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L’autrice jeunesse Carine Paquin « fait voyager Malartic jusqu’en Europe »

6 janvier 2026

par : Davide Buscemi

photo : L’autrice originaire de Val-d’Or, Carine Paquin, le 22 novembre au Salon du livre de Montréal (Photo : Le Citoyen — Davide Buscemi)

Romancière jeunesse originaire de Val-d’Or et élevée à Malartic, Carine Paquin a fait le saut à temps plein vers l’écriture en 2020, après 10 ans d’enseignement. Auteure prolifique depuis une douzaine d’années, elle puise largement dans l’Abitibi pour nourrir son imaginaire, faisant voyager sa région — et Malartic en particulier — jusque chez les lecteurs européens. Rencontre au Salon du livre de Montréal, le 22 novembre dernier.

En quoi l’Abitibi a-t-elle façonné votre imaginaire et votre manière d’écrire pour la jeunesse? Y a-t-il une empreinte régionale que vous revendiquez?

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Je me suis inspirée de l’Abitibi dans L’asile du Nord. Dans d’autres ouvrages comme La triple vie de Charlie, ça se passe en région dans les Îles-de-la-Madeleine mais ça reste un esprit régional qui fait partie de moi. Ça me permet de faire un portrait plutôt réaliste de la vie en région.

Concernant mon imaginaire, notamment pour L’asile du Nord, les légendes, les régions éloignées là où des choses peuvent se passer loin des grands centres urbains, tout ça fait partie de moi et découle de mon origine abitibienne.

Qu’est-ce qui vous manque le plus de l’Abitibi, et qu’est-ce que vous croyez que cette région vous a transmis de durable?

Mon esprit de famille! Ce qui me manque le plus, c’est la proximité avec mes proches : un lien direct avec les gens avec qui tu as grandi, qui te connaissent, qui t’ont vue grandir, évoluer.

Ce que l’Abitibi m’a transmis de durable, c’est un côté rassembleur, un altruisme : être là pour les autres, je suis toujours présente pour aider mes voisins. Je suis d’avis qu’on connaît toujours quelqu’un qui peut nous épauler si on a un problème.

Est-ce que votre enfance et adolescence en Abitibi ont joué un rôle dans cette précocité (publication à l’âge de 16 ans)?

Oui, absolument. Quand on vit en région, c’est qu’on se sent vus, écoutés. On a l’impression d’exister. J’ai vécu et étudié à Québec. En Abitibi, on était 80 finissants au Tremplin, on faisait un party, on se connaissait tous. À Québec, on était 200 à 300 finissants.

J’ai grandi avec cette impression que tout était possible. Quand j’ai auto-publié mon premier roman à l’âge de 16 ans, la presse est venue. J’ai été en entrevue à la radio. Au secondaire, j’avais écrit mes premières pièces de théâtre. J’avais monté une pièce avec des amis, réservé l’auditorium à l’école Renaud.

En région, les gens accordent de l’importance à qui l’on est. Je ne pense pas que j’aurais pu connaître tout ça dans une grande ville.

Un souvenir précis de la vie en Abitibi est-il devenu un personnage, une scène ou un thème d’un de vos livres?

Tout l’univers de L’asile du Nord tourne autour de l’Abitibi. Tous les personnages sont inspirés de gens que j’ai connus. C’est un amalgame de gens qui sont passés dans ma vie abitibienne.

En quoi votre parcours scolaire en Abitibi, puis votre expérience d’enseignante, ont-ils façonné votre regard sur la jeunesse et votre relation aux jeunes lecteurs?

Je me suis sentie vue, reconnue, écoutée à l’école Le Tremplin. Par exemple, en secondaire 5, dans les cours optionnels, il n’y avait pas d’art dramatique. Le théâtre, c’était toute ma vie. C’est ce que je voulais faire plus tard. Je ne me voyais pas passer mon année scolaire sans faire d’art dramatique.

J’en avais parlé à la direction de l’école. J’étais allée suivre un cours d’art dramatique en secondaire 3. La direction a arrangé le problème. On était trois élèves de secondaire 5 dans ce cours-là.

Quant à mon expérience d’enseignante, j’ai une haute considération pour la jeunesse. Quand je visite les écoles dans le cadre de mon activité littéraire, j’ai ce même sentiment. On ne m’entendra jamais dire « ah les jeunes d’aujourd’hui » ! Les jeunes ont un énorme potentiel et ont beaucoup à nous apprendre. Et vice versa. Le partage intergénérationnel représente un héritage abitibien car à la maison, nous vivions avec ma grand-mère.

Vos séries comme L’asile du Nord s’adressent à un lectorat plus mûr. Envisagez-vous d’écrire un jour un véritable roman pour adultes?

Si L’asile du Nord plaît à des adultes, il est aussi pour eux. Je n’envisage rien d’autre que d’écrire des histoires pour tout le monde, peu importe à qui elles s’adressent ou font travailler l’imaginaire. Ça me convient. Je ne me pose pas la question de savoir pour qui écrire, mais ce que je vais raconter.

Quelle différence observez-vous entre rencontrer les jeunes en Abitibi versus ailleurs au Québec? Leur rapport à la lecture, à la nature?

Les territoires et les modes de vie diffèrent mais un enfant reste un enfant. Son développement restera le même en Abitibi ou en ville. Ce qui change, ce sont les expériences de vie. Quand je donne des conférences dans une école à Montréal, je vais faire des références qui leur sont familières : prendre le métro, par exemple.

En Abitibi-Témiscamingue, je vais davantage parler de choses en lien avec la nature comme aller à la chasse, par exemple (rire). Le rapport à la lecture ne change pas. Ce qui est différent quand je suis face aux élèves abitibiens, j’ai l’impression de revivre le passé. Assis sur un banc d’école, les enfants ressemblent tellement à leurs parents que j’ai connus.

Que diriez-vous de la lecture, notamment auprès du jeune public?

L’éducation fait grandement partie de mes préoccupations. Derrière mon travail de romancière, j’ai encore un désir de faire grandir les enfants, ouvrir leurs horizons, les amener à se poser des questions.

À travers mes rencontres scolaires, je tente de véhiculer le plaisir de lire car on sait que c’est garant d’une meilleure réussite scolaire. Les enfants lecteurs ont une longueur d’avance sur ceux qui n’ouvrent pas de livre. Bref, plus on lit, mieux c’est !

Lorsque vos livres voyagent, sentez-vous une responsabilité de porter un peu de l’Abitibi à travers vos histoires?

Née à Val-d’Or, j’ai grandi à Malartic. La plupart de mes romans se passent davantage à Malartic. L’asile du Nord est publié en Europe. C’est une série très appréciée des Européens. Pour eux, il y a quelque chose d’un peu mystique dans l’idée qu’une petite ville au Canada raconte des histoires qui font peur. Pour eux, ça donne un effet plus mystérieux. J’ai fait voyager Malartic jusqu’en Europe. J’en suis très fière.

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