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Rouyn-Noranda dans les années 1970 : Une période de changements difficiles

4 février 2026

par : Mia Gaouette | étudiante au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue

photo : L’ampleur de cette pollution peut être mise en évidence par une image représentant un site contaminé à Rouyn-Noranda à la suite des activités de la mine. (Mines — Pollution, 1970-1979, Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Rouyn-Noranda, Fonds François Ruph.)

En Abitibi-Témiscamingue, au début des années 1950, près de 20 % de la main-d’œuvre est employée dans le secteur minier. Malgré cette présence importante, peu d’entreprises investissent réellement dans la recherche et l’exploration de nouveaux gisements, ce qui finira par créer diverses difficultés dans les décennies suivantes. La Société québécoise d’exploration minière (Soquem), fondée en 1965, est la seule organisation à maintenir un programme d’exploration pendant un certain temps. Entre 1960 et 1980, la production connaît une chute marquée. En effet, le secteur minier fait face à un déclin lorsque l’avantage concurrentiel du Québec sur les autres provinces diminue. Dans ce contexte, les années 1970 s’avèrent particulièrement difficiles à Rouyn-Noranda.

La mine Noranda et ses problématiques

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L’industrie minière a toujours été importante à Rouyn-Noranda, surtout grâce à la compagnie Noranda Mines, une multinationale. Cependant, le secteur minier comporte de nombreux risques puisqu’il est basé sur l’exploitation d’une ressource non renouvelable. Sachant que la durée de la mine Horne n’était pas infinie, William Guy Brissenden, le président de la compagnie affirmait en avril 1971 que d’énormes sommes d’argent ont été engagées afin d’allonger son temps d’activités. Environ 30 millions de dollars auraient d’ailleurs été investis.

En 1975, seulement le tiers des minerais acheminés à l’usine provient du Québec, ce qui représente environ 300 000 tonnes. La majorité des volumes traités provient plutôt d’autres territoires, notamment de l’Ontario et de diverses régions situées à l’extérieur de la province. Étant donné la diminution de l’activité minière, le développement économique de Rouyn-Noranda finit par dépendre des expéditions de cuivre provenant de la division Horne. Par conséquent, cette période de difficultés croissantes, liées à l’essoufflement de l’activité minière, mène ultimement à la fermeture de la mine en 1976. En effet, tandis qu’une baisse importante des profits de la Noranda survient en 1975, en raison de la hausse de 95 % des taxes imposée par le gouvernement afin de freiner l’inflation, le gisement de la mine Noranda, moteur de son activité économique, est finalement épuisé. En 1976, Noranda mines annonce donc la fin de ses activités d’extraction, entraînant une réaction en cascade, d’ordre social, économique ou politique pour les années à venir.

Rouyn-Noranda 1970-1979

Cette image nous montre une partie du quartier ouvrier du Vieux-Noranda, de même que les installations de la mine et de la fonderie Horne dans les années 1970. (Rouyn-Noranda, 1970-1979, Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Rouyn-Noranda, Fonds François Ruph.)

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Les conséquences de la fermeture de la mine

La fermeture de la mine entraîne une rupture brutale. De nombreux employés se retrouvent soudainement sans travail. Une forme d’assistance gouvernementale, l’assurance-chômage, est alors instaurée pour soutenir les travailleurs licenciés, mais plusieurs d’entre eux demeurent réticents à y recourir, n’ayant jamais utilisé ce type de service auparavant. Aussi, une partie de la population quitte la région en raison du manque d’emplois et de motifs familiaux, alors que les jeunes, quant à eux, migrent pour poursuivre leurs études. Les plus âgés partent plutôt après avoir touché leur pension de retraite.

La fermeture de la mine ravive également les débats entourant l’impact environnemental de ses activités. De multiples contestations émergent alors, alimentées par les données alarmantes sur les émissions atmosphériques. On estime notamment que plus de 775 000 tonnes d’anhydride sulfureux sont rejetées chaque année en 1980, un volume équivalant à celui de l’industrie la plus polluante de toute la province. Ce volume considérable de rejets atmosphérique permet de supposer qu’une décennie plus tôt, la pollution industrielle était encore plus marquée.

L’élection du Parti québécois

Dans les années 1970, il n’y a pas seulement que des problèmes économiques, plusieurs ébranlements politiques et démographiques font aussi leur apparition, ce qui accentue, aux yeux de certains, les difficultés déjà présentes à cette époque. Après que le gouvernement Bourassa déclenche les élections en 1976, le Parti québécois est élu, de manière surprenante, avec 41 % des voix. Plusieurs intentions du PQ touchent directement la question linguistique. Le parti affirme que le français doit être la langue utilisée en milieu de travail. Une telle orientation implique que les personnes qui ne maîtrisent pas le français devront modifier leurs habitudes.

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Gilles Baril et François Gendron 1981

Une photographie de Gilles Baril et de François Gendron, prise en 1981, à la suite de la deuxième victoire électorale du Parti québécois. (Gilles Baril, 1981-1999, Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Montréal, Fonds La Presse.)

Pour de nombreux immigrants, ayant une langue maternelle différente et apprenant le français progressivement, cette mesure représente un défi particulier. Bob Martino, un fils d’Italien implanté à Rouyn-Noranda, affirme que « la politique provinciale faisait peur ». De son côté, Patricia Chomiac, mère de famille d’origine ukrainienne, explique que « quand ils ont décidé que le français devenait important au Québec, [les immigrants] se sentaient délaissés ». Elle ajoute « qu’il y en a qui ont eu assez peur quand le français a commencé à prendre de l’ampleur qu’ils ont déménagé leur compte de banque à Kirkland Lake ». Elle précise « qu’ils voyageaient par autobus pour aller chercher de l’argent, ou pour déposer de l’argent. Cela a aidé pour bien des décisions de partir ». De plus, l’accès à l’école anglaise est restreint de plus en plus, les personnes désirant avoir accès à l’école anglaise devront faire des tests pour avoir leurs compétences.

En somme, la politique provinciale de francisation mise en place par le Parti québécois a représenté un défi important pour les immigrants venus à Rouyn-Noranda principalement pour travailler dans le secteur minier, et qui se sont intégrés en apprenant l’anglais. Aux yeux de certains immigrants rencontrés par l’historien Benoit-Beaudry-Gourd, l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, jumelée aux difficultés économiques et à d’autres facteurs, a contribué au départ d’une partie de la population anglophone de Rouyn-Noranda. D’ailleurs, en 1971, la population de Rouyn-Noranda est évaluée à 29 009 habitants, alors qu’elle n’est plus que de 25 991 en 1981 selon les recensements. Il s’agit d’une baisse significative de 10,4 %.

Dans le cadre du 100ᵉ anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, de bénévoles de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, et des membres de l’équipe du centre d’archives de BAnQ à Rouyn-Noranda.

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