Des Témiscabitibiens ont porté la réflexion sur l’extractivisme minier jusqu’à la scène du Festival TransAmériques (FTA), à Montréal. En parallèle d’une table ronde réunissant plusieurs intervenants de la région, le spectacle de danse Mystic-Métallic, coproduit par le FTA, Le Radeau et L’Annexe-A, a proposé une exploration artistique de la relation entre les humains, la terre et les ressources minérales.
La création est née dans la foulée d’un premier projet intitulé Mystic-Informatic, qui s’intéressait au mycélium et aux réseaux de collaboration. Cette fois, l’équipe a poussé la réflexion vers les profondeurs du sol, en s’interrogeant sur la terre et les minéraux, jusqu’à les personnifier dans la chorégraphie.
« On peut à la fois être le minerai qui est extrait, être à la fois la terre qui se fait dynamiter pour extraire les minéraux, être à la fois le moteur de la machine », explique Audrée Juteau, cochorégraphe, coproductrice et interprète originaire de l’Abitibi-Témiscamingue.
Le propos s’est exprimé non seulement à travers le mouvement, mais aussi par la voix. Les artistes ont notamment intégré le growl, une technique de chant associée au métal. « On a appris à growler comme les techniques de chant métal. Tout ça est beaucoup traversé par la question de la vibration, autant dans la voix que dans le corps. On voyait ça comme une façon de rejoindre les profondeurs de la terre », poursuit-elle. La conception sonore était de Simon Labbé, qui s’est inspiré d’extraits musicaux du groupe régional Guhn Twei.
À travers cette fusion symbolique entre les corps, la terre et les produits de l’extraction, l’œuvre met en lumière l’impossibilité de se dissocier complètement de cette réalité. « Cette question d’indissociabilité, c’est une situation de laquelle on ne peut pas se mettre à l’extérieur. Qu’on veuille en faire partie ou pas, on est tous dans cette situation. On est à la fois des corps qui fracassent et des corps fracassés », illustre Mme Juteau.

(Photo : Vivien Gaumand)
Nourrie par l’indignation et les mouvements militants, la création cherchait néanmoins à faire émerger une forme d’espoir écologique. C’est dans cet esprit que les gargouilles ont occupé une place importante dans l’œuvre. « Elles font partie de l’imaginaire du métal. On aimait leur ambiguïté : elles font peur, mais elles sont drôles. Pour nous, elles allaient aussi rejeter les eaux usées et décontaminer les sites miniers abandonnés. C’est le côté mystique de l’œuvre, celui de la transformation », raconte-t-elle.
Une vitrine d’envergure
Présenter Mystic-Métallic au Festival TransAmériques représente une étape marquante pour l’équipe. « C’est énorme pour nous. Le Festival TransAmériques, c’est le plus gros festival de danse en Amérique du Nord. C’est un grand moment dans nos carrières », confie la coproductrice.
L’invitation est notamment venue grâce au parcours artistique d’Audrée Juteau. « Les directrices suivent ce que je fais. Elles ont vu mes autres œuvres et, quand on leur a parlé de ce nouveau projet, elles nous ont accordé une grande confiance. Elles n’avaient pas vu l’œuvre avant sa première au FTA. Elles ont soutenu financièrement une partie de la création et de la production », précise-t-elle.

(Photo : Vivien Gaumand)
Une table ronde pour élargir la discussion
Pour Audrée Juteau, le spectacle constituait aussi une occasion d’ouvrir un dialogue plus vaste sur l’extractivisme. « Je pense que c’était un spectacle intéressant pour ouvrir un dialogue », affirme-t-elle.
La phase de recherche qui a précédé la création a amené les artistes à rencontrer plusieurs acteurs du milieu. Ces échanges ont nourri la réflexion développée par Audrée Juteau et ses collègues coproductrices, N. Zoey Gauld et Catherine Lavoie-Marcus. « On a été très inspirées par les gens qu’on a rencontrés, des gens très engagés. On se demandait comment garder cette réalité très concrète présente. C’est de là qu’est né le souhait d’organiser une table ronde. »
L’événement a réuni Marie-Hélène Massy Emond, Simon Turcotte, Jennifer Ricard Turcotte et Rodrigue Turgeon, en plus d’un texte de Gabrielle Izaguirré Falardeau. « On a emmené une délégation de l’Abitibi-Témiscamingue. C’était intéressant d’entendre toutes ces personnes avec leur propre perspective sur la question. C’était en lien avec l’œuvre, mais ça permettait aussi d’élargir la réflexion », souligne-t-elle.
« Toutes les façons sont bonnes pour discuter de ces enjeux, mais je trouvais que c’était une occasion à saisir de pouvoir entendre des gens de la région sur ces questions », conclut Audrée Juteau.