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Club Morocco : le cœur battant d’un Val-d’Or disparu

4 février 2026

par : Elryk Carbonneau | étudiant au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue

photo : Photographie montrant l’entrée élégante du Club Morocco de Val-d’Or, au décor sobre mais à l’allure soignée, typique des établissements de divertissement de l’époque. À l’avant, trois personnes assises près de la porte attendent ou discutent tranquillement avant une soirée au club. (Société d’histoire et de généalogie de la ville de Val-d’Or, P126, S2, SS4, SSS9, D18p3)

Fondé en 1937, au cœur de Val-d’Or, le Club Morocco a longtemps été l’un des lieux les plus vibrants et rassembleurs de la ville. Entre soirées animées, concerts mémorables et événements officiels, il a marqué plusieurs générations d’habitants. Son histoire, faite d’éclat, de déclin, puis de renaissance, témoigne aujourd’hui encore de l’évolution sociale et culturelle de la région. Au fil des décennies, le Club Morocco est devenu un repère incontournable de la vie nocturne valdorienne, où se sont croisés artistes, citoyens et moments marquants de l’histoire locale.

La ruée vers l’or

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L’essor de Val-d’Or s’inscrit dans une transformation profonde de l’Abitibi entre les années 1930 et 1945. Durant cette période, le Québec connaît une forte croissance démographique. Entre 1931 et 1941, la population rurale québécoise passe de 30 942 à 72 925 personnes, et l’Abitibi en profite le plus, avec 30 148 nouveaux habitants en une décennie. Cette arrivée massive de familles et de travailleurs attirés par les nombreux emplois dans l’industrie minière et forestière modifie le paysage social, économique et culturel.

La forte demande de l’or durant l’entre-deux-guerres joue un rôle clé dans cette transformation. L’exploitation minière attire des milliers de chercheurs d’emploi, d’entrepreneurs et de prospecteurs vers un territoire jusque-là peu développé. Cette ruée vers le Nord entraîne la création et l’expansion de plusieurs villes minières, dont Rouyn et Noranda, Duparquet, Bourlamaque, Val-d’Or et Malartic, qui deviennent rapidement des centres de peuplement et d’activités économiques. Leur croissance repose sur une base industrielle spécialisée, centrée majoritairement sur les mines et la foresterie, ce qui forge une identité régionale marquée par le travail et l’esprit pionnier.

En gros, au-delà de l’économie, cet afflux transforme la vie quotidienne : commerces, lieux de loisirs, services publics et espaces communautaires émergent pour répondre aux besoins d’une population croissante.

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Intérieur du Club Morocco de Val d'Or

Photographie prise à l’intérieur du Club Morocco lors d’une soirée festive. Des musiciens jouent sur une scène décorée, tandis que des hommes exécutent un numéro chorégraphié au centre. À droite, deux jeunes femmes assises à une table observent la scène dans un décor raffiné.(Société d’histoire de la ville de Val-d’Or, P126 — S2-SS4-SSS9-D18)

Le Club Morocco dans son âge d’or

Au début de la deuxième moitié du 20e siècle, l’établissement gagne encore plus de prestige lorsqu’il passe entre les mains de Jack Kentish, un entrepreneur possédant déjà plusieurs clubs. Visionnaire, Kentish attire de grandes vedettes internationales dans son célèbre Club Morocco sur la 3e Avenue, comme Oscar Peterson en 1947, Carmen Cavallaro, etc. Ces vedettes amènent à Val-d’Or une vie nocturne digne des grandes villes ; « Pendant de nombreuses années, le Club Morocco est le pivot du Val-d’Or by night ».

Mais la prospérité finit par s’essouffler vers la fin des années 1950 et le début des années 1960. De nouvelles réglementations et taxes sur les débits de boissons mettent un terme à l’âge d’or des boîtes de nuit. Ces changements poussent Kentish à vendre ses établissements, et à investir dans le domaine minier, poursuivant ainsi une vie déjà marquée par l’audace et l’aventure.

La fin d’une page d’histoire

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La fin du Club Morocco, et plus tard celle du Château Inn, marquent la conclusion d’une page importante de l’histoire socio-culturelle de Val-d’Or. À ses débuts, l’établissement projette une image chic ; en témoigne son slogan lancé dans La Gazette du Nord : « Pour une belle soirée, rendez-vous au CLUB MOROCCO ». Mais cette aura prestigieuse ne survivra pas aux transformations profondes de la ville. À la fin des années 1970, alors que Val-d’Or demeure animée, la cocaïne s’impose dans le milieu nocturne, et le Club Morocco devient un lieu clé pour les trafiquants, marquant un tournant sombre. L’établissement garde une importance culturelle. Les années 2010 précipitent son déclin. Propriété du caïd Serge Pomerleau, l’immeuble est saisi en 2015 lors de l’opération Écrevisse, à la suite de son évasion médiatisée en 2014.

Racheté par « La Piaule », l’édifice laisse place au « Château Marie-Ève », un projet de logements pour personnes vulnérables. La démolition du Château Inn en octobre 2020 ouvre la voie à cette nouvelle construction, nommée en mémoire de Marie-Ève Charron, une jeune femme ayant souffert d’itinérance et qui a été assassinée dans un immeuble au centre-ville de Val-d’Or en 2016. Ainsi se tourne une page de la vie nocturne valdorienne, remplacée par un projet axé sur le soutien et le renouveau.

Dans le cadre du 90ᵉ anniversaire de la ville de Val-d’Or, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, et des membres de l’équipe de la Société d’histoire et de généalogie de Val-d’Or.

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