En plein 100e anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, je profite de l’occasion pour vous faire découvrir ou redécouvrir des archives qui nous rappellent des lieux importants de l’histoire de la ville.
La voie navigable du Témiscamingue est la route principale pour accéder à la région minière de Rouyn. Sa proximité avec les centres miniers ontariens en fait un accès plus naturel que ceux d’Amos et de La Sarre. Elle offre deux portes d’entrée au canton Rouyn. Soit en bifurquant par le lac Beauchastel en direction du lac Pelletier, soit en continuant sur la rivière Kinojévis pour aboutir au lac Rouyn. C’est par là que Léon Dumulon arrive à son premier voyage en 1923. Les eaux plus profondes de la Kinojévis (appelée Kinojeviskakatik en anicinabemowin) étant plus favorable à la navigation que la rivière Pelletier. À son arrivée, il n’y a seulement qu’un vieux camp ayant appartenu à Edmund Horne. C’est à cet endroit qu’il décide, lui aussi, de s’installer.
Il construit une cache et un camp dans lequel il habite du mois de juillet au mois de décembre. Dans une entrevue dans le cadre du 50e anniversaire de Rouyn-Noranda (1), Léon mentionne que son père l’accompagnait et que c’était en 1922, mais la majorité des sources disent que c’était en 1923 et que Jos Dumulon n’était pas du voyage en raison de la maladie (2). Néanmoins, cet établissement permet à la famille Dumulon d’établir leur service de navigation entre le rapide Esturgeon et le lac Rouyn. Une initiative qui permet d’approvisionner les prospecteurs. C’est en quelque sorte, le premier magasin général des Dumulon.

Deux maisons sur les bords du lac Rouyn qui ont été déménagées sur la rue Perreault. Celle de droit a longtemps appartenu à Jean Racicot, ancien chef des pompiers de la ville de Rouyn. Sans date. (Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Société d’histoire de Rouyn-Noranda (08-Y, P117, S2, P1983).)
Lentement, mais sûrement, une petite agglomération se développe sur les rives du lac Rouyn. Vers 1924, on y retrouve environ 7 à 8 bâtiments. La majorité des habitants du campement sont des hommes. On y retrouve, entre autres, des travailleurs du Syndicat minier du Témiscamingue et le cuisinier Arthur Desrochers qui opère une cuisine et un dortoir. Selon Vital Goulet (3), c’est à ce dernier qu’on doit l’aménagement du site et la construction du quai qui donne tout son sens à l’appellation la Landing. Je dis bien LA Landing parce que c’est ainsi que les pionniers l’appellent.
Toujours selon Monsieur Goulet, la première femme à mettre les pieds au lac Rouyn est celle de Willie Chénier. Selon mes recherches, il s’agirait d’Imalda Fauteux qui est décédée à Rouyn le 6 mai 1974. Elle serait fort probablement la première résidente de Rouyn. Le frère de Willie, Augustin Chénier, construit un magasin général juste devant le quai qu’il opère en compagnie de Réal Dallaire, son beau-frère.

Chenal qui permet aux chalands de naviguer entre le lac Rouyn et le lac Routhier. (Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Société d’histoire de Rouyn-Noranda, série Albert Pelletier (08-Y, P117, S5, P453).)
En juin 1925, Irène Dumulon, fille de Jos, s’installe également à la Landing. Elle s’occupait de la maison d’accueil pour les employés des compagnies de navigation des Dumulon et des de la Chevrotière. Quand vient le temps d’aller visiter sa famille au lac Osisko, elle utilise le chemin de « corduroy » que son père a fait construire pour faciliter le transport de marchandises entre les deux lacs.
La Landing du lac Rouyn est en expansion constante. Si bien que le gouvernement du Québec choisit ce lieu pour y installer la ville. Un plan d’urbanisme est tracé en 1927 et le nom de la ville est même déjà choisi. Ce sera Mercierville en l’honneur de l’ancien Premier ministre du Québec Honoré Mercier. Tout est prêt, mais le projet n’aboutira jamais. La première coulée de cuivre à la fonderie de la Noranda Mine Ltd, le 17 décembre 1927 à 4h du matin, vient bouleverser les plans du gouvernement. Avec les moyens de transport de l’époque, la Landing est beaucoup trop loin de l’usine. Les gens préfèrent aller s’installer sur la rive sud du lac Osisko, au cœur de l’action!
Le site est rapidement abandonné. Les maisons sont déménagées sur la rue Perreault à Rouyn et la nature reprend son cours. Aujourd’hui, la Landing s’est transformée en une jolie forêt remplie de sentiers dans lesquelles la population peut aller marcher et admirer la beauté de la faune abitibienne.
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1 - Entrevue avec Léon Dumulon, Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Comité du 50e anniversaire de Rouyn-Noranda (08Y, P34, S2, P58). https://advitam.banq.qc.ca/notice/762059
2 - Benoit-Beaudry Gourd, Le Klondyke de Rouyn et les Dumulon, 1982, page 94.
3 - Entrevue avec Vital Goulet, Archives nationales à Rouyn-Noranda, fonds Comité du 50e anniversaire de Rouyn-Noranda (08Y, P34, S2, P112). https://advitam.banq.qc.ca/notice/762113