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Yan Isabelle vise un tour du monde en solitaire

5 mai 2026

par : Joanie Dion

photo : Yan Isabelle pose dans son voilier en devenir. (Photo : Tommy Boulanger)

Dans un atelier d’Abitibi, entre copeaux de bois et odeur d’époxy, un projet peu commun prend forme. À première vue, il ne s’agit que d’une structure incomplète, faite de contreplaqué marin et de courbes encore à nu. Mais pour Yan Isabelle, chaque pièce assemblée le rapproche d’un objectif ambitieux : faire le tour du monde à la voile, en solitaire, à bord d’un bateau qu’il construit lui-même.

« C’est un vieux rêve », lance-t-il simplement.

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Depuis plusieurs années déjà, il s’intéresse à la voile, au voyage et à la construction. Trois passions qui, aujourd’hui, convergent dans un seul et même projet. « C’est un projet qui réunit tous mes centres d’intérêt. La construction, la voile, le voyage, le tour du monde, l’océan, l’inconnu […] c’était évident. »

Charpentier-menuisier de métier, Yan Isabelle possède déjà une solide expérience du travail manuel. Mais construire un voilier représente un défi d’une tout autre nature. « Sur un bateau, rien n’est droit. Tout est en courbes. Il y a beaucoup de calculs », explique-t-il. S’il avait déjà rénové une embarcation avant un long voyage en famille, cette fois, il part de zéro.

Il a dû se familiariser avec des techniques spécifiques, notamment l’assemblage en contreplaqué marin, fibre de verre et époxy. Un processus exigeant, qui demande précision et patience. Il a eu accès à de la documentation pour se former, un livre notamment dans lequel il a trouvé plusieurs ressources nécessaires.

Partout dans le monde, d’autres passionnés construisent eux aussi leur bateau dans l’espoir de participer à la même course. Une communauté informelle s’est formée, notamment sur les réseaux sociaux, où les constructeurs échangent conseils et idées. « Tout le monde est proche, on vit tous un peu la même affaire. On s’écrit, on se pose des questions. »

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Cette course, justement, est au cœur du projet. Il s’agit d’un tour du monde en solitaire, sans assistance, à bord d’un voilier de 5,8 mètres construit de façon amateur. Un défi de taille, où chaque participant doit naviguer seul, prendre ses décisions sans aide extérieure et composer avec les imprévus.

Contrairement à d’autres épreuves encore plus extrêmes, celle-ci comprend toutefois plusieurs escales. Elles permettent aux navigateurs de se ravitailler et d’effectuer des réparations. Un aspect essentiel, compte tenu de la taille des embarcations. Notamment, pour l’eau, qui est à prévoir pour une cinquantaine, voire une soixantaine de jours.

Malgré ces arrêts, l’isolement en mer reste bien réel. Et pour Yan Isabelle, c’est là que réside le véritable défi. « Ce n’est pas juste la solitude. C’est l’isolement complet. Tu sais que s’il arrive quelque chose, tu es seul. »

Habitué à travailler loin de chez lui pendant de longues périodes, notamment dans le nord, il croit avoir développé une certaine capacité d’adaptation. Mais il est conscient que cette expérience sera différente. « Non seulement tu es seul, tu es loin de tout le monde, mais tu ne peux pas avoir d’aide. Tu es vraiment à laisser à toi-même. C’est une situation que tu ne pourrais pas vivre autrement que de partir sur un bateau, tout seul au milieu de l’océan. »

Pour l’instant, son quotidien est entièrement tourné vers la construction. Chaque étape complétée représente un pas de plus vers le départ, mais aussi une source de pression. Car au-delà du défi technique, plusieurs conditions doivent être remplies avant même de prendre la mer.

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L’inscription à la course, d’abord, est un processus rigoureux. Les places sont limitées et les candidats doivent démontrer que leur bateau respecte des normes strictes, en plus de prouver leurs compétences. « Je n’ai aucun doute que je vais être pris. Sinon, je ne me mettrais pas autant de pression pour le finir à temps pour pouvoir naviguer et me préparer. Mais c’est quand même une source de stress de savoir qu’on est de plus en plus qui veut la faire », admet-il.

À cela s’ajoute une exigence importante : accumuler au moins 3000 milles nautiques en haute mer pour se qualifier. Un objectif qui nécessitera une préparation supplémentaire, possiblement sous forme de traversées transatlantiques.

Enfin, il y a la question du financement. Car derrière ce rêve se cache une réalité bien concrète : celle des coûts. Construction, équipements, déplacements, inscriptions… sans compter les mois, voire les années, sans revenu pendant l’aventure.

Un premier partenaire local lui offre déjà un soutien précieux, notamment en lui fournissant un espace pour construire son bateau et un accès à certains matériaux. Une aide déterminante dans l’avancement du projet.

Le départ est prévu en 2029. D’ici là, de nombreuses étapes restent à franchir. Mais pour Yan Isabelle, le voyage est déjà commencé — dans cet atelier, où chaque planche posée le rapproche un peu plus de l’océan.

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