Le 6 février 2026, à Val-d’Or, s’éteignait un pionnier de l’industrie minière du Québec, Clermont Lavoie. Cet homme passionné a eu un parcours rocambolesque qui l’a mené à devenir ce qu’il était : un docteur en géophysique, un entrepreneur, un enseignant et un père.
Découvrant à un jeune âge qu’il voulait poursuivre de longues études, Clermont Lavoie a décidé de se lancer dans la géophysique. À l’époque, c’était rare pour un franco-canadien d’accéder aux cycles supérieurs en raison des enseignements universitaires presque complètement en anglais. Après plusieurs changements d’université et un baccalauréat en ingénierie, c’est à l’Université McGill de Montréal qu’il a reçu son diplôme de doctorat en géophysique ; il était le premier Canadien francophone à recevoir une telle mention.
Son métier incluait plusieurs tâches : compiler et recueillir des données avec certains appareils, interpréter les signaux souterrains, analyser les roches et les sols, rédiger des rapports… et bien d’autres. Le tout dans l’espoir de contribuer à la découverte d’une mine regorgeant de métaux précieux. Son premier emploi était à Québec, chez SOQUEM, où il a participé à l’identification de l’un des gisements des plus considérables du Québec, la mine Doyon, très riche en or. Également, il a contribué à l’exploration de la seule et unique mine saline du Québec, la mine Seleine, aux Îles-de-la-Madeleine.
En quittant son emploi chez SOQUEM, il s’est installé à Val-d’Or, où il a fondé Géola Ltée, sa propre entreprise de géologie, dans laquelle il s’occupait de tout par lui-même. Selon sa fille, Joanne Lavoie, son départ de son emploi n’était pas anodin : « Quand les mines ont été découvertes, elles ont été vendues à des intérêts étrangers, ce qui a vraiment fâché mon père. Il était plus dans l’optique de garder les mines du Québec aux Québécois […] au lieu de les vendre. Il était contre ça, de perdre nos réserves de minéraux », explique-t-elle.

Aperçu de Géola Ltée (Photo : Gracieuseté de Joanne Lavoie)
Entrepreneur dans l’âme, il a aussi également pris part à la fondation de l’Association des prospecteurs du Québec en compagnie de deux collègues. Maintenant, l’organisation est connue sous un autre nom : Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ). Souvent, la prospection est dispendieuse pour les entreprises d’exploration minière. « Pour qu’une mine parte, il y a des années et des années de travail. Il trouvait qu’il n’y avait pas assez de recherches parce que les gens n’avaient pas assez de sous, mais il y avait des gens intéressés à commencer des projets en Abitibi. Ils [Clermont et deux autres pionniers] ont commencé ça et ils ont approché le premier ministre de ce temps-là pour justement aller chercher du financement », termine Mme Lavoie.
Clermont Lavoie était aussi un père de famille investi. En effet, il était directeur du comité de parents à l’établissement scolaire que ses enfants fréquentaient, l’école Saint-Joseph, à Val-d’Or. Il s’est assuré que les élèves aient de meilleures conditions, du soutien et il a même enseigné au cégep à Rouyn-Noranda, contribuant ainsi à sa communauté au travers de l’éducation.
Cet homme restera dans la mémoire de ses proches et de ceux ayant eu l’opportunité de croiser son chemin. Il aura contribué à l’avancer de l’exploration minière et de la géophysique, et il aura transmis son savoir et sa passion tout au long de sa vie. Comme il disait souvent à la fin d’une conversation, « bonne chance ».