En Abitibi‑Témiscamingue, les chambres de commerce jouent un rôle souvent méconnu du grand public, mais fondamental pour la vitalité économique des territoires. Qu’elles soient ancrées dans un grand centre urbain ou dans une région plus rurale, elles partagent une même mission : représenter, rassembler et faire avancer les entreprises. Les propos de Karie Bernèche et Véronique Girard, coprésidentes de la Chambre de commerce du Témiscamingue (Témis‑Accord), de Nathalie Langlais, directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie de Rouyn‑Noranda (CCIRN), et de Robert Julien, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie d’Amos‑Harricana (CCIAH), témoignent de cette réalité bien vivante.
Partout sur le territoire, les chambres se définissent d’abord comme des organismes apolitiques, financés par leurs membres, qui agissent comme porte‑voix collectif. « Seul, un entrepreneur n’a ni le temps ni le poids pour porter certains dossiers. Ensemble, on devient une force d’influence », résume Nathalie Langlais. À Rouyn‑Noranda, où la chambre compte plus de 600 membres — ce qui la place parmi les 15 plus grandes chambres au Québec — et une équipe de six employés, cette force se traduit par une présence soutenue dans les dossiers structurants, qu’il s’agisse de travailleurs étrangers, de logement, de desserte aérienne ou de grands projets industriels. Elle organise aussi près de 50 activités par année, allant du réseautage aux consultations politiques, consolidant ainsi son rôle de véritable carrefour économique. Madame Langlais parle de la contribution de cette organisation pour la croissance des entreprises, pour l’attraction et la rétention de talents, pour la mise en valeur des réussites locales ainsi que pour la conscientisation à l’achat local, entre autres.
À Amos, la CCIAH mise sur une autre richesse : la proximité. Avec près de 400 membres, elle se distingue par son ancrage local et sa capacité à mobiliser rapidement le milieu. « Sa taille lui permet d’entretenir des relations directes avec les entreprises et de bien comprendre leurs réalités », souligne Robert Julien. Les retombées sont concrètes : le Gala Élites, des événements de réseautage très fréquentés, des formations en ressources humaines ou en intelligence artificielle, mais aussi l’accompagnement de projets majeurs, comme Dumont Nickel ou Arbec, où la chambre joue un rôle de facilitateur entre entreprises, gouvernements et population. Autant d’actions qui renforcent l’attractivité économique de la MRC.

Photo prise lors de l’Assemblée générale annuelle (Photo : Marie-Andrée Macameau Photographe)
Au Témiscamingue, la réalité est différente, mais le rôle n’en est pas moins crucial. Dans une région où il n’existe qu’un seul canal officiel pour porter la voix des entrepreneurs, la chambre devient un levier incontournable. Après une période d’essoufflement, Témis‑Accord a connu une relance marquée depuis 2024. « Il fallait démontrer concrètement à quoi sert une chambre de commerce », explique Karie Bernèche. Le point tournant ? Une collaboration majeure avec Hydro‑Québec, qui a mandaté la chambre pour organiser un rendez‑vous d’entrepreneurs dans le cadre de la réfection de l’évacuateur principal de Rapides‑des‑Îles. Résultat : une journée rassembleuse, des entrepreneurs mobilisés et une crédibilité renforcée. « C’est là qu’on a prouvé qu’on pouvait maximiser les retombées économiques locales », ajoute Véronique Girard.
La relance passe aussi par des événements rassembleurs et à guichet fermé, comme les matins affaires, les apéros réseau, la tournée des entreprises et le gala Oblik. Cette forte participation témoigne d’un dynamisme renouvelé et d’un fort sentiment d’appartenance. Avec ses 146 membres, un nombre record selon les données les plus récentes, Témis‑Accord se distingue par son approche inclusive. « Peu importe ton secteur ou la taille de ton entreprise, tu as ta place », résument les coprésidentes. Le son de cloche est le même du côté de la CCIRN, dont 50 % des membres sont issus de PME et 11 % d’organismes sans but lucratif.
Malgré leurs différences, les trois chambres partagent une vision commune de l’avenir. Toutes observent une évolution du rôle des chambres, désormais appelées à intervenir à la croisée de l’économie et du social. La pénurie de main‑d’œuvre, le logement, l’attractivité régionale et la qualité de vie sont désormais indissociables du développement économique. Nathalie Langlais et Robert Julien ont le même discours : pour attirer et retenir des travailleurs, il faut penser plus large que les seuls enjeux d’affaires.
Qu’il s’agisse de grands centres ou de territoires plus petits, les chambres de commerce demeurent ainsi des piliers du développement régional. Par leur capacité à rassembler, à influencer et à célébrer les réussites locales, elles contribuent à bâtir des communautés d’affaires solides et des régions plus fortes et plus attractives. En se regroupant au sein de leur chambre locale, les entrepreneurs gagnent en poids et en crédibilité. Et lorsque les chambres de commerce travaillent ensemble, ce qui est visiblement le cas en Abitibi-Témiscamingue, ce sont toutes les entreprises de la région qui bénéficient d’une voix plus forte, plus cohérente et mieux entendue par les décideurs.