Luc Paquet a été apiculteur avant de reprendre Fordia, l’entreprise familiale, fleuron dans la fabrication d’outils diamantés précieux dans l’exploration minière. Le Rouynorandien a dirigé sa firme pendant 30 années. En entrevue, il est revenu sur sa carrière et raconte ses engagements philanthropiques.
Diplômé en communications à l’Université Concordia, Luc Paquet a démarré sa vie d’entrepreneur en tant qu’apiculteur. De la ruche ouvrière à l’usine, le saut pourrait paraître incongru. Mais il découle d’une logique, d’une continuité.
« Fordia est une entreprise familiale que mon papa a fondée en 1977. Je me suis mis à travailler pour lui, car l’apiculture ne me faisait pas vivre. C’était en attendant de devenir un apiculteur à temps plein. C’était alimentaire. Puis, mon père a décidé de vendre Fordia. C’est là où j’ai saisi l’opportunité de la racheter avec mon frère Alain. »
Le monde des abeilles peut sembler un modèle d’organisation sociétale, une miniature d’une société humaine parfaitement huilée. Et les analogies fleurissent. « Pour les abeilles, ce qui compte, c’est la communauté et sa survie. Pas l’individu. Dans certains cas, ce dernier se sacrifie même. Il y a une organisation des tâches selon les besoins : s’il faut davantage de cirières ou de butineuses, la colonie s’adapte », explique monsieur Paquet.
Leader mondial
Le monde minier puisait dans le savoir-faire de Fordia et le Québec pouvait s’enorgueillir de son rayonnement.
« Nous étions le leader mondial de la fabrication d’outils diamantés. Je ne connais pas d’autres secteurs au Québec qui peuvent dire qu’ils sont les leaders mondiaux dans leur domaine. Ça nous a pris 20 ans après l’acquisition de Fordia pour atteindre ce statut-là. » La ruche était étendue et bourdonnait à l’étranger. « On avait 13 bureaux à travers le monde, trois usines. On exportait 70 % de nos produits à l’extérieur du Canada. »
Fordia a été vendue à Epiroc en 2019, une firme scandinave. « Le centre de décision reste à Montréal, mais le siège social est parti en Suède. D’ailleurs, Epiroc a gardé notre équipe en place. »
Un conseil aux entrepreneurs : l’indépendance financière
Luc Paquet a tiré quelques enseignements de la vente de son joyau. Pour résister aux offres d’acquisition étrangères, l’homme d’affaires insiste sur « l’indépendance financière » qui a été son leitmotiv. « Souvent, les gens pensent qu’ils sont riches à cause de la valeur de leur entreprise. Mais elle ne vaut rien. Ça vaut ce que quelqu’un est prêt à payer sur le moment. »
L’indépendance financière permet « de gérer différemment sa société ». Les dirigeants « vont pouvoir prendre plus de risques, investir. Et s’ils doivent vendre, ils peuvent être patients et trouver le bon partenaire. » En affaires, il s’agit parfois d’être audacieux. Monsieur Paquet se rappelle sa plus grande prise de risques. « Ça a été un risque technologique. On n’était pas des leaders au début.
Nos concurrents avaient un procédé qui s’appelle « l’atmosphère contrôlée » qu’on n’avait pas. Il a fallu inventer parce que ça ne se vend pas sur le marché, ce genre de four là. Inventer un type de four pour ce type de cuisson. Grâce à ça, on a pu développer la gamme des produits qui nous ont rendus célèbres. »
« L’autre risque, ça a été l’exportation. Comme c’est un marché cyclique, on avait des années de vaches grasses, des années de vaches maigres. Les marchés québécois et canadien s’effondraient. Pour pallier ces effondrements, on a commencé à exporter nos produits. Mais ce fut un long chemin. »
La transition énergétique
L’évolution de la demande pour les outils diamantés et l’exploration minière « va exploser » selon Luc Paquet.
« On s’en va vers un monde où la transition sera au centre. Contrairement à ce que pense M. Trump, la crise climatique existe. Pour contrer cela, il faut se décarboner par les énergies vertes (solaire, éoliennes, nucléaire). Tout ça demande des métaux! Plus de métaux, plus de mines. Plus de mines, plus d’exploration. Plus d’exploration, plus d’outils diamantés. »
Un coup de pouce pour l’environnement
« Les changements climatiques me préoccupent. J’ai trois enfants, six petits-enfants. J’ai mis sur pied deux OBNL qui viennent en aide aux entreprises qui veulent se décarboner. L’une s’appelle Brav. Ensuite, j’ai parrainé un film avec Catherine Perrin qui s’appelle Virage vert : les règles du jeu. Ça parle d’entreprises qui ont des solutions pour décarboner. » Enfin, il investit son argent dans des fonds ayant comme mission d’aider des startups à vraiment se décarboner. « Là, je joue aussi un rôle de conseiller. »
La vente de Fordia lui sert à financer ces projets humanitaires et philanthropiques. Comme symbole, monsieur Paquet prend en exemple la sculpture L’Enfant lumière. « C’est un message d’espoir. L’œuvre est installée sur l’un des lacs probablement les plus pollués au Canada. L’espoir, c’est l’oiseau, donc la nature, qui vient nourrir L’Enfant lumière. »