Le cours de francisation et les organismes communautaires aident beaucoup les immigrants à surmonter la barrière linguistique.
Nathalia Velasquez Salienne, une jeune étudiante chilienne à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue en santé autochtone, détaille de sa réalité. Cette réalité n’est pas nouvelle. Le poète et auteur-compositeur québécois Gilles Vigneault a souvent rappelé que la langue française se vit et se transforme à travers ses accents et ses usages. Une réflexion qui résonne encore aujourd’hui chez plusieurs étudiants internationaux. Comme c’est le cas pour Natalia Velasquez Salienne.
Avant d’arriver ici pour sa maîtrise en santé autochtone, elle suivait des cours de francisation à l’Alliance française au Chili. Même si le Chili figure parmi la liste des pays qui font partie de l’Organisation internationale de la Francophonie, la langue première demeure l’espagnol. « Suivre un cours de français au Chili reste un luxe pour une partie de la population », comme en témoigne Nathalia Velasquez.
Au Québec, maîtriser le français représente un avantage. C’est une nécessité pour favoriser l’intégration en douceur pour les nouveaux arrivants. Pour un immigrant, parler les langues du pays facilite non seulement l’accès au marché du travail, mais permet également une immersion culturelle plus profonde et enrichissante.
Débarquée au Canada (à Rouyn-Noranda) pour ses études en décembre 2024, elle commençait à écouter les autres accents. Elle constatait que l’accent québécois était différent de celui des autres. « Malgré mon niveau de débutant, j’arrivais à comprendre ce que disaient les gens », précise-t-elle.
Cependant, elle a connu plusieurs défis de taille, allant de la peur de commettre des erreurs à celle d’avoir un accent prononcé. Portée par la diversité des accents qui résonnent à l’UQAT, enrichie par l’afflux d’étudiants internationaux, elle parvient à s’exprimer avec une liberté nouvelle. « Parfois, je parlais français, mais on ne comprenait pas tout ce je disais à cause de mon accent. » Face à ces difficultés, elle s’est inscrite au Centre Élisabeth Bruyère de Rouyn-Noranda. Pour elle, le centre de francisation a joué un rôle essentiel dans sa maîtrise de la langue.

CP : photo gracieuseté
« Le cours de francisation m’a énormément aidée dans mon intégration. Je l’ai commencé en février, quelques mois après mon arrivée. Au bout de trois mois, je pouvais déjà parler un peu plus avec les gens. Dès ce même mois de février, j’ai cherché du travail et j’en ai trouvé. Pour moi, la francisation était essentielle pour m’intégrer et réussir à décrocher un emploi. Mon professeur à l’UQAT m’expliquait comment m’adapter, comment m’y prendre à ce défi linguistique. Je suis tombée amoureuse de la langue française. »
À ses débuts, elle enchaînait les petits boulots étudiants, mais elle avait déjà la sensation que son accent suscitait des réactions particulières.
Des mois plus tard
Quand je suis arrivée ici, j’ai eu l’impression que la vie me donnait enfin la chance d’apprendre gratuitement cette langue. C’était un défi, mais une chance réelle. « Chaque jour, je me disais : si je peux apprendre une langue étrangère, je peux apprendre n’importe quoi. Aujourd’hui, je sais que j’ai découvert trois valeurs personnelles que j’ignorais complètement : notamment la détermination, le courage et la volonté. Avant, ces valeurs étaient comme éteintes, faute d’occasions pour montrer ma morale, ma personnalité, mes capacités. Maintenant, j’ai l’impression de me retrouver. »

Même si les obstacles restent de taille, Nathalia Velasquez Salienne estime d’être chanceuse de cet apprentissage. | Crédit Photo : photo gracieuseté
Résilience
« Sortir de sa zone de confort, avancer un pas à la fois… Au début, tout semble difficile pour nous comme migrant, comme étudiant international. Mais, jour après jour, on découvre autre chose de soi : sa personnalité, sa force intérieure, ses capacités. La francisation ouvre un monde nouveau, une porte vers des possibilités qui, autrement, resteraient fermées », mentionne Mme Velasquez Salienne.
Elle pense que si davantage de personnes avaient la chance de suivre ces cours, d’étudier, de s’engager chaque jour dans leur intégration, elles verraient qu’en un an, on peut accomplir énormément. « L’intégration, ce n’est pas un [sprint] : c’est un processus long, étape par étape. »
S’il fallait résumer son expérience ici, on peut s’appuyer sur le mot résilience. Car, pour elle tout ce chemin parcouru malgré les défis, est devenu une expérience profondément enrichissante. « Les professeurs, les collègues, tous jouent un rôle essentiel dans ce parcours d’apprentissage un apprentissage linguistique, mais aussi un apprentissage de la vie. Et pour moi, la résilience en est le fil conducteur. »
En réalité, le cheminement d’un nouvel étudiant international en région ou partout au Québec s’est teinté de croissance, d’apprentissage, de résilience et de découverte de soi. Des défis qu’ils peuvent rencontrer à tous les niveaux notamment en matière de langage, de culture, d’académie, de vie sociale, de logement, de météo ; ils deviennent des individus plus résilients et conscients du clivage mondial.