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Lac Simon : une communauté en développement au bord de la 117

2 mars 2026

par : Nicolas Penosway | étudiant au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue

photo : Nias Papatie (à gauche) et sa famille. Il a été le premier chef de Lac Simon jusqu’à la fin des années 1930, du temps où les familles habitaient dispersées au bord du lac. (Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de l’Université de Montréal — Groupe Miaji)

Au début du 20e siècle, une dispute au sein de la bande de Kitcisakik (Grand-Lac Victoria) a mené un groupe d’Anicinabek à se séparer de la bande originale pour former un nouveau groupe. Il s’agit d’une nouvelle ère pour la communauté de Lac Simon, fondée en 1925, et qui poursuivra son évolution à proximité de la route 117.

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Le premier chef du Lac Simon

C’est Nias Papatie qui a été premier chef héréditaire de la communauté de Lac Simon jusqu’à la fin 1930. C’est lui qui a réuni les premières familles. Semble-t-il qu’il a été le chef pendant plus de 80 ans. Au départ, pour assurer le fonctionnement de la communauté, des leaders prenaient la parole et devenaient des enseignants de la vie quand des familles se croisaient l’été. Les gens avaient du respect envers les chasseurs les plus doués, les aînés avec leur sagesse, et certaines femmes qui influençaient parfois les discussions. C’étaient les leaders de la communauté qui s’occupaient de la justice. Ils décidaient collectivement, avec l’appui des aînés, comment la personne fautive allait être punie. Il n’y avait pas de juge et ni de tribunaux. Le rôle de chef héréditaire était donc varié et exercé en communication avec les membres du groupe.

Actions des chefs

Au fil du temps, quelques chefs ont contribué à l’évolution de Lac Simon. Mentionnons Jean Papatie, qui est le dernier chef héréditaire, et Joe Kisik, qui était chef intérimaire. Ils ont notamment travaillé pour défendre les droits de la communauté, pour relocaliser la bande en haut de la côte dans les années 1960, et aussi pour créer une école à Lac Simon dans les années 1970.

Jean Papatie a également été le premier chef élu en 1971 selon la Loi sur les Indiens. Rappelons que la loi des Indiens a créé le système de chefs élus parce que le gouvernement fédéral voulait parler avec un représentant unique. Cette Loi vient encadrer la vie des Autochtones et l’organisation des communautés. C’est donc dans un contexte légal assez restrictif que certaines actions des chefs ont été lancées.

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Photo 2

Herby Goyette. La famille Wiscutie, Cheezo et Kelly au Lac Simon. (Société d’histoire de généalogie de Val d’or)

Pour bien comprendre le processus de déménagement vers le haut de la côte, Jean Papatie a raconté que le « Grand George », durant les années 1960, a dit aux agents des Affaires indiennes lorsque ceux-ci ont proposé la construction de blocs d’appartements en haut de la côte : « Quand je m’en vais dans mon camp, dans mon territoire, j’ai ma maison. Mon père à sa maison. Mon frère a sa maison. On ne reste pas tout le temps dans la même maison. Des fois, on a une petite distance. Des fois, on se tient à une autre place. C’est ça que je veux avoir : une maison à moi, une autre maison pour d’autres personnes. » Le nom de Grand George est George Papatie. Il a été chef aux environs des années 1960, quand les familles habitaient en bas de la côte de Lac Simon, et lors du déménagement en haut de la côte. George Papatie a facilité l’encadrement du déplacement de la communauté en haut de la côte, une condition pour la construction d’un nouveau village. Près du lac, la logistique pour construire les nouvelles habitations était trop compliquée.

La construction d’une école secondaire

Dans les années 1930, les enfants avaient accès à une école en bas de la côte. Mais, les enfants apprenaient également à vivre sur le territoire auprès de leur entourage. Jean Paul Gunn, un aîné décédé en 2018, a raconté son parcours d’apprenant : « Mon grand-père m’a élevé dans le bois. Quand je suis né, ici, ma mère m’a baptisé. Elle m’a donné à mon grand-père pour qu’il prenne soin de moi. […] Mon grand-père a continué à m’élever jusqu’à son dernier jour. Quand il est mort, c’est ma mère qui m’a appris. Je suis resté avec ma mère. » À partir de 1955, les enfants sont obligés d’aller à l’école. L’ouverture du pensionnat indien de Saint-Marc-de-Figuery a marqué une période difficile. Les enfants étaient enlevés de leur famille et les parents résistaient aux menaces d’arrestation. George Wabanonik raconte : « Les enfants se sauvaient dans le bois pour ne pas se faire amener au pensionnat. »

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Photo 3

Simon Anichinapéo, le 10e chef au Lac Simon, lors d’une cérémonie au Lac Simon (société d’histoire de généalogie de Val d’or)

Depuis le 10 décembre 1970, l’école Amik-Wiches reçoit 180 étudiants algonquins, métis et français de la prématernelle jusqu’à la septième année. Douze personnes (dont deux de langue indienne) forment le personnel de l’école à l’origine, soutenue et dirigée par Mlle Louisette Brisson, directrice. Bien des personnes (enseignantes, commissaires, cadres, parents) pourraient raconter la longue histoire de ce rêve enfin devenu réalité, mais après combien de rebondissements dus aux multiples négociations entre toutes les parties impliquées : d’une part, le Conseil de bande du Lac Simon, et par ailleurs des adultes de Louvicourt, ainsi que des représentants du ministère de l’Éducation du Québec, et du ministère des Affaires indiennes et du Nord. Il faut reconnaître toute l’abnégation du personnel enseignant et du personnel de direction qui a évolué dans des conditions le plus souvent difficiles, tout au long des six ans qu’a duré ce projet, du 6 décembre 1969 au 6 décembre 1975. Un des problèmes de l’époque touchait la présence de personnel qualifié d’origine autochtone. Les Affaires indiennes avaient d’ailleurs conclu des ententes avec l’Université du Québec et le Collège Manitou pour la formation des maîtres d’origine indienne.

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Un campement (au 1er site de Lac Simon, en bas de la côte) dans le Lac Simon, des (enfants) individus semblent jouer. (Groupe Miaji)

Aujourd’hui, à Lac Simon, il existe une école primaire qui se nomme l’école Amikobi, et une école secondaire qui se nomme Amik-Wiches. Le chef actuel du Lac Simon est Lucien Wabanonik. Il a été élu en 2023 pour quatre années, et succède à Adrienne Jérôme.

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