Le Prêt entre bibliothèques (PEB), un service essentiel pour l’accès à la lecture, est aujourd’hui fragilisé par le projet de loi C-15 du gouvernement fédéral. Derrière ce débat législatif se cache un enjeu majeur pour les communautés rurales : la survie d’un système qui permet chaque année à des milliers de citoyens d’emprunter des livres que leur bibliothèque locale ne pourrait jamais acquérir.
Le Réseau BIBLIO Abitibi-Témiscamingue/Nord-du-Québec dessert 61 bibliothèques réparties dans 48 municipalités. Pour plusieurs de ces localités, souvent petites et éloignées, le PEB constitue la seule porte d’accès à une offre documentaire comparable à celle des grands centres. « On dessert les petites communautés. Le prêt entre bibliothèques est un de nos services de base », explique Geneviève Boucher, directrice générale du Réseau BIBLIO de la région depuis bientôt trois ans.
Un service massif, mais fragile
Chaque année, le réseau régional traite entre 8 000 et 9 000 prêts entre bibliothèques, ce qui témoigne de l’ampleur du service et de son importance pour les usagers. Ce système repose toutefois sur un pilier discret, soit la tarification postale réduite accordée aux bibliothèques par Postes Canada. Grâce à ce tarif préférentiel, l’envoi des PEB coûte entre 7 000 $ et 9 000 $ par année au Réseau BIBLIO ATNQ, un montant raisonnable pour un service aussi vaste.
Or, le projet de loi C— 15, actuellement à l’étude, retire l’obligation légale qui encadre cette tarification. Rien n’indique explicitement que les tarifs préférentiels seraient abolis, mais la porte demeure ouverte. Et pour le réseau de la province, cette simple possibilité suffit à inquiéter. « On veut s’assurer que ce soit inscrit noir sur blanc. Tant que ce n’est pas écrit, on continue nos revendications », insiste Geneviève Boucher. Les assurances verbales du cabinet du ministre ne suffisent pas. Les réseaux demandent une protection légale claire.
Un impact financier dévastateur
Si les tarifs préférentiels disparaissaient, les coûts exploseraient. Le Réseau BIBLIO ATNQ passerait d’une facture annuelle d’environ 8 000 $ à plus de 72 000 $, une hausse impossible à absorber dans les budgets actuels.
À l’échelle provinciale, les 11 réseaux BIBLIO du Québec devraient assumer 2,5 M$ supplémentaires par année, une somme colossale qui forcerait inévitablement des coupures. « On n’aurait pas le choix de limiter le prêt entre bibliothèques à l’intérieur de notre propre réseau. On ne pourrait plus aller chercher des livres ailleurs au Québec », explique Geneviève Boucher. Et le résultat : une offre documentaire appauvrie, un accès réduit à la culture et une iniquité accrue entre les régions et les grands centres. La directrice générale parle aussi d’un impact sur l’éducation, l’accès à l’information et la littératie.
Une mobilisation qui prend de l’ampleur
Pour protéger ce service, les réseaux BIBLIO ont lancé une campagne de mobilisation nationale. Une lettre prérédigée peut être envoyée directement au ministre Lightbound, et les citoyens répondent massivement à l’appel. Pour inonder le ministre de ces lettres, il suffit de suivre le lien partagé sur la page Facebook de Réseau BIBLIO Abitibi-Témiscamingue/Nord-du-Québec.
De plus, chaque livre envoyé en PEB contient désormais un encart informatif sur le sujet. Les municipalités ainsi que les bibliothèques locales participent également à la diffusion. L’objectif : créer une pression sociale suffisante pour que le gouvernement inscrive explicitement, dans la loi, la protection des tarifs postaux pour les PEB. « Il faut que ça devienne socialement inacceptable de laisser cette porte ouverte », termine Geneviève Boucher.
Photo : site Web reseaubiblioatnq.qc.ca