Un an après avoir foulé les sentiers du chemin de Compostelle, Karine Lavallée, la Rouynorandienne, parle encore de son périple avec émotion. Elle a compris le sens du lâcher-prise, qu’elle n’a pas besoin de tout contrôler pour avancer. Comme toutes les personnes l’ayant fait, faire le chemin de Compostelle change une vie.
L’histoire de Karine est intéressante parce que son expérience illustre une quête humaine universelle : celle de se retrouver, de changer sa façon de voir la vie et de découvrir une force intérieure à travers une aventure authentique et profondément transformative.
Tout a commencé presque par hasard. À l’époque, Mme Lavallée est habitée par un besoin de se mettre au défi, d’être déstabilisée et de se retrouver. Une collègue lui parle alors d’une conférence abordant le chemin de Compostelle. Elle y assiste par curiosité, n’étant pas croyante, elle ne pensait pas que ce projet lui correspondrait.
Elle prend donc la décision de partir seule pour faire ce périple, sans grande préparation. À sa grande surprise, sa fille et sa grande amie choisissent de l’accompagner. Ce trio va finalement vivre une des aventures les plus intenses et profondes de leur existence. Elles partent en basse saison, avec quelques vêtements et leurs sacs à dos, ne sachant pas ce qui les attend.
Jour après jour, Karine apprend à écouter le rythme de ses pas. À accepter la fatigue et la douleur. À accueillir l’imprévu, la peur et à lâcher prise sur ce qu’elle ne peut pas contrôler lorsque ses membres crient de douleur ou que la météo impose sa loi. Elle raconte aujourd’hui que c’est là, quelque part entre deux villages, qu’elle a compris : on ne peut pas tout contrôler, et ce n’est pas grave. Le lâcher-prise se révèle donc être une libération.
Sur le chemin, elle rencontre des inconnus qui ne le sont plus vraiment. Des gens bons, chaleureux, respectueux et sincères. Des pèlerins venus d’un peu partout, tous animés par quelque chose de fragile et de grand à la fois. Dans les cafés modestes, autour d’un bol de soupe chaude ou lors d’une pause improvisée au bord d’un champ, les conversations se révèlent être profondément vraies. Le chemin n’est plus que religieux, mais il demeure magique en soi, en étant ce qu’il est essentiellement. Il efface les statuts, les distances, les façades. Il ne reste que des humains qui marchent ensemble et vivent les mêmes choses. C’est un endroit où tout ce qui est futile n’existe plus, pas même le temps. «Le temps ne se calcule plus, du moins plus comme on sait le faire», raconte Mme Lavallée.
Le dernier jour, quand elle atteint leur destination, elle ne ressent pas l’explosion de joie qu’elle imaginait. Plutôt une paix. Une sorte de silence intérieur qu’elle ne connaissait plus. Le cœur serein et rempli de gratitude, elle dépose enfin les galets, ce geste symbolique par lequel les pèlerins laissent derrière eux un poids, une peur ou un fardeau qu’ils ne veulent plus porter, dans un endroit qu’elle seule connaît, invisible aux yeux de tous. Une partie d’elle restera pour toujours sur ce chemin.
Un an plus tard, elle repense avec émotion à ce chemin. « Depuis, il ne s’est pas passé une journée sans qu’une odeur, une image, une blague, une sensation ou une chanson ne me rappelle un moment passé là-bas », soutient-elle.
Il lui aura fallu 230 kilomètres et 12 jours, mais sur ce chemin, Karine Lavallée a trouvé bien plus que ce qu’elle cherchait : elle s’est retrouvée elle-même.