Le 24 avril 2026 sera lancé le livre photos de William B. Daigle au café Ô Terrier. Tiré qu’à une centaine d’exemplaires et titré DIRT, ce projet est sur les planches depuis environ un an et aboutit maintenant, après toutes les étapes d’édition effectuées en solo.
Le projet du jeune photographe est de ceux dont on ne s’attend rien au départ et qui prennent rapidement de l’ampleur. Sans grande publicité pour le lancement, il confie que déjà plus d’une cinquantaine de personnes disent vouloir être présentes.
À la base, pour William B. Daigle, DIRT s’inscrit dans une démarche permettant de laisser libre court à sa créativité et à l’artiste en lui. « Je fais beaucoup de photos de shows, des festivals et tout. Là, je voulais vraiment divaguer de ça et faire de quoi de plus universel. » Par conséquent, la particularité de ces photos repose en l’absence de visages, bien qu’il y ait une présence humaine.
« Le titre m’est venu en premier », raconte-t-il. Une impulsion presque viscérale, apparue à la fin de l’été dernier, qui a ensuite dicté la direction artistique du projet. Si « dirt » signifie « poussière » en français, pour le photographe témiscabitibien, l’objectif était de souligner le « sale », « le pas beau » avec la vision artistique qui lui est propre, sa signature. Mais aussi, la terre et la poussière en tant que telle. « On passe à côté, on le remarque, mais on ne prend pas le temps de le regarder. C’est totalement l’opposé de léché et propre. »
William B. Daigle rappelle l’importance de l’objet physique qui marque le temps et demeure dans les bibliothèques des gens comme source d’inspiration à plusieurs artistes et photographes. « J’en ai beaucoup chez nous, je m’inspire de beaucoup de livres photos. » En choisissant le livre comme objet universel et sa ligne directrice pour sa création, il voulait s’assurer que les photos parlent à tout le monde.

Couverture de son livre, DIRT. (Photo : William B. Daigle)
Pour y arriver, il a retrouvé ses photos qui « n’avaient pas de but au départ ». Comme elles sortent de l’image de son portfolio habituel, il ne pouvait les y ajouter naturellement. « Ce sont toutes des photos qui n’auraient pas eu de signification si elles n’avaient pas été dans une série », fait-il remarquer. Des images isolées, parfois imparfaites, qui trouvent leur force une fois rassemblées. « Trouver le beau dans le laid », résume-t-il, évoquant une esthétique où l’accident et le banal deviennent matière à création.
Auto-financé et entièrement conçu par l’artiste, le projet est aussi un défi technique et créatif. De la mise en page à la sélection des images — un processus qu’il a recommencé plusieurs fois — jusqu’à la recherche d’un imprimeur, chaque étape a été pensée avec minutie. Le livre est co-produit avec les éditions Bourrasques à Montréal et s’ouvre sur une préface de Christian Leduc.
Depuis deux ans, le photographe enchaîne les contrats à temps plein. Un rythme stimulant, mais qui laisse peu de place à l’exploration personnelle. DIRT devient alors un espace de liberté. « Je voulais faire de quoi aussi de personnel, que c’est moi, ma vision. » Une affirmation artistique claire, qui s’éloigne de l’image du photographe de marque pour revenir à une démarche plus intime, plus instinctive.
Son œuvre est ancrée dans l’Abitibi-Témiscamingue, bien que certaines photos aient été prises lors de ses escapades à l’extérieur de la région, entre Montréal et l’Ouest canadien. Tout de même, le projet reste profondément enraciné en Abitibi, notamment à Rouyn-Noranda. Une réalité que l’artiste revendique. « On a tellement une belle culture et une belle région. Il y en a beaucoup, des artistes qui veulent partir, s’en aller à Montréal mais, moi, je n’ai pas cette urgence-là. Je crée des choses avec ce qu’on a ici et avec la vision que j’ai de la région. »
DIRT est aussi un glissement vers une autre forme d’expression. Le livre intègre deux poèmes écrits par l’artiste lui-même — une première incursion assumée dans l’écriture. « Ça me sort de ma zone de confort », admet-il. Une extension naturelle de sa démarche, qui ajoute une couche de sens et de sensibilité à l’ensemble. Une piste qu’il compte bien explorer davantage : « Totalement », répond-il lorsqu’il lui est demandé si cela pourrait mener à une publication en poésie.
La suite
Le projet ne s’arrête pas au livre. Une exposition est déjà en préparation au Quai des brumes à Montréal, avec d’autres présentations envisagées, notamment en région.
Avec DIRT, William Brière Daigle propose une œuvre à la fois personnelle et accessible, ancrée dans une esthétique du fragment et de l’imperfection. Un projet qui invite à ralentir, à observer autrement — et à trouver, peut-être, un peu de beauté là où l’on ne pensait pas en voir.