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De la mine à la maison

3 mai 2026

par : Joanie Dion

photo : Marie-Philipe Bergeron témoigne de sa réalité d’être la conjointe d’un travailleur minier. (Photo : Benoit Audet)

Marie-Philipe Bergeron est la conjointe d’un travailleur minier. Depuis qu’elle partage sa vie, sa réalité a évolué et lui est devenue plus particulière. Rencontre avec elle pour en témoigner.

D’entrée de jeu, elle explique que, puisque ce son conjoint travaille sur un horaire de type 7/7, et qu’elle ne conduit pas, le plus grand défi pour elle est qu’elle n’a pas de véhicule pour se déplacer lorsqu’il est absent. « Je dois prévoir mon épicerie en [conséquence], pour faire de gros achats en tout cas, pendant sept jours. J’essaye de prévoir aussi s’il y a des tempêtes ou de la mauvaise température, pour me rendre au travail avec des collègues. »

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Une nuance fera bientôt son entrée dans sa vie, également. Alors qu’il ne travaille que de jour, « là on nous a annoncé, au moment où il a signé son contrat pour la nouvelle année, qu’il y aurait une modification, car ils vont avoir besoin de contremaître de nuit aussi. Donc, Jean-Philippe va recommencer à faire un 7 de jour, un 7 off, un 7 de nuit, un 7 off. On va recommencer à vivre les virages de nuit et de jour. Desquels on ne s’ennuyait pas du tout. » Parallèlement, c’est un stress qu’elle devra apprivoiser de devoir passer des nuits seule dans la maison pour la première fois.

Ayant elle-même des amies qui sont également conjointes de travailleurs miniers, tout en étant mamans, Mme Bergeron dénote la distinction du fait que, dans son couple, ils ne sont pas parents. « Avant, je regardais des amies qui avaient des chums qui partaient et je voyais qu’elles étaient monoparentales même en sortant avec le gars. Lui, il était là 7 jours et il repartait 21 jours. Quand enfin il revient, il est brûlé. Il n’est pas le papa joyeux qui a envie de jouer avec son enfant ou le mari qui a envie de te préparer un souper romantique ou une sortie au cinéma. Il veut dormir, il veut la paix. Je vis ça un peu aussi avec Jean-Philippe mais, vu qu’on n’a pas d’enfants, ce n’est pas autant intense. […] Je pense que cette réalité-là est difficile, oui, pour les femmes qui doivent réorganiser leur vie en fonction de monsieur, mais surtout pour les enfants. Expliquer à un enfant que c’est parce qu’il t’aime qu’il s’en va, c’est compliqué. »

Comment entretenir le lien à deux lorsqu’il travaille douze heures par jour ? « Moi, je vais le border tous les soirs. Il se couche vers 18 h 30- 19 h quand il travaille. Donc, je vais aller me coucher avec lui cinq ou dix minutes, juste pour passer un moment collé. Souvent, c’est là qu’on se parle aussi s’il y a quelque chose de significatif qui serait arrivé dans ma journée ou si on a quelque chose d’important le lendemain ou quoique ce soit. C’est le seul 15 minutes où on se voit. Après, il se lève à 3 h 30 et part à 4 h pendant que je dors encore. »

Comment gérer les invitations à sortir dans ce cas-là ? « Il faut que l’on compte une semaine sur deux pour savoir si on peut y aller parce que je n’irai pas toute seule, je suis à pied ! Par exemple, pour les soupers dans ma famille à Amos, il faut compter une semaine sur deux. Mais ça, maintenant que mon frère est dans les mines aussi, il a les mêmes horaires que mon chum. »

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Malgré sa réalité personnelle, Mme Bergeron revient régulièrement à celle de son amie et de son conjoint. « Je pense que, même si on parle de la réalité des conjointes, le plus gros sacrifice ce sont les pères qui le font. Quand mon amie a eu son garçon, son chum n’a pas pris de congé parental parce que c’est le seul salaire qui entrait. Elle était déjà à la maison avec le petit. Lui, chaque fois qu’il revenait, son petit avait changé. Il faisait des choses qu’il ne faisait pas la dernière fois qu’il est parti. L’émerveillement chaque fois. Tu ne vois pas grandir ton propre enfant, à part en photos, en vidéos et par FaceTime le soir pour souhaiter bonne nuit. »

Par ailleurs, pour elle, avant de connaître Jean-Philippe, les dangers représentés par le travail de son conjoint relevaient des risques extérieurs. Elle pensait aux incendies, aux cages qui descendent et qui ne remontent plus, aux inondations dans la mine, aux éboulements. Finalement, ses inquiétudes se sont transformées. « Il travaille avec des produits nocifs. Il peut recevoir de l’arsenic sur lui. Tous les liquides qu’il contrôle dans les tuyaux sont infectés de toxines minières. Si tu déchires ton suit pendant que tu répares un tuyau et qu’il fuit, tu peux être contaminé. Il m’a déjà envoyé des photos de lui avec des masques à gaz parce qu’il y avait eu un gaz quelconque détecté dans le moulin à cause d’un bris dans une conduite. Je n’avais pas conscience de tout ça quand j’ai commencé à sortir avec lui. […] Mais quand mon chum travaille, je ne suis pas anxieuse parce que c’est lui le boss du moulin. J’ai confiance en ses capacités. »

Bien qu’elle vive des facteurs stressants, le plus gros point positif pour eux est « de ne pas compter quand on fait l’épicerie. Avec l’inflation actuelle, « on est privilégiés. Je le vois, car je travaille au bureau d’aide juridique. Je donne un Gatuso à un client et c’est son repas de la journée. Moi, je mange du steak haché, du poulet… il n’y en a pas de problème. […] Pour la première fois de ma vie, en 2026, je ne regarde pas les spéciaux. Trouvez l’erreur… je sors avec un gars de mines. On le voit que ça n’a pas de bon sens. »

En somme, vivre avec un conjoint qui travaille dans les mines, pour elle, change le rythme de vie de manière considérable. « Ça fait en sorte que j’ai l’impression que la vie passe plus vite. Parce que, d’habitude, tu te prépares quelque chose toutes les fins de semaine, par exemple. […] Mais une fin de semaine aux deux semaines… tu as deux activités par mois et ton mois est déjà passé. […] Ce n’est plus que ça va vite, ça déboule. »

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