Rassemblés à la salle Minawasi à Pikogan, les membres de la Première Nation Abitibiwinni (PNA) ont lancé le Plan de protection de la culture Abitibiwinnik et d’Atik (caribou), le mardi 31 mars.
Fruit de plus d’une décennie de travaux d’acquisition de connaissances combinant savoirs autochtones et science, le Plan propose de placer plus de 3 000 kilomètres carrés d’Abitibiwinni Aki en protection stricte, contribuant ainsi à l’atteinte de l’objectif de préserver 30 % du territoire québécois d’ici 2030. Le Plan vise aussi à implanter d’autres mesures, encadrant, entre autres, les activités de l’industrie forestière et minière pour protéger l’habitat du caribou forestier (populations Detour et Nottaway), une espèce au cœur de l’identité culturelle de la PNA et qui est actuellement en déclin.
Pour Chantal Kistabish, Cheffe de la PNA, cette démarche de gouvernance territoriale vise à préserver les usages culturels de la PNA sur 6 120 kilomètres carrés, au nord d’Abitibiwinni Aki, son territoire ancestral. « Ce plan de protection démontre l’engagement de la Première Nation Abitibiwinni à assurer notre rôle d’intendance sur le territoire ainsi qu’exercer pleinement nos droits et responsabilités de gardiennes et gardiens sur le territoire d’APITIPI8INNI AKI. Les Abitibiwinnik entretiennent une relation profonde avec leur territoire, et c’est ce lien que nous souhaitons préserver pour les générations actuelles et futures. »
Quatre valeurs et neuf principes
Lors de la conférence de presse, un résumé du Plan de protection a été présenté pour illustrer la démarche qui a mené à l’émergence de quatre valeurs et neuf principes. Ceux-ci ont guidé la démarche d’établissement du plan et sont à la base des analyses menées pour délimiter les zones de protection. Des indicateurs ont été développés pour chacun des principes et valeurs, sur la base d’entrevues avec les experts du territoire et des données scientifiques les plus récentes. Les quatre principes sont : affirmer l’identité Anicinape, soutenir le mode de vie des Abitibi8innik sur le territoire, rétablir et maintenir la santé du territoire et exercer ses droits et ses devoirs sur le territoire.
Valeurs écologiques et culturelles
« À travers les projets d’acquisition de connaissances, la littérature scientifique et les entrevues avec les experts Abitibiwinnik, une revue des valeurs écologiques et culturelles a été réalisée pour le territoire du plan de protection et ses environs. Les rapports complets de ces projets suivront dans les prochains mois, toutefois quelques résultats préliminaires peuvent déjà être soulignés », peut-on lire dans le document. On y parle entre autres, du caribou forestier dont l’espèce est en péril et qui compte deux populations ; celle de Detour Kesagami et ses 450 individus puis celle de Nottaway et ses 280 têtes.
Les mesures du plan de protection permettraient également d’augmenter la proportion de vieilles forêts protégées de 25 % pour la région naturelle de la Plaine de la rivière Turgeon. Les inventaires ont permis de recenser 169 espèces de bryophytes (mousses) dans huit sites d’inventaires, pour environ 50-70 espèces par site. Parmi ces espèces, 26 sont en péril ou vulnérables à l’échelle du Québec. Les données d’herbiers et les inventaires terrain ont permis de répertorier 75 espèces de lichens sur le territoire de l’aire protégée projetée et son extension au nord de la limite nordique des forêts attribuables, ce qui représenterait entre 5,7 et 7,5 % de la biodiversité québécoise connue de lichens. Douze de ces espèces sont d’intérêt pour la conservation. Les enregistreurs acoustiques déployés sur le territoire ont permis d’identifier 144 espèces d’oiseaux dont 29 d’importance culturelle. Sur les 144 espèces d’oiseaux, sept sont reconnus d’intérêt pour la conservation, notamment l’hirondelle de rivage, la paruline du Canada et le moucherolle à côtés olive. En 2024, une trentaine d’espèces ont été observées dans les suivis de pièges photographiques. Les principaux mammifères observés sur le territoire sont le caribou forestier, l’orignal, le lynx du Canada, l’ours noir, le loup gris, la loutre et le lièvre d’Amérique. Cinq espèces d’amphibiens ont également été identifiées par les enregistrements acoustiques, dont la rainette faux-grillon boréale, espèce jugée susceptible par le Québec.
De précieux partenaires
L’élaboration du Plan de la PNA s’appuie sur une collaboration avec plusieurs partenaires et acteurs du milieu, dont la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) l’UQAT, l’Université du Québec à Montréal, Institut national de la recherche scientifique, l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac/Explo Nature, Institut du développement durable des Premières Nations du Québec-Labrador, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs et Environnement Canada.