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Eskers : un ouvrage plonge au cœur de l’or bleu abitibien

3 décembre 2025

par : Davide Buscemi

photo : Photo Le Citoyen — Davide Buscemi

Dirigé par Jonathan Hope, professeur en études littéraires originaire d’Évain, dans le cadre du projet Réécrire la forêt boréale, le recueil Eskers, paru le 3 décembre, rassemble 15 textes littéraires et scientifiques consacrés à ces formations glaciaires qui filtrent une eau d’une pureté rare, devenue l’« or bleu » de l’Abitibi.

Le recueil se compose de 15 textes consacrés aux eskers, ces formations géologiques issues des périodes glaciaires. Plusieurs disciplines se fédèrent autour de ce thème.

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« Cette initiative est le deuxième volet du projet Réécrire la forêt boréale. Un premier recueil intitulé Boréaliser avait été aussi publié dans la revue Zinc. Ce qu'on avait fait à ce moment-là, c'était de réunir des littéraires de l'UQAM avec des écologistes de l'UQAT. Cette première édition avait bien marché. Ça parlait des perturbations dans les forêts boréales. »

Un second volet consacré à un écosystème crucial

Pour ce nouvel opus issu du même projet, ils ont voulu trouver un « autre thème rassembleur ». Le choix s’est porté sur les eskers, « ces vestiges des périodes glaciaires ».

« Sous les calottes de glace, les eaux de ruissellement et de fonte formaient des rivières. Celles-ci transportent du sable, du gravier, des cailloux, des matériaux fluvio-glaciaires qui se sont accumulés pour laisser des formations sinueuses dans le paysage. Les eskers fonctionnent comme d’immenses filtres, ce qui permet d’y récolter une eau exceptionnellement pure ».

Du reste, l’eau Eska s’exporte partout au Québec. C’est « l'or bleu ». Un or fragile à protéger, source d’inquiétudes « culturelle, économique ou politique ». À l’image de ces filtres naturels, le recueil tamise les regards littéraires et scientifiques pour en faire jaillir une compréhension plus limpide de ces milieux.

« Les eskers furent choisis car je pense que si on ne vient pas de l'Abitibi, on ne les connaît pas vraiment, on les oublie, on les ignore. On boit de l'eau Eska mais on ne sait pas que ça vient de l'esker. On a donc voulu identifier, trouver un écosystème un peu unique, un peu oublié, mais en même temps, vraiment crucial en Abitibi, à la fois très important pour la forêt, mais aussi pour l'eau ».

Un or bleu menacé par les usages humains

M. Hope déplore aussi un « écosystème sous pression, soumis à diverses pressions anthropiques ». Les eskers fonctionnent comme d’immenses filtres naturels et fournissent une eau réputée exceptionnellement pure. Cette eau joue un rôle dans la réflexion littéraire et écologique dans ce deuxième volet intitulé Eskers. « L'eau est un peu insaisissable. Elle est à la fois partout mais on ne peut pas la prendre dans notre main. D'un point de vue métaphorique, c'est une drôle de figure. L’eau est cruciale d'un point de vue environnemental. L’eau percole partout ; elle est dans tous les corps ».

L’eau : un objet littéraire encore méconnu

Selon M. Hope, il demeure toutefois une carence dans son domaine. « D'un point de vue littéraire, je trouve que l’eau est un objet un peu méconnu. Peu de gens ont écrit sur l'eau, à proprement parler. Toutefois, on assiste maintenant à une sorte de renouveau. Il y a un intérêt vraiment marqué pour ce qu'on appelle dans les humanités environnementales, la littérature environnementale ». L’eau demeure un archipel encore peu cartographié, dont Eskers explore les premières rives.

Le professeur de l’UQAM soutient que rivières et lacs « ne sont pas toujours très bien entretenus. Dieu sait qu'il y en a au Québec, au Canada. On ne s'en occupe pas toujours très bien ».

Des responsabilités collectives et individuelles

Il en va aussi des responsabilités individuelles. « On n’est plus à l'époque où l’on pouvait arroser notre gazon pendant des heures. Nous devons avoir une réflexion sur notre utilisation de l'eau ».

L’ouvrage met en lumière la vulnérabilité des eskers face aux changements climatiques et aux pressions humaines. « La mise en bouteille de l'eau, les projets miniers, les projets d'exploitation forestière de nos ressources naturelles : c'est de là sans doute que viennent les pressions les plus importantes. »

Redécouvrir les eskers par l’expérience directe

Les eskers sont aussi décrits comme des lieux de loisirs, de cueillette, de baignade, de détente. Le lecteur peut établir quelque lien entre ces usages quotidiens et la nécessité d’une protection accrue. « Le lecteur doit établir des liens vécus. Des liens imaginaires aussi. Mais il faut pouvoir accéder à ces endroits-là. C'est important. Savoir que ces endroits existent certes mais il faut y aller également pour ne pas les occulter. »

Des allers-retours inspirants

Eskers est un ouvrage qui s’est abreuvé des allers-retours entre Montréal et l'Abitibi. « Les écologistes de l'UQAT sont venus à Montréal. On a fait des sorties, des ateliers d'écriture. Les littéraires de l'UQAM sont montés en Abitibi pour des ateliers et des sorties. Pour la plupart, c'était leur première fois qu’ils prenaient la 117 et passaient Mont-Laurier. »

Outre ses autres collègues qui ont permis la naissance d’Eskers, M. Hope cite un groupe estudiantin d’une vingtaine/trentaine de membres qui ont fait montre d’un « enthousiasme contagieux » lors des rencontres, ateliers, discussions.
« C’est un travail d'équipe, un travail de terrain. Un travail de grande joie aussi depuis 2023. » L’échange interdisciplinaire a été équilibré. « Le littéraire a été mentoré en écologie ; l'écologiste a été mentoré en littérature. » Cette collaboration permet d’élargir un lectorat.

Un voyageur du temps

La temporalité émanant de l’histoire des eskers nous dépasse. « Les eskers sont des objets qui ont été là depuis la fonte des glaces. Ce n’est quand même pas rien. C'est une leçon d'humilité »"

Cette genèse géologique nourrit l’imaginaire, les métaphores du livre mais elle figure une réalité qui nous dépasse.
« Une temporalité géologique est par définition un peu au-delà de nous, au-delà de moi. J'avais un rendez-vous ce matin, j'en ai un autre plus tard. Je sais à peu près ce que je vais faire demain, la semaine prochaine. Dans 10 000 ans, qu'est-ce qui va rester de nous, on n'en a aucune idée. Mais on sait ce qui va rester d'un cap de roche dans 10 000 ans, ça va être essentiellement un cap de roche. Sauf, s’il est démoli… »

Eskers est le fruit d’une collaboration entre Jonathan Hope, Cassie Bérard, Catherine Cyr, Guillaume Grosbois, Miguel Montoro Girona et le restant de l'équipe.

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