Du 21 au 24 mai prochain, le Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue célébrera son 50e anniversaire. En juin 1976, la toute première édition avait été organisée par trois libraires dans le gymnase de l’école Paul VI de Rouyn-Noranda. Retour dans le passé avec Ginette Vézina, qui a été présidente de la corporation pendant 33 ans.
Il y a cinq décennies, 2000 personnes s’étaient présentées au Salon du livre régional où s’étaient réunis 12 auteurs locaux et 17 exposants. « L’événement avait été lancé par trois libraires qui voulaient sortir les livres des murs d’une librairie et faire voir le plus grand nombre de livres aux gens de la région », explique Ginette Vézina, qui a longtemps travaillé comme enseignante de français.
« Si on recule de 50 ans, on ne mettait pas beaucoup l’accent sur la lecture, ajoute-t-elle. Pour avoir travaillé dans les écoles, je me souviens que les bibliothèques n’étaient pas notre première préoccupation. En classes, on faisait lire de courts textes aux élèves, mais c’est plus tard qu’on a commencé à introduire le livre dans nos cours. »
Dès les années 1980, Mme Vézina s’est impliquée au SLAT comme bénévole dans différents postes du comité organisateur. Entre 1990 et 2023, elle a assuré la présidence de l’événement en militant pour conserver l’alternance des villes hôtesses entre Rouyn-Noranda, Val-d’Or, Amos, La Sarre et Ville-Marie. « On a souvent remis en question ce modèle, mais j’étais pour la formule d’un salon qui se promène, étant donné que l’Abitibi-Témiscamingue est une vaste région avec des disparités sociales très marquées. Je trouvais important que tous les élèves des écoles puissent voir durant leur cheminement scolaire au moins deux éditions du salon du livre passer dans leur coin. »
Si l’événement avait eu lieu dans la même ville chaque année, comme c’est le cas de tous les salons du livre ailleurs au Québec, le SLAT aurait pu connaître des difficultés. « C’est un très gros événement à organiser et à maintenir. Si une ville l’organisait année après année, ça péricliterait très rapidement. On épuiserait nos bénévoles, qui sont notre plus belle richesse. On deviendrait lourd pour les commanditaires d’un même endroit. Et on priverait 80 % de la population étudiante régionale de vivre un salon du livre. »
Cette décision, aussi porteuse soit-elle, vient avec de nombreux défis. Chaque année, la ville hôtesse doit constituer un nouveau comité organisateur et trouver les ressources financières dans son secteur. « C’est certain que les commerçants de Rouyn ne vont pas financer l’édition au Témiscamingue. Peu à peu, il a fallu trouver des partenaires régionaux et provinciaux comme Desjardins et Hydro-Québec. »
Les maisons d’édition intéressées par le SLAT sont également confrontées aux défis d’une organisation sans cesse renouvelée. « Elles font affaire avec des gens différents chaque année. Et comme ces personnes travaillent le jour dans leur emploi habituel et qu’elles s’impliquent midis, soirs et week-ends, elles contactaient souvent les maisons durant leur période de congé. Ça créait des irritants. »
La solution : engager quelqu’un qui chapeauterait les cinq salons pour assurer une continuité. « C’est difficile de mettre les pieds dans une autre ville quand tu n’es pas originaire de là. On a essayé différentes formules : agent de liaison, coordonnateur régional, mais ça ne fonctionnait pas. En ouvrant un poste de direction générale, on a réglé bien des problèmes. »
Si la première édition a attiré des auteurs régionaux, les suivantes ont fait place à des plumes connues à travers le Québec, et parfois à travers le monde. « On a réussi à les attirer grâce à notre accueil chaleureux, explique l’ex-présidente. On est reconnu comme un salon où les auteurs aiment beaucoup venir. Je me souviens que le grand Richard Garneau m’avait demandé ce qu’il devait faire pour découvrir les cinq villes qui organisent le salon, car il trouvait ça magnifique de venir en région. Je lui avais répondu qu’il devait écrire un livre par année. L’engouement pour le SLAT a fait boule de neige. »
En tant qu’amoureuse de la culture, organisatrice de première ligne et ancienne enseignante de français, Ginette Vézina a vu la relation entre la population régionale et la littérature évoluer d’année en année. « On a vu émerger des clubs de lecture. Des heures du conte se sont infiltrées dans les bibliothèques. Le milieu scolaire s’est beaucoup impliqué dans le salon, qui les aide à préserver la langue française et à stimuler le goût de la lecture. Très souvent, les profs gardent une part de leur budget pour acheter des livres au salon. »
Que souhaite-t-elle pour son avenir ? « Qu’il continue tout simplement et qu’on ait le soutien financier nécessaire de nos gouvernements. Je trouve que c’est l’événement culturel qui rejoint le mieux toutes les générations. »