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La scierie de Béarn fermera, un plan de relance déjà à l’étude

8 mai 2026

par : Mylène Falardeau | Journaliste de l’Initiative de journalisme local

photo : Photo archive

Les employés de Scierie Béarn, propriété de Chantiers Chibougamau, ont appris jeudi dernier que les opérations de l’usine prendront officiellement fin le 10 juillet prochain. Malgré le choc de cette fermeture définitive, un projet de relance est déjà au cœur des discussions entre le syndicat, la Fédération de l’industrie manufacturière-CSN (FIM-CSN), différents partenaires régionaux ainsi que l’entreprise elle-même.

« Le monde était très content de voir qu’il y avait peut-être une possibilité de relance », explique Dany Dénommé, président du syndicat des travailleurs et travailleuses de Scierie Béarn. Selon lui, des inquiétudes planaient déjà depuis plusieurs mois autour de l’avenir de l’usine. Depuis mai 2025, les opérations avaient été réduites à un seul quart de travail et les livraisons de bois se faisaient de plus en plus rares. « Normalement, une usine sur un quart de travail, puis on réduit la main-d’œuvre, ce n’est pas bon signe », résume-t-il.

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La fermeture annoncée entraînera la perte des emplois liés aux opérations actuelles, sans possibilité de rappel sous l’administration actuelle. Dany Dénommé souligne toutefois que le maintien des activités jusqu’au 10 juillet permettra à plusieurs travailleurs de demeurer admissibles à un nouveau cycle d’assurance-emploi. Le syndicat affirme également avoir amorcé des démarches depuis plusieurs mois afin d’évaluer les possibilités de relance. En collaboration avec la FIM-CSN, des discussions auraient déjà eu lieu avec différents partenaires et instances gouvernementales afin de tenter de préserver les emplois et maintenir l’activité économique à Béarn.

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Du côté de l’entreprise, on affirme que la décision découle d’un ensemble de facteurs économiques et structurels. Le vice-président aux affaires corporatives chez Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault, explique que Scierie Béarn faisait face depuis plusieurs années à un important retard technologique. « Depuis quelques décennies, c’est une usine qui n’a jamais été modernisée, qui n’a jamais eu de coup de barre technologique. Par conséquent, ça coûte plus cher de produire à Béarn que dans de nombreuses autres usines de sciage », indique-t-il. L’entreprise mentionne également les difficultés liées au contexte actuel de l’industrie forestière. « Depuis 2023, on a un creux historique, autant dans la durée que dans la profondeur du creux, pour les conditions de marché et les prix de vente du bois. »

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À cela s’ajoutent les réalités géographiques et forestières du Témiscamingue, différentes de celles des autres installations du groupe situées plus au nord. « Béarn va demeurer à 700 kilomètres de Chibougamau et à 500 kilomètres de Lebel-sur-Quévillon. Les perspectives d’intégrer la scierie à notre grappe d’usines au nord vont toujours demeurer extrêmement limitées », explique le dirigeant. Il ajoute également que la forêt mixte du Témiscamingue représente une réalité différente pour l’entreprise, davantage habituée à travailler dans des secteurs dominés par les résineux boréaux.

Malgré cette fermeture, Chantiers Chibougamau affirment vouloir collaborer activement à une éventuelle reprise des activités sous une autre forme. « Notre volonté, c’est effectivement de protéger l’usine, de protéger ce qui est rattaché à l’usine pour permettre que de nouveaux joueurs prennent le relais », affirme le vice-président. L’entreprise confirme également qu’aucun scénario de démantèlement n’est envisagé et que le contrat d’approvisionnement forestier demeurerait attaché au site de Béarn afin de faciliter une éventuelle relance.

Du côté politique, Martin Lefebvre qualifie la nouvelle de « crève-cœur ». Le préfet rappelle que le secteur forestier traverse déjà une période difficile dans la région. « Déjà qu’on a la Commonwealth Plywood de Belleterre qui est fermée depuis quelque temps, d’arriver avec une nouvelle comme ça, ce n’est vraiment pas une nouvelle économique qu’on voulait entendre. »

Le préfet souligne toutefois que le milieu est déjà mobilisé autour d’une éventuelle relance. Il ajoute que les impacts dépassent largement les seuls travailleurs directement touchés. « Ce sont des impacts pour les familles, pour les écoles, pour les enfants qu’on souhaite voir rester ici. On veut que ces familles-là demeurent chez nous », dit Martin Lefebvre, rappelant l’importance économique de la scierie pour l’ensemble du territoire.

Parmi les avenues actuellement étudiées figure notamment un retour à une formule coopérative, un modèle qui rappelle les origines mêmes de la scierie. Construite en 1972 par la Coopérative forestière du Témiscamingue, Scierie Béarn a traversé plusieurs époques et changements de propriétaire. Au fil des décennies, l’usine est notamment passée entre les mains de Tembec, puis de Rayonier Advanced Materials (RYAM) en 2017, avant d’être acquise par Produits forestiers GreenFirst en 2021, puis par Chantiers Chibougamau en décembre 2022.

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Le syndicat croit aujourd’hui qu’une gestion davantage enracinée localement pourrait offrir une meilleure stabilité à long terme. « On n’aurait pas besoin de générer des millions, on aurait juste besoin de maintenir l’usine et les emplois », estime Dany Dénommé. Le président syndical rappelle également que la survie de la scierie dépasse largement les seuls emplois directement touchés. « Toute l’économie de la région va s’en ressentir si on perd notre usine à Béarn », ajoute-t-il, évoquant notamment les impacts pour les camionneurs, les entrepreneurs forestiers et plusieurs fournisseurs régionaux.

Malgré l’incertitude, les différents intervenants rencontrés laissent entrevoir un rare consensus autour de la volonté de préserver cet outil économique important pour le Témiscamingue. « Il faut serrer les coudes dans les circonstances », conclut Frédéric Verreault.

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