À la suite de l’adoption du projet de Loi 11 par le gouvernement du Québec qui prolonge jusqu’en 2033 l’autorisation ministérielle de la Fonderie Horne, le mouvement Mères au front a organisé un rassemblement vendredi devant le bureau du député Daniel Bernard pour exprimer leur colère.
Selon les citoyens, la loi permettra de maintenir pendant plusieurs années des concentrations de contaminants jugées préoccupantes. Notamment, les niveaux d’arsenic pourraient atteindre 45 ng/m³ d’air jusqu’à la fin de 2029, avant de diminuer à 15 ng/m³ jusqu’en 2033, sans échéancier clair pour atteindre la norme québécoise de 3 ng/m³. Le mouvement Mères au front dénonce une décision qui, selon lui, compromet la santé de la population de Rouyn‑Noranda. Plus loin, il estime que cette adoption met en péril la santé de la population de Rouyn-Noranda au profit d’enjeux économiques.
Sur le terrain, la réaction est sans équivoque. « C’est sûr qu’on est extrêmement en colère », a affirmé Jennifer Ricard Turcotte, porte-parole du mouvement, lors du rassemblement. « Le gouvernement a plié devant le chantage, les menaces de fermeture répétées et la campagne de désinformation d’une multinationale qui nourrit la peur et attise la division sociale pour maintenir et pérenniser son droit de polluer au détriment de la santé de la population », précise-t-elle.

Jennifer Ricard Turcotte, porte-parole du mouvement Mères au front à Rouyn-Noranda. (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
Mme Turcotte rappelle que la population s’était déjà prononcée contre des délais jugés trop longs lors d’une consultation publique tenue en 2022. Selon elle, la décision du gouvernement d’accorder des délais supplémentaires à la Fonderie Horne, jusqu’en 2033, va à l’encontre des préoccupations exprimées par des experts et une partie de la population. Elle ajoute que, par cette décision, le gouvernement manque gravement à son obligation de protéger la population et de garantir le respect de ses droits fondamentaux.
Une injustice environnementale
Les Mères au front soutiennent que cette décision a été prise malgré l’opposition de plusieurs acteurs du milieu de la santé, incluant un regroupement de 118 médecins, appuyés notamment par le Collège des médecins et l’Association québécoise des médecins pour l’environnement. Pour Jennifer Ricard Turcotte, les risques pour la population sont pourtant bien connus. Selon elle, des mesures urgentes s’imposaient, plutôt que l’octroi de nouveaux délais à l’entreprise. Réunis devant le bureau du député, les membres ont affirmé vouloir poursuivre leurs actions afin de dénoncer ce qu’ils qualifient d’injustice environnementale. « On refuse que le gouvernement accorde moins de valeur à nos vies », mentionne Mme Turcotte.

(Crédit photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
Les manifestants estiment que le gouvernement privilégie des considérations économiques au détriment de la santé publique. « Il est inacceptable que la santé de la population ne soit pas protégée par le gouvernement dont ce devrait être le rôle », déplore Isabelle Fortin‑Rondeau, qui évoque une exposition continue à « un cocktail » de contaminants.
Alors que plusieurs acteurs économiques et politiques de la région ont salué la décision, les membres du mouvement soutiennent que le débat oppose à tort les enjeux économiques et la santé publique. « Personne ne devrait jamais avoir à choisir entre protéger son emploi et protéger la santé de sa population », a affirmé Mme Fortin-Rondeau, dénonçant un « faux dilemme ».

Isabelle Fortin-Rondeau, engagée au sein de Mères au front, dénonce les impacts du projet de loi 11 lors du rassemblement. (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
Sentiment d’être trahi
Pour certaines participantes, la situation suscite un sentiment profond d’injustice. Une citoyenne engagée dans le mouvement dit s’être mobilisée après avoir découvert l’ampleur des enjeux : « C’est très déchirant pour moi qui suis arrivée il y a 8 ans dans la Ville à laquelle on s’attache très vite […] Je suis vraiment indignée », confie Céline Lafontaine, ajoutant que la décision gouvernementale accorde trop de poids aux considérations économiques.

Céline Lafontaine affirme se sentir « trahie » par la décision du gouvernement concernant la Fonderie Horne. (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
Malgré la déception, les Mères au front affirment vouloir maintenir la pression et espèrent que le dossier continuera de faire réagir à l’échelle du Québec, voire lors des prochaines échéances politiques.