendantes et davantage de financement pour les projets scientifiques portant sur les impacts de la pollution industrielle à Rouyn-Noranda.

Pour Dr Pierre Vincelette, les enjeux environnementaux liés aux activités de la Fonderie Horne demeurent une préoccupation majeure. « J’ai pris conscience de cette problématique en 2018-2019 à la suite des travaux et des études de biosurveillance de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue », explique-t-il. Selon lui, les émissions industrielles continuent d’entraîner des conséquences qui méritent d’être étudiées davantage. « Les émissions ont baissé avec les années et elles demeurent très importantes. Mais, il y a l’accumulation année après année de ces rejets », soutient-il.

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Le médecin retraité remet particulièrement en question les conclusions du Programme de biosurveillance de l’arsenic présenté récemment par Intrinsik Corp., une étude financée par Glencore Canada et réalisée auprès de 302 résidents de Rouyn-Noranda dont 245 répondaient aux critères de l’analyse au niveau communautaire. Rappelons que cette étude concluait que les niveaux d’exposition à l’arsenic mesurés chez les participants étaient comparables ou inférieurs à ceux observés dans la population canadienne et que l’alimentation constituait la principale source d’exposition mesurée. (https://journallecitoyen.com/articles/article_7813/)

Dr Vincelette estime toutefois que l’étude comporte plusieurs limites méthodologiques. « Quand tu n’as pas un groupe témoin, un groupe de personnes non exposées aux rejets toxiques pour comparer, tu ne peux pas mettre en évidence une différence significative », affirme-t-il. Selon lui, la comparaison effectuée avec les données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) ne permet pas d’évaluer adéquatement les impacts potentiels sur la santé. « Plusieurs études montrent des atteintes pour la santé à des niveaux beaucoup plus bas que les taux retenus par la firme Intrinsik Corp. C’est une fausse réassurance avec un chiffre qui n’est pas compatible avec une étude sur la santé », soutient-il.

Dr Vincelette ajoute que les risques associés à la pollution industrielle ne devraient pas être analysés uniquement sous l’angle de l’arsenic. « L’arsenic est un de plusieurs facteurs. La pollution, ce n’est pas juste l’arsenic. Le danger pour la santé n’est pas juste l’arsenic, c’est l’ensemble », précise-t-il. Cependant, dans le rapport de l’étude menée par Intrinsik Corp., l’équipe indique avoir retenu l’urine comme biomarqueur principal puisqu’il s’agit, selon la littérature scientifique, du meilleur indicateur pour évaluer l’exposition récente à l’arsenic. La firme soutient également que son programme a été réalisé de façon indépendante, bien qu’il ait été financé par Glencore. Selon le rapport, la méthodologie et les conclusions ont été soumises à une révision indépendante et l’entreprise n’aurait pas participé au processus de révision.

Plus de recherches réclamées

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Au-delà de ses critiques envers l’étude, Dr Pierre Vincelette souhaite surtout voir se multiplier les travaux scientifiques indépendants portant sur la situation environnementale à Rouyn-Noranda. « On aimerait que des chercheurs indépendants mènent un genre d’étude semblable à Intrinsik Corp., mais avec les bons biomarqueurs ou un groupe témoin », affirme-t-il. Selon lui, plusieurs expertises existent déjà au Québec pour réaliser ce type de recherche, notamment à travers l’Observatoire national sur les incidences des émissions de contaminants sur la santé et l’environnement (ONICSE), hébergé à l’UQAT. Il rappelle que 19 projets de recherche ont récemment été soumis dans le cadre de l’appel de projets PRECISE lancé par l’ONICSE, mais que seulement cinq ont obtenu du financement. « Avec cinq, on a cinq parties du casse-tête, mais il en manque encore », estime-t-il. « C’est pour ça que j’ai écrit à nos élus pour essayer d’aller chercher du financement supplémentaire afin que davantage de recherches puissent être réalisées. » Selon, lui, cela correspond à 27 % des projets soumis. « À eux seuls bien qu’intéressants, ils ne sont pas aptes à apporter un éclairage relativement complet ou même suffisant pour bien comprendre la problématique environnementale présente à Rouyn-Noranda. »

Pas contre la Fonderie Horne

Malgré ses critiques, Dr Vincelette précise qu’il ne réclame pas la fermeture de l’établissement. « C’est vrai que la fonderie donne de l’emploi. C’est vrai qu’elle apporte des retombées. Ce qu’on aimerait, c’est qu’elle se comporte de façon responsable face aux conséquences de ses activités et qu’elle corrige ce qui peut l’être », soutient-il. Pour lui, le débat ne doit pas opposer développement économique et santé publique. « Favoriser une meilleure connaissance est un geste rassembleur et une voie de convergence éventuelle », conclut-il.

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