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Quand poésie et photographie réinventent le patrimoine

13 mai 2026

par : Joanie Dion

photo : « On ne voulait pas faire un travail documentaire », explique Annie Landreville. (Photo : Steve Leroux, Regards obliques, 2024)

À travers Regards obliques, la poésie et la photographie se rencontrent pour faire parler les murs, les planchers qui craquent et les lieux chargés de mémoire. Porté par les autrices Annie Landreville, Annick Arsenault et Marie-Hélène Voyer ainsi que par le photographe Steve Leroux, le projet sera présenté à Val-d’Or sous forme d’exposition extérieure et de lecture littéraire accompagnée de musique.

À l’origine du projet, il y a une réflexion sur le patrimoine et les lieux qui façonnent l’identité collective. Annie Landreville raconte que l’idée est née dans le cadre d’une entente territoriale du Conseil des arts et des lettres du Québec gérée par le CLAC du Bas-Saint-Laurent. L’équipe souhaitait créer une exposition mêlant photographie et poésie autour de bâtiments patrimoniaux de la région.

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Trois lieux ont d’abord servi de point d’ancrage : la Villa Estevan des Jardins de Métis, symbole de la bourgeoisie anglophone ; le Château Landry de Mont-Joli, associé à la bourgeoisie francophone ; et l’ancien presbytère de Sainte-Flavie, témoin du pouvoir religieux. Tous se trouvent dans un rayon d’une dizaine de kilomètres.

Rapidement, un autre lieu est venu habiter l’imaginaire des créatrices : une petite maison abandonnée en bordure du fleuve à Sainte-Flavie. « On la trouvait fière, souveraine et bien assumée », raconte Annie Landreville. Cette maison est devenue l’emblème du projet.

Lors des résidences de création, les artistes ont exploré les lieux chacun à leur manière. Les autrices écrivaient pendant que Steve Leroux photographiait. Pourtant, lorsqu’ils ont comparé leurs impressions, tous évoquaient les mêmes sensations : les fantômes des lieux, la lumière, les planchers, les craquements, les traces du temps.

De cette rencontre est née une exposition présentée d’abord aux Jardins de Métis. Mais comme les textes écrits pour accompagner les images dépassaient largement le format de l’exposition, le projet a rapidement pris de l’ampleur. Un spectacle littéraire a ensuite vu le jour, mis en scène par Michel Faubert, avant d’être transformé en livre.

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Pour Annie Landreville, le titre Regards obliques traduit parfaitement l’esprit du projet. « On ne voulait pas faire un travail documentaire », explique-t-elle. Plutôt que de décrire ou d’expliquer les lieux de manière frontale, les artistes ont choisi l’évocation et la poésie.

Cette approche s’est aussi reflétée dans leur méthode de création. Les textes ont été anonymisés puis découpés en fragments avant d’être réassemblés collectivement. « On garde notre orgueil et on crisse notre égo aux poubelles », résume Annie Landreville en riant. Les autrices ont regroupé les vers selon des thèmes communs afin de construire une œuvre véritablement collective.

Steve Leroux souligne lui aussi la fluidité du processus. Malgré la complexité qu’implique souvent le dialogue entre image et texte, tout s’est mis en place naturellement. « C’est comme si tout tombait à sa place assez facilement », dit-il.

Le photographe est également à l’origine de la venue du projet en Abitibi-Témiscamingue. Bien qu’il n’y ait jamais vécu, ses parents sont originaires de la région et il souhaitait depuis longtemps y diffuser son travail. Il a donc soumis l’exposition à l’Association des centres d’exposition de l’Abitibi-Témiscamingue, convaincu que les thèmes abordés résonneraient ici aussi.

À Val-d’Or, l’exposition sera présentée à l’extérieur sur des panneaux installés dans l’espace public de Val-d’Or, soit le long de la piste cyclable sur le boulevard Jean-Jacques Cossette et devant le Complexe culturel Marcel-Monette. Douze œuvres ont été sélectionnées pour cette version en plein air. Un code QR permettra toutefois aux visiteurs d’accéder à l’ensemble du projet en ligne.

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Pour Steve Leroux, ce choix de diffusion permet de rejoindre un public plus large. « Il y a plus de gens qui passent sur une piste cyclable ou dans un espace extérieur que de gens qui entrent dans une salle d’exposition », explique-t-il. Même si l’expérience est différente d’une visite en galerie, il y voit une façon de démocratiser davantage l’art.

Le vernissage du 23 mai sera accompagné d’une lecture où les autrices liront les textes, soutenue par les atmosphères musicales créées par la musicienne Marie-Élaine Dontigny Morin. Un moment d’échange autour du thé suivra la représentation.

À travers Regards obliques, les artistes proposent finalement une réflexion sensible sur les lieux qui nous habitent encore, même lorsqu’ils semblent abandonnés. Une manière de rappeler que le patrimoine ne se limite pas aux bâtiments eux-mêmes, mais qu’il réside aussi dans les émotions, les souvenirs et les traces invisibles qu’ils continuent de porter.

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