Longtemps classé dans le top 10 mondial, le Québec est dépassé en matière d’attractivité pour l’investissement minier.
Selon l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ), la publication du plus récent rapport de l’Institut Fraser (26 février 2026) sur le secteur minier confirme une tendance préoccupante : le Québec stagne, tant à l’échelle mondiale que canadienne en matière d’attractivité pour l’investissement minier. Après avoir figuré parmi les juridictions les plus compétitives au monde pendant plus d’une décennie, le Québec se classe désormais 22e au monde et 5e au Canada, une stagnation par rapport aux performances observées au cours des années précédentes. Ce recul (le Québec était 5e en 2023) est attribué par l’industrie à un alourdissement réglementaire et administratif, ainsi qu’à des incertitudes liées aux revendications territoriales et aux zones protégées.
« Le sondage reflète pleinement les changements réglementaires introduits au cours des dernières années. Si l’instabilité découlant des modifications à la Loi sur les mines en 2024 aurait pu constituer un recul temporaire, l’ajout de nouvelles autorisations administratives a désormais cristallisé, de façon plus durable, la perception des investisseurs et des entreprises actives sur le terrain », souligne Simon T. Hébert, président du conseil de l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ).
Critères d’évaluation
L’indice d’attractivité de l’investissement de l’Institut Fraser combine deux facteurs clés. L’organisme évalue le « potentiel minéral », c’est-à-dire la richesse géologique de la région ainsi que la « perception politique » ou plus précisément l’impact des politiques gouvernementales à savoir : la fiscalité, les délais de permis, la réglementation environnementale et la stabilité politique.
Toujours selon l’AEMQ, plusieurs indicateurs clés se détériorent, notamment : la multiplication et l’imprévisibilité du cadre réglementaire, l’augmentation des préoccupations liées à l’incertitude environnementale et les inquiétudes persistantes concernant la stabilité territoriale et les droits miniers.
Des mesures insuffisantes
L’AEMQ reconnaît que certaines initiatives proposées par le gouvernement du Québec visant l’allègement des processus administratifs constituent un pas dans la bonne direction. Toutefois, dans un contexte mondial marqué par la compétition pour la souveraineté minérale, la transition énergétique et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement critiques, ces mesures demeurent insuffisantes pour permettre au Québec de rattraper les juridictions concurrentes qui avancent plus rapidement avec des objectifs clairs de performance et de résultats.
Le rapport de l’Institut Fraser illustre notamment cet écart : en Ontario, la proportion d’entreprises affirmant obtenir leurs autorisations en moins de deux mois est plus du double de celle observée au Québec.
« Les résultats du rapport démontrent que la compétition entre juridictions ne repose plus uniquement sur la qualité du potentiel géologique, mais désormais sur la rapidité, la prévisibilité et la cohérence des processus administratifs. Le Québec possède toujours un potentiel minéral exceptionnel, mais l’enjeu n’est plus géologique, il est politique et administratif. Si nous voulons développer nos ressources stratégiques, soutenir la décarbonation et renforcer notre souveraineté économique, nous devrons passer d’une logique de gestion du risque à une véritable logique de performance et de résultats. À l’aube d’une année électorale, les partis politiques devront clairement indiquer ce qu’ils comptent mettre en place pour assurer le développement du secteur minier québécois », affirme Alain Poirier, directeur général de l’AEMQ.
Classement mondial 2023
L’Institut Fraser classe les juridictions suivantes au haut de sa liste. Au premier, on y trouve le Nevada (États-Unis), l’Ontario bondit à la deuxième position mondiale, devenant la juridiction la plus attractive au Canada et finalement, la Saskatchewan glisse au troisième rang mondial. Le Québec se maintient au 22e rang mondial sur 68 juridictions évaluées.