Le 15 avril prochain aura lieu le lancement du livre photographique de Sylvie Crépeault, Témoins de notre histoire : Une aventure de ponts couverts. Symbolisant l’amalgame de presque une centaine de ponts couverts du Québec, ce projet représente aujourd’hui l’aboutissement de son travail de recherche des 16 dernières années.
Quand elle est questionnée sur la raison de joindre les univers des mariés et des ponts couverts dans un même projet, elle cite une phrase directement tirée du livre. « Les ponts couverts sont les terrains d’action des mariés, l’allégorie des deux êtres qui échafaudent des chemins pour aller l’un vers l’autre, comme ces ponts qui relient deux rives, deux mondes raccordés par ce corridor fragile, matériau vivant, que le temps use, endommage, altère, comme les êtres. »
Mme Crépeault inspirée par la poésie qu’elle perçoit dans les ponts couverts, il était clair comme de l’eau de source pour elle que la thématique des mariés serait intégrée à cette entreprise artistique. Déjà, à l’université, elle travaillait avec l’icône de la mariée, qui est devenue sa muse pour les deux décennies suivantes. « Je trouve qu’elle est prétexte à raconter tellement de choses, dans toutes sortes de situations, pas juste avec les ponts couverts. »
En revanche, avant que le projet devienne celui de la publication d’un livre, Mme Crépeault présentait une exposition de ses photos de ponts couverts en 2009 à Rouyn-Noranda, alors qu’elle avait dû la monter en l’absence de trois ou quatre ponts, qu’elle n’avait pu photographier par manque de temps. Au fil de recherches, elle finit par trouver le site pontscouverts.com et contacter son gestionnaire, Pascal. « On est la région avec le plus de ponts couverts », déclare-t-elle.
Avec le temps, une amitié précieuse s’est développée entre elle et lui, et son conjoint Sylvain. Un travail d’équipe s’est forgé afin de retracer finalement un total de 94 ponts à travers le Québec. « Ça a été mon excuse pour se voir une à quatre fois par année pendant les 16 dernières années et chercher les ponts. »
Jumeler cette passion maritale aux ponts couverts a été le moyen d’ajouter une touche patrimoniale unique à ses photos, de sortir des chemins battus. Et c’est peu dire, car le pont qui lui a demandé les plus grands efforts pour le rejoindre est probablement celui du Canton Laas. « La nature reprend ses droits dans des chemins abandonnés. Justement, j’avais besoin de Pascal et Sylvain pour me rendre. Se rendre là, il n’y a pas beaucoup de gens qui l’ont fait. »
Elle raconte même avoir vécu la collaboration de Gérald Arbour qui, lui aussi, a publié un livre sur les ponts couverts. Plus encore, ce dernier émettait à l’époque des certificats à ceux qui avaient visité les ponts couverts. « Il m’en a fait un à la fin de mon projet et il y a la mention du pont du Canton Laas », confie-t-elle pour exprimer la valeur de son exploit.
Bien qu’elle se soit spécialisée à la photographie d’un patrimoine structural voué à disparaître, Mme Crépeault n’a pas réalisé son projet dans le sentiment d’urgence. Au contraire, elle a pris le temps qu’il fallait. « Il y en a beaucoup qui sont disparus. Je suis contente de les avoir photographiés à temps, avant qu’ils ne soient plus là, de le faire et d’avoir une trace. »
Plus que tout, Mme Crépeault est pleine de reconnaissance pour les gens qui ont travaillé avec elle à ce projet photographique hors de l’ordinaire. Elle nomme tant ses amis Pascal Conner et Sylvain St-Jean, que son mari Sébastien Bordeleau, Guillaume Beaulieu dans les photos, Jean-Daniel Descoteaux pour les photos d’Abitibi. « Je n’y serais pas arrivée sans eux », conclut-elle.