Illustratrice et bédéiste originaire d’Amos, Geneviève Bigué puise dans l’Abitibi la matière première de son imaginaire. Rencontre avec une créatrice pour qui la forêt, les villages et la mémoire régionale façonnent l’image et le récit, le 23 novembre, au Salon du livre de Montréal.
Allées et venues
Ce va-et-vient entre la métropole et la région, entre commandes institutionnelles et projets d’auteur, influence sa liberté créative et son rôle de passeuse d’histoires de l’Abitibi. « Par la nature de mon travail, il est simple pour moi de travailler autant de l’Abitibi qu’à Montréal, et j’adore ça. Bien que la métropole offre différentes sources d’inspiration, la nature abitibienne est sans pareil. Chaque retour en région permet de me ressourcer au niveau créatif, mais aussi au niveau du bien-être. »
Sa passion de raconteuse et de dessinatrice remonte à l’enfance. « Déjà petite, je créais des bandes dessinées, j’écrivais mes propres histoires, je dessinais tout le temps. Mais je ne savais pas qu’on pouvait en faire un métier. »
Un catalyseur
Parfois les lacs brûlent, sa première bande dessinée, a remporté le Prix des libraires du Québec en bande dessinée, en plus d’être finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général (livres illustrés jeunesse). Ces prix ont agi tel un catalyseur.
« Ces prix n’ont pas changé ma manière de travailler, mais ont certainement contribué au rayonnement de mon travail dans le milieu littéraire. Comme ce livre est ma première œuvre comme bédéiste et auteure, ces prix m’ont ouvert certaines portes plus rapidement. Et certainement, ces prix ont dû apporter un plus grand éventail de lecteurs. Les plus jeunes la reconnaissent souvent après l’avoir lu dans un cadre scolaire, ce qui me fait grandement plaisir. »
L’idée de Parfois les lacs brûlent, née d’un rêve, s’est progressivement transformée en une narration achevée. « Que ce soit d’un rêve ou d’une simple idée, le procédé reste similaire. J’essaie de voir si cela peut se développer davantage pour devenir une histoire : qui sont les personnages? Quels sont les enjeux qui pourraient correspondre avec cette idée? Est-ce que cette idée est assez substantielle pour devenir une histoire? »
L’Abitibi, terre inspiratrice
Geneviève Bigué revendique un univers marqué par la nature et le mystère et s’inspire beaucoup de l’Abitibi. « Je m’en inspire dans l’ambiance, les décors, les personnages… Tout s’inspire de l’Abitibi en quelque sorte. Je m’en inspire de manière générale, mais aussi de manière plus précise. Par exemple, plusieurs bâtiments dans le décor proviennent de villages avoisinants Amos. Un dépanneur de Barraute, l’école de Preissac, un garage en calvette à Ste-Gertrude, etc. »
Une artiste polyvalente
Sa formation multiple lui permettant d’assurer la tenue du storyboard, du montage et de la composition graphique, façonne sa façon de construire une planche ou une image.
« Dans le cas de la bande dessinée, mes formations sont très complémentaires. Mes études en cinéma d’animation m’aident lors de la création des cases, qui sont des illustrations narratives. Comme au cinéma, je dois décider comment cadrer certaines scènes, quel détail mettre de l’avant, combien de temps passer sur un moment… Et ma formation en design graphique m’aide beaucoup à façonner l’objet final du livre : composition des pages, typographie, etc. »
Hommage à un fameux aïeul
Dans la collaboration Amos vous raconte : Docteur Bigué, elle a illustré l’histoire de son arrière-grand-père, premier médecin d’Amos. « Plusieurs de ces aspects ont été réalisés par l’auteure Véronique Larouche-Fillion, qui baigne dans les textes historiques amossois depuis de nombreuses années. »
« Avec son travail sur la pièce théâtrale ambulante Amos vous raconte son histoire, mon travail à l’illustration a été grandement facilité grâce à son expertise. De pouvoir travailler sur ce projet axé sur mon ancêtre était un grand honneur et j’ai eu beaucoup de plaisir », ajoute Mme Bigué.
Son travail au sein de la collection Amos vous raconte l’amène à illustrer des récits historiques et patrimoniaux, en portant une attention particulière à l’interprétation visuelle des faits et à la transmission de la mémoire collective de l’Abitibi-Témiscamingue.
« Je travaille vraiment de concert avec Véronique Larouche-Fillion afin de fouiller les archives photographiques de la ville pour être fidèle le plus possible visuellement à l’histoire. Mais cette série apporte aussi une pointe de fiction, donc nous nous permettons parfois certaines créativités au niveau du récit et de ses illustrations. »
Son approche stylistique
Travaillant tant sur des romans graphiques (Parfois les lacs brûlent) que sur des albums et séries jeunesse, elle explique comment elle adapte sa palette, ses cadrages et son registre graphique à chaque projet, tout en conservant une signature reconnaissable. « Chaque projet appelle à son style et à sa palette de couleur par son approche et ses thèmes. J’aime jouer avec ces aspects pour desservir le mieux possible le texte.
Par exemple, dans sa plus récente parution, la bande dessinée La maison cachette (publiée cet automne chez La Pastèque) écrit par Erika Soucy, la couleur vient y jouer un rôle narratif : la palette se diversifie et devient plus lumineuse tout au long du récit. »
Son processus créatif
Le processus de création Geneviève Bigué repose sur une approche hybride, conjuguant esquisses sur papier et finalisation numérique à l’aide d’une tablette graphique. Ce croisement des médiums influe sur son rapport à la texture, à la composition et sur ce qu’elle cherche à transmettre dans ses illustrations, en particulier lorsqu’il est question de nature et d’atmosphères denses.
« Débuter sur papier m’aide à mieux cerner la composition de mes images et m’aide à débloquer les premières idées. Je trouve également qu’il y a une fluidité à mon trait de crayon que je ne retrouve pas lorsque je fais mes esquisses de manière numérique. Mais les nombreuses possibilités qu’offre le numérique m’aident à la réalisation des finaux, notamment pour essayer différentes palettes de couleur ou pour décider du type de trait final. »