C’est au Cégep de l’Abitibi‑Témiscamingue qu’a eu lieu, le mercredi 27 mai, une séance d’information publique portant sur le projet de pipeline Marinvest Energy. Plusieurs citoyens et représentants d’organismes se sont déplacés pour assister à la présentation, marquée par des préoccupations entourant les impacts potentiels du projet.
Au cours de cette soirée, différents intervenants ont pris la parole afin d’éclairer le public sur les enjeux liés à ce mégaprojet, encore peu connu, mais qui suscite déjà des inquiétudes. Le projet de pipeline Marinvest Energy viserait à transporter du gaz naturel de l’Ouest canadien jusqu’aux marchés internationaux, notamment en Europe, à l’aide d’un gazoduc traversant le Québec, combiné à une usine de liquéfaction et à un transport maritime. Le tracé envisagé prévoit la construction d’un gazoduc d’environ 1 000 kilomètres traversant le nord du Québec, incluant des portions de la forêt boréale, un écosystème central pour plusieurs régions, dont l’Abitibi‑Témiscamingue. Cette infrastructure pourrait entraîner une importante transformation du paysage et une fragmentation des habitats naturels.

La carte qui démontre le tracé du projet de pipeline de 1000 km traversant le Québec de l’Abitibi-Témiscamingue jusqu’à la Côte-Nord, et pour implanter une usine de liquéfaction de gaz à Baie-Comeau. (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel).
Selon les observateurs, c’est un projet qui fait fausse route. Sur le plan économique, les retombées locales ont également été remises en question. « Les profits se feraient ailleurs et les impacts seraient pour nous », affirme Louis Couillard, responsable climat‑énergie chez Greenpeace Canada évoquant un projet dont les bénéfices pourraient peu profiter aux régions traversées y compris l’Abitibi-Témiscamingue.

Louis Couillard, responsable de la campagne Climat — Énergie, Greenpeace Canada. (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
Bien que les détails publics demeurent limités, plusieurs informations obtenues par des demandes d’accès laissent croire que le projet progresse activement en coulisses. Pour Louis Couillard, le manque de transparence constitue l’un des principaux enjeux. « Les populations qui seraient impactées […] sont tenues complètement dans le noir par rapport aux détails techniques du projet ». Selon lui, le projet serait déjà avancé, bien que peu d’informations ont été communiquées au public.

Un projet encore flou, mais en progression selon plusieurs observateurs. (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel).
Cette séance d’informations a également permis de rappeler que des projets similaires ont déjà été proposés au Québec. En 2020, le projet GNL Québec, qui visait lui aussi à transporter du gaz vers une usine de liquéfaction au Saguenay, avait été refusé l’année suivante par le gouvernement du Québec, notamment en raison de préoccupations environnementales et sociales. Les intervenants estiment que le projet de pipeline Marinvest Energy s’inscrit dans la continuité de ces initiatives, ravivant ainsi des débats déjà présents dans la population. Dans cette perspective, certaines voix ont soulevé des doutes quant à la pertinence du projet pour les communautés locales, notamment en Abitibi‑Témiscamingue.
Des impacts environnementaux soulevés
Anne‑Céline Guyon, analyste climat‑énergie chez Nature Québec, considère que le projet ne correspond pas aux objectifs actuels en matière de transition énergétique. « C’est un projet qui permet l’expansion de l’exploitation du gaz fossile […] alors qu’on doit sortir des énergies fossiles », explique‑t‑elle. Elle évoque notamment l’ampleur des infrastructures envisagées, incluant un gazoduc pouvant s’étendre sur environ 1 000 kilomètres à travers des milieux naturels. « Imaginez une grosse balafre sur le territoire québécois » illustre‑t‑elle.

Anne-Céline Guyon, analyste Climat-Énergie, Nature Québec. (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
Des inquiétudes amplifiées par des enjeux politiques
Le cadre législatif et politique entourant les grands projets énergétiques a également été abordé. La loi fédérale concernant les projets d’intérêt national, connue sous le nom de loi C— 5, a été citée comme un élément pouvant accélérer les processus d’approbation. Cette approche soulève des préoccupations quant à la capacité des citoyens de s’informer et de participer pleinement aux décisions.
Malgré le manque d’informations officielles, le projet Marinvest suscite déjà des préoccupations importantes en Abitibi‑Témiscamingue. Donc, entre le manque d’information et les inquiétudes sur ses impacts, la suite du dossier dépendra en grande partie de la capacité des promoteurs et des gouvernements à informer adéquatement la population et à répondre aux préoccupations déjà exprimées sur le terrain.
Toujours dans l’objectif d’aviser la population sur les enjeux liés au projet, une autre séance d’informations sur le pipeline Marinvest Energy aura lieu le 30 mai dès 15h à L’Accalmie Chez Juliette, à La Sarre.