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Concentration musique à Amos : la fin du creux de vague?

19 février 2026

par : Samuel Larochelle | Journaliste de l’Initiative de journalisme local

photo : Line Brochu et Hugo Mathieu (Photo : Gracieuseté)

Après être passé de cent inscriptions à seulement six par année, le programme de concentration musique de l’École secondaire d’Amos est en train de sortir d’un creux de vague, mais la situation demeure fragile.

Dans les meilleures années du programme, les élèves du primaire étaient légion à rêver d’une place en concentration musique au secondaire. « C’était fou raide, s’exclame Line Brochu qui a enseigné dans ce programme de 1997 à 2005. On avait 80 à 100 élèves qui s’inscrivaient pour 32 ou 33 places. »

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L’Harmonie Harricana récoltait les honneurs au MusicFest, au Festival des harmonies et au Concours de solistes et petits ensembles. En plus d’organiser le Grand rassemblement des harmonies au Théâtre des Eskers. « On a déjà accueilli 450 musiciens de partout en région, se souvient-elle. On disait qu’il y avait presque autant de monde sur scène que dans la salle. On a déjà fait venir le conseil d’administration de la Fédération des harmonies à voir le Grand rassemblement. On invitait aussi des harmonies de l’extérieur à découvrir ce qui se passait en Abitibi. On était capable de rêver. »

Ces belles années s’expliquaient par des enseignants ultras passionnés, un décloisonnement des budgets permettant à chaque commission scolaire de s’approprier l’argent et au soutien des directions d’école. Lors du stage final d’Hugo Mathieu en enseignement de la musique, en 2009, ils étaient quatre enseignants en musique. « Mais quand les programmes de passions sont arrivés, il y a eu un impact, dit-il. Les jeunes avaient accès à plein de choses. Il y avait beaucoup moins d’inscriptions en musique. On est descendu à deux enseignants et on a réuni les élèves de première et de deuxième secondaire en un seul groupe. »

Line Brochu se souvient de la perte de popularité graduelle du programme. « En 2008-2009, on voyait déjà une diminution et certains professeurs avaient sonné l’alarme. Avec l’arrivée des passions, on est passé de 28 inscriptions à 12 et même jusqu’à six! » Selon elle, l’apparition des différents créneaux n’explique pas à elle seule la transformation. « On a vu de nouvelles directions qui voulaient innover. Beaucoup de personnes voyaient l’Harmonie comme une constance : ça allait bien, alors on n’avait pas besoin de travailler davantage dessus. La pandémie n’a pas aidé non plus. »

Fin du creux?

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Les enseignants à l’école secondaire ont redoublé d’efforts pour rejoindre les futurs musiciens. « On est allés à la guerre pour montrer ce qu’on fait aux plus jeunes, explique Hugo Mathieu. On les invitait à voir le concert de Noël et le Grand rassemblement. On a laissé des instruments qui ne servaient pas dans certaines écoles primaires de la commission scolaire pour qu’ils puissent s’initier. »

Des gestes concrets qui font une différence. « Quand on fait essayer des instruments aux élèves du primaire, ça peut créer un déclic, renchérit Line Brochu. On fait des rock band. Je donne des cours de ukulélé. On essaie la basse électrique et les instruments à vent. Je me souviens d’une classe de 16 élèves à La Motte dont six sont allés en concentration musique au secondaire. »

Résultat : pour l’année scolaire en cours, il y avait suffisamment d’inscriptions pour créer des groupes séparés en première et deuxième secondaire. « C’est la première belle année en chiffres depuis une décennie, affirme Hugo Mathieu. Si on réunit tous les niveaux, on a cent musiciens. »

La situation demeure néanmoins précaire. « Ça s’est amélioré cette année, mais on reste dans un contexte de fragilité, dit Line Brochu. On a 25 élèves en première secondaire et non 32 comme à l’époque. Comme il en faut vingt pour ouvrir un groupe, on est à cinq de le refermer. »

Elle observe aussi un problème de relève en enseignement de la musique au primaire. « S’il n’y a personne pour montrer les instruments et pour amener un certain niveau musical, les jeunes vont-ils s’inscrire au secondaire? »

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Le point soulevé inquiète son collègue. « On veut bien faire essayer les instruments aux jeunes pour ouvrir leurs horizons, mais si on manque de profs qualifiés au primaire, c’est difficile de créer cette petite magie-là », illustre Hugo Mathieu. Dans un contexte où la faculté de musique de l’Université McGill vient de fermer « temporairement » son baccalauréat en enseignement de la musique, on peut craindre un manque de relève. « Il y a un réel manque d’enseignants qualifiés en musique, dit-il. Ce n’est pas vrai que tout le monde peut enseigner à des jeunes, particulièrement en musique. »

Il refuse toutefois de baisser les bras. « On doit redoubler d’efforts, se renouveler, lancer des projets, trouver du répertoire qui plaît aux jeunes et tout faire pour garder un programme de qualité. »

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