L’exposition Captures d’émotions d’Huguette Lefebvre, inspirée par ses observations sur les émotions et la posture des gens comme expression d’émotions, a lieu présentement à la Galerie Céline J. Dallaire jusqu’au 21 mars 2026.
Après une période difficile de sa vie, Huguette Lefebvre a eu besoin de s’occuper l’esprit, qui était complètement surchargé par l’événement traumatique qu’elle traversait. « J’ai commencé à façonner de la broche et de l’argile. […] Je ne savais même pas qu’est-ce que j’en ferais. Dans mes mains, ça a pris la forme d’un bonhomme allumette. Quand je l’ai déposé, son dos s’est affaissé. Il n’était pas fixé, donc c’est sûr que ç’a tombé. Quand j’ai vu sa posture, ça m’a vraiment touchée, énormément. Ça a eu beaucoup d’effet sur moi parce que ça représentait exactement mon état d’esprit à ce moment-là. Il était tout recroquevillé sur lui-même, comme moi je l’étais émotivement », confie-t-elle.
C’est dans sa posture que son bonhomme allumette a transmis sa sensibilité à l’artiste. Mais qu’y voit-elle ? « La posture du corps, ça parle. On peut décoder des messages qu’une personne peut envoyer même à son insu. C’est sûr que ce ne sont pas des messages clairs, ce sont des indices finalement qui nous permettent de savoir un peu comment la personne se sent. [Et] les émotions, ça m’a toujours attirée, ça m’a toujours intéressée. »
Ce petit bonhomme l’a observée depuis sa station dans son atelier jusqu’au jour où elle a décidé d’entamer un processus de création d’une collection. « Quand j’ai voulu chercher un sujet pour faire un corpus artistique, je l’ai regardé et j’ai su que ce serait mon point de départ. J’ai ramassé le bonhomme, et ça a été mon inspiration et mon déclic pour continuer mon cheminement artistique », raconte Mme Lefebvre.
Dans le titre de l’exposition, Captures d’émotions, il est question de « capturer », terme qui peut prendre plusieurs sens. Pour Huguette Lefebvre, c’est comme si « on prenait une photo de laquelle on est capable, avec la posture du corps, d’avoir des indices, d’avoir une image de ce que la personne peut ressentir. » Photo représentant son inspiration : les émotions.

Un exemple de sa technique qui est « plus accessible à la lecture de la posture qu’un encadrement habituel ». (Photo : Céline J. Dallaire)
Au fil du temps, l’artiste s’est perfectionnée en suivant de multiples cours pour apprendre différentes techniques, telles que « le mono-print, qui est l’impression sur plaques de gel », du papier fait à la main nommé « papier washi », et le marouflage qui est « une technique de support pour les œuvres », entre autres. Cette dernière technique lui a servi beaucoup, dit-elle, car elle voulait sortir du traditionnel encadrement pour permettre de rendre « plus accessible à la lecture de la posture qu’un encadrement habituel ». « « Toutes les techniques que j’ai essayées, de chaque cours que j’ai suivi, c’est sûr qu’il y en a plusieurs qui n’apparaissent pas dans mes œuvres, mais ça a quand même contribué à l’enrichissement de mon corpus », spécifie-t-elle.
Le cheminement, débutant avec la première statuette allant jusqu’à l’exposition, n’a pas été simple et s’est étalé sur quelques années. Comme elle devait composer avec des techniques nouvelles qu’elle apprenait, tout en ayant en tête une idée précise qu’elle voulait créer, certains moments ont dû nécessiter de plus de temps de recherche et de tentatives de techniques. « Ça fait trois ans que je travaille sur mon projet. Ça n’a pas toujours été facile. Et mon parcours a été parsemé d’embûches. Ça m’a obligée à faire preuve de beaucoup de créativité pour résoudre les difficultés qui se présentaient, et il y en a eu pas mal », livre Mme Lefebvre. « Il y a des œuvres qui m’ont pris jusqu’à un an avant de trouver la solution pour arriver aux résultats que je cherchais. »

L’une de ses sculptures de corde. (Photo : Céline J. Dallaire)
Visée de l’exposition
Sans prétendre l’enseigner, « le souhait, c’est [les visiteurs] comprennent plus l’être humain. Et comprendre plus, c’est d’avoir un peu plus d’empathie. C’est comprendre l’individu dans les postures du corps, essayer de les percevoir mieux, d’être à l’écoute des gens. Les gens récolteront ce qu’ils voudront », conclut-elle.