Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPPU) était de passage à Val-d’Or le 25 février dernier. Sous le nom de Logement : retour vers le social, la tournée québécoise du FRAPPU consiste à mettre de l’avant des solutions pour la crise d’inabordabilité actuelle. Carl Lafrenière, représentant du FRAPPU, a été accueilli par l’Association des locataires de l’Abitibi-Témiscamingue (ALOCAT) pour tenir une assemblée publique visant les personnes et organismes touchés par la situation.
La situation des logements non-abordables et du taux d’inoccupation très bas est connue partout au Québec. Toutefois, chaque région vit une lutte bien à elle face à ces enjeux socio-économiques. À Val-d’Or, le loyer moyen a connu une hausse frappante de 54,5 % depuis la pénurie de 2018, atteignant une moyenne de 967 $ en 2025, selon les plus récentes données de la Société d’hypothèque et de logement (SCHL). Pour les ménages à très faible revenu, cette hausse s’avère inquiétante puisque cette moyenne mensuelle est hors de prix. D’ailleurs, le slogan de la campagne Logement : retour vers le social apporte une solution fortement suggérée par le FRAPPU et l’ALOCAT face aux enjeux du logement. Il veut à tout prix éviter aux foyers à plus faible revenu de se retrouver sans logement adéquat : « […] Au lieu de dilapider l’argent public sur des logements privés ou abordables hors de prix, il apparaît urgent d’investir plutôt dans des mesures structurantes comme le logement social », propose Carl Lafrenière du FRAPPU.
En Abitibi-Témiscamingue, depuis le début des années 2000, le taux d’inoccupation des logements est très faible, soit à 1 %. « Les différents alliés gouvernementaux ne semblent pas s’être mis en action depuis toutes ces années. Nous avons aussi constaté qu’il y avait beaucoup de coupures au niveau du logement social », affirme Gabrielle Izaguirré-Falardeau, chargée de projets pour l’ALOCAT. Parmi ces constats, il y a plusieurs autres causes au problème : les programmes de subventions abolis, les nouvelles constructions hors de prix, les logements convertis en Airbnb… elles ne cessent de s’empiler. En région, un phénomène qui ressort du lot est, entre autres, les chambres pour travailleurs en fly-in/fly-out et pour touristes, car « c’est plus payant pour les propriétaires, mais ça enlève du logement pour des personnes qui veulent être des résidents permanents », ajoute-t-elle.

Photo officielle de l’assemblée publique (Photo : Gracieuseté)
Tandis que les rares fonds publics sont orientés vers d’autres besoins que celui criant du logement réellement abordable, on y voit une augmentation de constructions neuves. « Il faut avoir un regard critique sur ce que l’on construit, parce que les logements neufs sont finalement des logements plus chers et qui contribuent à la hausse des prix des loyers. Aussi, au fur que la crise du logement s’aggrave, les propriétaires en profitent entre les changements de locataires […] malgré la disponibilité très limitée, les gens vont souvent accepter de payer plus cher », explique la chargée de projets de l’ALOCAT. Elle invite donc les locataires à contester toutes augmentations qui dépassent ce dont la loi permet.
Pour qu’il y ait une augmentation de construction des logements sociaux, le FRAPPU et l’ALOCAT ne cessent de marteler le gouvernement et les municipalités de « s’affirmer, de venir à la défense des locataires et des personnes vulnérables et d’investir dans le logement social ». Ce manque de logements à bas prix entraîne des conséquences comme de la détresse individuelle, des coupures au niveau des besoins essentielles et même des problèmes de santé. Mme Izaguirré-Falardeau termine en mentionnant que « ça amène une grosse pression sur notre fonctionnement global, mais aussi au niveau de l’itinérance. Comme on peut le constater, il y a eu une hausse visible de l’itinérance, notamment. » Selon les deux associations, ce retour vers le social est indispensable afin de prévenir l’itinérance et pour garantir l’accessibilité financière immédiate.
Pour la suite, le FRAPPU continuera son combat pour leur projet de doubler la quantité de logements sociaux en 15 ans, tandis que l’ALOCAT poursuivra ses activités de défense collective et individuelle. L’association se concentrera également sur les changements internes qu’elle peut apporter dans le système politique. Les locataires ayant de la difficulté à se trouver un logement pour des raisons de prix, discrimination ou autre peuvent faire appel à ces deux associations.

Moisissure dans le sous-sol (Photo : Mégane Nolet)
Deux locataires témoignent
Mégane Nolet et Félix Comtois, un jeune couple de la région, ont vécu dans un appartement d’Amos appartenant à des propriétaires ayant plusieurs portes en Abitibi-Témiscamingue. Leur histoire a commencé dans leur logement à deux étages où ils se sont rapidement aperçus que leur sous-sol était couvert par la moisissure. À partir de ce moment, les problèmes n’ont cessé de croître : balcon moisi, plancher mou à l’entrée, infiltrations d’eau par le plafond et par la porte qui gelaient celle-ci et les empêchait de sortir lors des temps froids… Quelqu’un devait venir forcer la porte de l’extérieur pour qu’ils puissent sortir.

Le plafond lors de l’ajout d’un étage (Photo : Locataire anonyme)
Les propriétaires ont été avisés des dangers et ne se sont jamais présentés pour faire les réparations requises, mais ils ont demandé une augmentation de 200 $ au passage. Tandis que la grossesse de Mme Nolet avançait, elle a insisté pour que le balcon soit changé. Seulement trois planches ont été remplacées et le reste s’est effondré durant l’hiver, car en déneigeant la toiture, la compagnie a poussé toute la neige sur le balcon. Heureusement, le couple était à l’extérieur de la région et n’a pas été blessé. La réponse des propriétaires face au mécontentement des locataires : vous pouvez sortir et entrer par la fenêtre du sous-sol. À la fin de leur bail, cet hiver, les propriétaires ont entamé la construction d’une unité au-dessus de leur appartement, laissant le froid rentrer et le plafond s’effondrer dans les appartements connexes. Après trois ans à vivre dans un logement dangereux, le couple a enfin trouvé une place où qu’il ne craigne plus aucun danger.