Établissement de Rouyn et Noranda
Après l’annonce de l’exploitation prochaine d’un gisement de minerais au nord du lac Osisko, des gens affluent vers Rouyn pour s’y installer et profiter du boom économique à venir.
De son côté, en plus de veiller à la construction d’une fonderie et à l’élaboration d’une mine, la compagnie Noranda commence à aménager la ville de Noranda, à y construire divers bâtiments et à y installer divers services. Ainsi, une population variée de prospecteurs, de commerçants, d’entrepreneurs variés, d’ouvriers et de squatteurs s’installe à Rouyn qui obtient son statut de village en 1926, et de ville l’année suivante. L’aménagement de Rouyn arrive de peu à suivre la croissance de son peuplement, et la jeune agglomération se développe sous le signe de la spéculation immobilière et boursière.
« Sur ce côté du lac Osisko, une vingtaine de chantiers en bois rond et quelques habitations en planche sont disséminés sur une superficie d’une dizaine d’acres […] Devant cet élan de progrès, le lotissement s’impose et les arpenteurs se mettent à l’œuvre. Les lignes sont tirées et les lots à bâtir s’enlèvent comme des petits pains chauds. » (Berthiaume, 1981). De son côté, Noranda se développe suivant un plan d’urbanisme structuré. Elle sera administrée suivant le concept d’une ville fermée pour éviter tous débordements.
Lois sur les mines du Québec
Le cuivre connaît une demande importante sur la scène internationale après 1924, ce qui coïncide avec l’établissement de la Noranda Mines. Après plusieurs rencontres avec les dirigeants de Noranda Mines en 1926, le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau amène des modifications à la Loi des mines du Québec. Ces modifications permettent à la Fonderie Horne d’être protégée des poursuites liées à l’environnement : « Nulle personne ne peut empêcher ou limiter l’exploitation d’usines de fonte (smelters), affineries ou autres usines à minerais construits dans le canton Rouyn et les cantons adjacents […] Nul propriétaire, locataire, occupant de terrain dans le canton de Rouyn et les cantons adjacents, et nuls porteur de permis de coupe de bois dans les cantons ne peut réclamer de dommages causés par les gaz et fumées délétères produits au cours des opérations d’une usine de fonte (smelter), érigée dans le canton de Rouyn », peut-ont lire dans la Loi des mines de Québec et un document du Gouvernement du Québec. Cette modification était loin d’être habituelle, peu de compagnies ont pu bénéficier d’une loi empêchant d’être punies pour ses impacts dommageables sur l’environnement en raison de ses rejets atmosphériques.

Image de la Fonderie Horne entre 1935 et 1979 Xstrata Cuivre Canada, Fonderie Horne, sans date, [entre 1935 et 1979], BAnQ — Rouyn-Noranda, Fonds Joseph Hermann Bolduc, (08Y,P124,S32,D370-1-1-370-1-43)
C’est dans ces conditions juridiques avantageuses que la Fonderie Horne débutera ses activités à Noranda en 1927. De plus, cette modification a une grande valeur, puisque dès les premiers jours de production de la Fonderie Horne, des rejets atmosphériques sous forme d’émissions sont expulsés dans l’air. Joseph-Édouard Perrault, le ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries considère à l’époque « qu’il vaut mieux poser cette loi tout de suite, car de cette façon ceux qui s’établiront là sauront d’avance à quoi s’en tenir ».
Environnement et la CPERN
Jusque dans les années 1970, Rouyn-Noranda avait la réputation d’être la deuxième pire ville polluée du Canada, la Fonderie Horne contribuant énormément au phénomène des pluies d’acide. Des enjeux environnementaux comme ceux-ci amènent « en 1977, Marcel Léger, le ministre de l’Environnement du Parti québécois [à confier] au Bureau d’étude sur les substances toxiques (BEST) le mandat de documenter tous les aspects de l’environnement à Rouyn-Noranda. Il en résultera un rapport de 40 documents largement diffusés ». Marcel Léger va mettre sur pied par la même occasion le Comité permanent sur l’environnement à Rouyn-Noranda, mieux connu sous le nom de la CPERN. La CPERN a comme objectif de faire un bilan écologique de la région de Rouyn-Noranda et de proposer des moyens de restaurer l’environnement. L’inauguration de l’usine d’acide sulfurique de la Fonderie Horne, le 20 mai 1991, apparaît comme un des résultats des luttes menées par le CPERN au fil du temps.

On aperçoit la fumée sortir des cheminées de la Fonderie Horne en 1985 avant la mise en service de l’usine d’acide sulfurique. Requiem pour le lac Osisko, 1985, BAnQ-Rouyn-Noranda, Fonds François Ruph, (08Y,P227,S10)