Au Centre d’éducation des adultes La Passerelle, à Amos, un groupe en démarche de participation sociale a donné vie à une murale collective, fruit d’un projet artistique et pédagogique guidé par leur enseignante, Caroline Dufour, et l’artiste rouynorandienne Valéry Hamelin. Derrière l’œuvre finale, vibrante et introspective, se cache une expérience humaine marquante, où apprentissages sociaux et expression personnelle se sont entremêlés.
À l’origine du projet, une idée simple, mais porteuse : celle de deux élèves qui souhaitaient explorer l’art mural. « Je base beaucoup mon enseignement sur les besoins et les envies des élèves », explique Caroline Dufour. Bien que ces deux instigateurs aient quitté le groupe en cours de route, le projet, lui, a continué de vivre, porté par le reste des participants.
Pour donner forme à cette initiative, l’enseignante a fait appel à l’artiste Valéry Hamelin, qui a accompagné les élèves tout au long du processus. Ensemble, ils ont amorcé une démarche de médiation culturelle : discussions, propositions de maquettes, échanges d’idées. Rapidement, les bases du projet se sont construites autour d’un thème central : l’introspection.
La murale intègre ainsi plusieurs éléments symboliques : un personnage duquel émanent des idées, des mots et des phrases choisis par les élèves, une vague, des oiseaux ainsi qu’un chemin évoquant le parcours de vie de chacun. « C’était vraiment de partir de soi pour libérer sa voix, prendre sa place, réaliser que le pouvoir est en soi », résume l’enseignante.
Mais au-delà de l’aspect artistique, le projet s’inscrivait dans une démarche pédagogique bien précise. Dans ce cours particulier, il n’est pas question de matières traditionnelles comme le français ou les mathématiques. L’objectif est plutôt d’accompagner des adultes aux parcours atypiques, souvent marqués par des défis, dans le développement de leurs habiletés sociales.

Crédit photo : Photo gracieuseté
« Travailler ensemble vers un but commun, réussir à se nommer, le savoir-vivre ensemble, essayer, oser : ce sont tous des objectifs du projet », souligne Mme Dufour. Dans un projet collectif comme celui-ci, les élèves ont dû composer avec des choix parfois difficiles, notamment lorsque certaines propositions n’ont pas été intégrées à la murale finale. Une réalité qui a suscité des frustrations, mais aussi des discussions constructives. Ce processus a permis aux participants de se confronter à la réalité du travail d’équipe : faire des compromis, exprimer des désaccords, mais aussi reconnaître la valeur du résultat collectif.
Malgré ces défis, l’expérience s’est révélée profondément valorisante. Certains élèves, moins à l’aise avec l’art, ont trouvé d’autres façons de contribuer, tandis que les plus créatifs ont pu s’épanouir pleinement. Tous ont participé, chacun à leur manière. « Quand on voit le résultat final, tout le monde est fier. Ça ne peut pas faire autrement », affirme Mme Dufour.
La réalisation elle-même a également surpris par sa rapidité : en seulement trois jours, la murale a pris vie. Un rythme soutenu qui a impressionné l’enseignante, récemment diplômée d’un certificat en arts plastiques. Mais au-delà de la performance, c’est surtout l’engagement des élèves qui l’a marquée. « Je suis fière de les avoir vus travailler ensemble, mettre du cœur et de l’énergie dans le projet », confie-t-elle.
Aujourd’hui, l’œuvre trône dans la cafétéria, apportant couleurs et dynamisme au milieu de vie. Elle devient un symbole tangible de ce que ces élèves sont capables d’accomplir. « Ça montre qu’ils peuvent faire de belles choses », insiste l’enseignante.
Si certains participants auraient souhaité voir leur vision davantage représentée, le projet a permis de mettre en lumière une réalité importante : dans toute création collective, chacun apporte une partie de soi, même si elle n’est pas toujours visible au premier regard. Avec le temps, cette compréhension s’installe, laissant place à une fierté partagée.
En somme, pour Caroline Dufour, il était essentiel de poursuivre le projet malgré le départ de certains élèves. Une façon d’honorer leur contribution initiale et de rappeler que chaque idée compte, même si le chemin change en cours de route. Plus qu’une simple murale, ce projet s’impose comme une expérience humaine riche, où l’art devient un prétexte pour apprendre à se connaître, à s’exprimer et à avancer ensemble.