Le professeur Terence Epule Epule a intégré en mars 2023 l’Unité de recherche et de développement en agroalimentaire en Abitibi-Témiscamingue (URDAAT) située à Notre-Dame-du-Nord au Témiscamingue et fondée en 1997. Il y dirige des travaux de recherche sur la science de l’agriculture en contexte climatique dont les applications balancent entre les sciences naturelle et humaine.
« Je travaille dans tout ce qui est dans l’interface entre le système de culture et le climat. Comment est-ce que le climat impacte l’agriculture, comment on peut utiliser cette information pour mieux s’adapter. Donc on fait de la modélisation (avec l’intelligence artificielle) pour être en mesure de comprendre quelles sont les actions, en contexte spécifique, qui peuvent nous aider à nous adapter », précise le professeur Epule.
Le projet de recherche a reçu un financement d’environ 723 000 $ en 2024, ce qui en fait celui qui a été le mieux financé parmi les autres projets déposés du secteur. « Il y a déjà des résultats. L’objectif est de faire de la modélisation avec l’aide de l’intelligence artificielle pour mieux prédire le rendement, donc à court terme et à long terme, quelle sera le rendement pour l’orge, pour l’avoine, le blé et ainsi de suite. On essaie d’ajouter des valeurs monétaires sur le rendement. Ça permet aux entreprises, aux producteurs, de savoir qu’avec tant de rendement ça va leur coûter combien. »
Des résultats d’une grande utilité quand on sait que, dans le cadre de ses recherches, des agriculteurs ont confié au professeur Epule, à la suite de baisses de rendement en lien avec des événements climatiques, « qu’ils ne s’en sortaient pas financièrement, ils n’arrivaient pas à payer les dettes » et que même certains d’entre eux devaient travailler à l’extérieur de leur ferme pour arriver à avoir un salaire suffisant.
Un autre volet des recherches effectuées à l’URDAAT touche à la souveraineté alimentaire des Premières Nations du Témiscamingue où on essaie de comprendre comment ces dernières sont affectées par les changements climatiques, mais aussi par la colonisation, toujours dans une optique de mieux s’adapter au climat.

Centre de l’UQAT au Témiscamingue situé à Notre-Dame-du-Nord (Photo : Gracieuseté)
Un indice pour mieux se préparer
L’Indice de préparation pour les changements climatiques dans un contexte d’agriculture a été développé avec ce projet de recherche, dont les résultats ont d’ailleurs été publiés dans la revue scientifique Nature scientific reports (Novel readiness index for climate change adaptation in Québec, 3 octobre 2025).
« On a ciblé six régions du Québec (l’Abitibi-Témiscamingue, l’Outaouais, l’Estrie, la Montérégie, le Centre-du-Québec, les Laurentides). On a fait une analyse par rapport aux régions centrales et des trois régions périphériques. On note avec cet indice que la plupart des régions périphériques, dont l’Abitibi-Témiscamingue, sont parmi les régions qui sont moins préparées pour l’adaptation aux changements climatiques. C’est un indice qui utilise les données climatiques et les données socioéconomiques, parce que ce sont ces dernières qui définissent la capacité de l’adaptation aux changements climatiques de la population. Donc ça démontre qu’il y a des choses à faire en Abitibi, en Outaouais, surtout au niveau socioéconomique pour augmenter la capacité d’adaptation des producteurs », explique le professeur Epule.
Une application numérique
L’équipe de chercheurs a récolté un grand nombre d’informations utiles aux agriculteurs. Pour diffuser cette information, une application numérique a été créée. Une mesure qui permettra au secteur agroalimentaire d’être plus résilients face aux événements climatiques.
« On a un groupe de producteurs pilote qui vont tester cette application. S’ils ont besoin d’informations, il suffit d’aller sur l’application, choisir n’importe quelle culture et ça va définir le niveau de stress par rapport à la municipalité, à où ils sont situés, donc je pense que c’est intéressant parce que ça va leur permettre de mieux s’adapter par rapport à différents scénarios climatiques », mentionne le professeur Epule.
Une version finale de l’application sera éventuellement disponible à l’ensemble des producteurs agroalimentaires.