Lors d’une journée de réflexion stratégique tenue mercredi dernier à Rouyn-Noranda, sous la direction d’Attractivité Abitibi-Témiscamingue, plusieurs acteurs de la région ont nourri leur réflexion sur des enjeux démographiques et d’attractivité en Abitibi-Témiscamingue.
« Cette journée de réflexion est avant tout un moyen de partager les informations pour être certain que l’ensemble des acteurs partent avec les mêmes bases, la même compréhension de ce qui est en train de passer en Abitibi-Témiscamingue », a précisé Sylvain Blais, président du conseil d’administration d’Attractivité Abitibi-Témiscamingue.
En prévision du renouvellement de l’entente sectorielle, monsieur Blais espère que le mandat d’Attractivité Abitibi-Témiscamingue par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation et la table des préfets, répondra aux attentes du territoire. « On a eu beau travailler, mais le résultat n’est pas satisfaisant ». D’après lui, au cours des 15 dernières années, le bilan migratoire de la région est préoccupant et la population est très vieillissante. « Si cette situation perdure, c’est la vitalité du territoire qui va être en jeu et aussi notre développement économique. »
Parmi les situations qui demeurent défavorables, on se questionne sur comment attirer et retenir les gens en Abitibi-Témiscamingue. Même si la situation semble alarmante, mais elle n’est pas critique, fait observer monsieur Blais, car il pense qu’ensemble, on est capable de trouver des solutions et de les mettre en œuvre. Malgré tout, selon lui l’Abitibi‑Témiscamingue figure parmi les régions où l’on compte le plus grand nombre de postes vacants par habitant. On y recenserait un peu plus de 5 000 emplois à pourvoir, et l’Observatoire prévoit que cette tendance se poursuivra jusqu’en 2035.

Sylvain Blais, président du conseil d’administration d’Attractivité Abitibi-Témiscamingue | (Crédit Photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
L’étude Aviseo, commandée par la Conférence des Préfets de l’Abitibi-Témiscamingue, démontre que la région évolue avec un déficit d’investissement structurel qui limite son plein potentiel, alors que les besoins en infrastructures sont criants, mais l’économie de la région est parmi les plus productives du Québec. Bien que du point de vue démographique, d’ici 2050 on prévoit un taux 3 % contrairement à la majorité du Québec où la population devrait augmenter de plus de 9 %.
Le logement demeure parmi les grands défis d’attractivité
« L’abordabilité des logements en région est aussi un facteur. Je ne peux pas dire qu’on ne pas en construire davantage, mais le coût de construction en Abitibi-Témiscamingue est plus élevé presque partout ailleurs au Canada », déplore monsieur Blais. Avec le manque de logement, cela empêche les gens de venir s’établir dans la région, du coup cela affecte le recrutement du personnel au niveau des services essentiels et de les retenir. Dans ce contexte, il explique que les entreprises n’ont d’autre choix que de recruter à l’extérieur de la région, souvent à des coûts plus élevés que s’il leur était possible de recruter ici.
Le navettage est en pleine croissance
Le navettage est tout aussi un autre facteur à considérer dans les enjeux démographiques. « Il y a quinze ans de cela, on était tout heureux du navettage parce que c’étaient les gens de l’Abitibi-Témiscamingue qui partaient pour aller travailler au Nord. Aujourd’hui, la région est devenue une destination de navettage, une situation qui préoccupe les acteurs. Le développement d’une communauté ne se base pas uniquement sur les travailleurs. Ça se développe avec l’ensemble de la population ». Selon lui, on a besoin que les travailleurs viennent ici, mais aussi les enfants, leur conjoint ou conjointe pour pouvoir soutenir le développement économique. « La première base pour pouvoir faire un développement social et économique, c’est la formation », précise-t-il.
Des angles morts
Plutôt que de voir chaque municipalité déposée séparément un projet de construction [qu’il s’agisse de huit, seize ou vingt-quatre logements], monsieur Blais estime qu’une démarche concertée auprès de Maison Canada permettrait d’accroître le poids politique et la capacité d’influence de la région pour avoir 2 000 portes de logements partout sur le territoire. L’idée : présenter un projet commun, porté collectivement, afin de maximiser les chances de financement. » Au-delà des enjeux liés au logement, au navettage, aux places en garderie et aux soins de santé, Sylvain Blais, tout comme Gilles Chapadeau, maire de Rouyn-Noranda et président de la conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue insistent sur l’importance des services de proximité, particulièrement dans les petites localités. Selon eux, ces services constituent un levier essentiel pour attirer, mais surtout pour retenir les nouveaux arrivants.

La région a besoin d’une écoute pour de vrai », déclare Gilles Chapadeau, maire de Rouyn-Noranda et président de la conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue. | (Crédit photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel)
La région a besoin d’une écoute pour de vrai
Avec les élections qui s’en viennent au niveau de la province, le maire de Rouyn-Noranda estime que ce sera un beau moment pour maintenir, mettre de la pression et se faire entendre pour que les revendications de la région traversent le parc de La Vérendrye. « On veut se donner une vision commune et se donner un plan structurant sur l’avenir des choses. »
Gilles Chapadeau estime que la région dispose de nombreux atouts pour attirer de nouveaux citoyens. Il évoque notamment la chaleur et l’accueil des gens, rappelant que son propre parcours en témoigne.