L’année 2025 a été particulièrement difficile pour l’industrie forestière, marquée par des mises à pied et des fermetures d’usines dans plusieurs régions du Québec. En Abitibi-Témiscamingue, la situation s’est notamment fait sentir à Amos, où la baisse des prix et des commandes sur le marché américain a entraîné d’importantes pertes d’emplois.
De passage dans la région lundi dernier afin de rencontrer les membres du syndicat UNIFOR, le président national, Daniel Cloutier, a pressé le gouvernement de poser des gestes concrets pour soutenir un secteur qu’il juge fragilisé.
Selon lui, la récente démission du premier ministre François Legault pourrait représenter une occasion de rétablir le dialogue social. « On espère que ce sera le moment pour le gouvernement de renouer le dialogue et de cesser de se concentrer sur les lobbies, afin de mettre l’accent sur l’économie et sur les secteurs les plus touchés, comme la foresterie », affirme-t-il, qualifiant le contexte actuel de « tempête parfaite ».
Le président syndical souhaite voir des investissements ciblés permettant aux usines de diversifier leur production et d’améliorer leur productivité. Il estime par ailleurs que la situation du moment était prévisible bien avant la réélection de Donald Trump aux États-Unis, pointant du doigt les coûts supplémentaires engendrés par le régime forestier québécois.
Il faut revoir le régime forestier
Même si le ralentissement du marché de la construction aux États-Unis échappe au contrôle du Québec, Daniel Cloutier rappelle que la crise ne s’explique pas uniquement par la conjoncture américaine. Le coût de la fibre au Québec, qu’il juge non compétitif, constitue selon lui un enjeu majeur, largement attribuable à un régime forestier trop centralisé. Il reproche au gouvernement de ne pas avoir mené à terme la réforme promise. « Il n’y avait pas une réelle volonté de le faire. »
Des propositions ont été soumises
Monsieur Cloutier indique que plusieurs solutions ont été proposées tant au gouvernement fédéral qu’au gouvernement provincial. Au fédéral, des propositions visaient notamment le rachat partiel des droits compensatoires afin de redonner des liquidités aux entreprises sans alourdir leur endettement. « Le gouvernement a refusé, sous prétexte de ne pas froisser les Américains », déplore-t-il.
Du côté du Québec, il estime que les mesures annoncées sont insuffisantes. Il qualifie de « ridicule » la suspension de la taxe sur la masse salariale, jugeant les économies générées insignifiantes comparativement aux coûts d’exploitation des entreprises forestières. Selon lui, le gouvernement devrait donner le ton avec des actions structurantes plutôt que des mesures qu’il décrie de « cosmétiques ».
Un secteur forestier sous forte pression
Selon le président d’UNIFOR, ni le gouvernement fédéral ni le gouvernement provincial ne saisissent pleinement la réalité économique des usines forestières régionales. À Amos, près d’une centaine de travailleurs de l’entreprise Arbec ont été mis à pied juste avant Noël, en raison de la baisse des prix et de la demande sur le marché américain. Il rappelle que l’industrie forestière a longtemps été l’un des moteurs économiques du Québec. Il estime qu’elle demeure porteuse de solutions d’avenir, notamment dans un contexte de transition écologique, en permettant de remplacer des matériaux plus polluants comme le béton ou l’acier par le bois. « En un mot, le gouvernement manque de vision. »
Le conflit du bois d’œuvre est très problématique
Le conflit du bois d’œuvre avec les États-Unis continue d’alourdir le climat d’incertitude. Daniel Cloutier plaide pour le développement accru de matériaux modernes fabriqués à partir du bois et réclame une vision industrielle à long terme capable de renforcer la résilience du secteur.
2026 année électorale
À l’approche des élections de 2026, Daniel Cloutier espère que le prochain ministre rétablira le dialogue social. Il estime que le gouvernement actuel a contribué à diviser la population en groupes opposés. Selon lui, la Coalition avenir Québec devra « revenir sur terre » si elle souhaite demeurer une alternative crédible. Il affirme également attendre du Parti libéral du Québec et du Parti québécois qu’ils proposent des politiques industrielles porteuses d’avenir, notamment en foresterie, afin de mieux préparer le secteur à affronter les crises futures.
Daniel Cloutier soutient qu’un nouveau régime forestier est incontournable. Celui-ci devrait, selon lui, favoriser une plus grande décentralisation, une gouvernance régionale accrue et une meilleure planification de l’aménagement du territoire, tout en tenant compte de la cohabitation entre les différents usagers de la forêt.
Malgré la crise actuelle, il demeure convaincu qu’il est encore possible de redresser la situation. Il estime toutefois que cela passera par une réinvention intelligente du secteur et par la mise en place de mesures concrètes de soutien aux travailleurs et aux entreprises, afin qu’ils puissent traverser la tempête et restent debout lorsque la conjoncture s’améliorera.