En 1924, Rouyn n’était encore qu’un camp minier entouré de forêt et de lacs. Pourtant, deux ans avant sa fondation officielle en village, on assiste à la première messe célébrée à Rouyn par l’abbé Armand Fugère. On peut dire que la foi catholique s’implante avec beaucoup de zèle, mais très peu de mobilier. Découvrons comment ces débuts simples ont fait naître une communauté catholique durable.
Première messe de Rouyn
En octobre 1924, l’abbé Armand Fugère, missionnaire envoyé pour célébrer des messes dans les lieux isolés du diocèse d’Haileybury, entreprend un long trajet depuis Angliers au Témiscamingue. Deux jours de canot et de marche à travers rivières, lacs et sentiers forestiers le séparent du camp minier de Rouyn. Le trajet fut long et difficile: d’Angliers au rapide de l’Esturgeon, puis un portage jusqu’à deux canots, pour naviguer sur la rivière Kinojévis, puis de six à sept heures de navigation jusqu’au lac Rouyn, enfin trois milles à travers un sentier forestier à peine tracé. Quand il arrive, il n’y a pas d’église ni de salle paroissiale. Le 10 octobre 1924, c’est dans le magasin général de Joseph Dumulon que se tient la première cérémonie catholique de Rouyn. Le comptoir devient l’autel, quelques bancs de bois accueillent les fidèles. Environ 50 personnes sont présentes : des travailleurs, des trappeurs et des familles du coin. Malgré la simplicité de l’endroit, les habitants vivent un moment important.
Premier curé résident de Rouyn
Rapidement, il devient évident qu’un curé résident est nécessaire. Il faut un prêtre sur place toute l’année pour structurer la vie religieuse et accompagner la population. C’est là qu’entre en scène l’abbé Pelletier, nommé par Mgr Rhéaume, évêque du diocèse d’Haileybury de 1923 à 1955. Albert Pelletier quitte donc Montréal en 1925 pour créer la paroisse de St-Michel-Archange qui offrira les services religieux à la communauté catholique de Rouyn et de Noranda, et ce, jusqu’en 1929, au moment de la création de la Paroisse Notre-Dame-de-la-Protection de Noranda. Avant de partir, Mgr Rhéaume lui confie : « Je vous envoie là où vous n’aurez pas un toit pour vous abriter, là où les brebis du Seigneur ont sacrifié Dieu Mammon. Vous irez réconforter les bons, ramener au bercail les brebis égarées. Tout est à édifier, mais avec l’aide de Dieu vous ferez de grandes choses. »
Première église de Rouyn
Avant même qu’une église soit construite, l’abbé Pelletier célèbre les premières messes dans une tente en toile ou dans le cinéma Régal. Ces cérémonies improvisées dans des lieux hors du commun permettent aux habitants de se rassembler et de maintenir un lien spirituel malgré l’absence d’infrastructure. Sous la direction du curé Pelletier, la construction de l’église Saint-Michel Archange démarre en 1927 pour être achevée en 1928. Pas question d’attendre que tout soit parfait : avec les habitants, l’abbé Pelletier organise les travaux. On nettoie le terrain, on installe des bancs, on collecte des fonds. Petit à petit, la paroisse prend forme et les habitants voient leur communauté s’installer. Le 25 décembre 1927, l’église est inaugurée, même si les travaux ne sont pas terminés. Le clocher fut mis en place seulement en 1938. Les fidèles, qui ont traversé des hivers rudes et des journées interminables à travailler dans les mines ou dans les forêts, assistent à un moment qui marque le début d’une vraie vie communautaire. L’abbé Pelletier ne se contente pas de célébrer la messe : il s’implique dans l’éducation, organise des activités pour les jeunes et veille à ce que chaque famille se sente intégrée. Albert Pelletier fut curé de la paroisse St-Michel-Archange de Rouyn jusqu’en 1963.
Cette histoire rappelle que Rouyn-Noranda ne s’est pas construite uniquement avec du minerai et du bois. La foi, l’entraide et la volonté des habitants ont été tout aussi essentielles. De la première messe dans le magasin général des Dumulon, en passant par les messes dans une tente en toile, jusqu’à l’installation de Pelletier comme curé résident et la création d’une paroisse vivante, ces événements montrent qu’une ville, c’est avant tout une communauté. Comme Mgr Rhéaume l’avait prédit, Armand Fugère et Albert Pelletier ont réussi à « réconforter quelques brebis » aux débuts de Rouyn.

Vers 1927, les croyants se rendent à une cérémonie célébrée à l’église St-Michel-Archange de Rouyn par l’abbé Albert Pelletier | Fonds Fonderie Horne, série Vavasour & Dick, BAnQ Rouyn-Noranda
Dans le cadre du 100ᵉ anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda, des étudiantes et des étudiants du programme de sciences humaines du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue ont produit des chroniques sous la supervision de leur professeur Martin Baron, de bénévoles de la Société d’histoire de Rouyn-Noranda, et des membres de l’équipe du centre d’archives de BAnQ à Rouyn-Noranda.