Tourisme Abitibi-Témiscamingue (TAT) et le Conseil régional de l’environnement (CREAT) ont lancé mi-novembre une démarche destinée à dresser un portrait régional des impacts climatiques sur le tourisme et à accompagner les entreprises dans leur adaptation et leur décarbonation. Porté notamment par le directeur du développement et de l’innovation chez TAT, Guillaume Travert, le projet s’échelonnera jusqu’en 2027 et doit mener à la création d’outils concrets pour un secteur plus résilient.
Un portrait régional devenu indispensable
Pour amorcer ce vaste travail, Guillaume Travert décrit les changements déjà observés sur le terrain. Selon lui, les phénomènes liés au climat demeurent mal documentés, bien qu’ils concernent autant les feux, les inondations que la variabilité de l’enneigement et les décalages saisonniers.
« Tous les changements concrets qu’on observe, on ne les connaît pas vraiment à part dans des échanges informels avec nos membres. Les entreprises touristiques et non touristiques posent des gestes mais elles ne savent pas toujours si c'est de l'adaptation ou de la lutte.
Par exemple, on a des hôtels qui sont certifiés Clé Verte car ils sont passés par un processus. Cette méconnaissance globale nous a conduits à brosser ce portrait pour être capables ensuite de travailler sur un plan d'action qui sera vraiment adapté à la réalité du territoire. »
Ce portrait servira de base à l’accompagnement. « Dans ce portrait, certains seront plus ou moins avancés. Donc, il faudra être en mesure d'aider ceux qui partent de zéro ou presque. Pour ceux qui sont déjà plus avancés, il y a déjà des débuts de réflexion et de stratégie en perspective. Mais tout ça doit reposer d'abord sur les portraits. Plus le portrait sera exhaustif, plus nos actions seront pertinentes. »
Le document de lancement du CREAT rappelle que ce travail doit permettre d’identifier les vulnérabilités du territoire, de regrouper les initiatives déjà existantes et de mieux comprendre les transformations graduelles du climat, comme le couvert neigeux instable ou les saisons qui se déplacent lentement.
Une vaste mobilisation dans les cinq MRC
Guillaume Travert mène actuellement une tournée régionale afin de rencontrer les entreprises touristiques et de promouvoir la participation au questionnaire, disponible jusqu’à la mi-janvier. « On en profite pour rencontrer nos membres et on sollicite nos partenaires dans les cinq MRC qui sont responsables du tourisme pour relayer l'information. »
Il précise que TAT agit comme relais et non comme expert climatique. « Nous, on se veut des relayeurs. » Le CREAT assure l’expertise technique, tandis que le ministère du Tourisme finance une étude climatique dans chaque région du Québec afin d’harmoniser la compréhension de ces enjeux.
Une lutte qui passe aussi par la décarbonation
Guillaume Travert distingue l’adaptation de la lutte aux changements climatiques. « D’un côté, il y a l'adaptation ; de l'autre, la décarbonation. La lutte contre les changements climatiques passe par la décarbonation qui est la meilleure façon assurément. »
Parmi les initiatives concrètes déjà réalisées, il cite le Guide de préparation en cas de feux de forêt, élaboré après la saison 2023. Ce document aide les entreprises à planifier leurs actions avant, pendant et après un incendie, à protéger leurs installations et à gérer leurs communications. « C’est un bel outil qui a été salué. Récemment, les Laurentides nous ont demandé s’ils pouvaient l’utiliser et l’adapter à leur région. »
Ce besoin d’anticipation s’était imposé. « Après ces feux estivaux, l'hiver qui a suivi avait un couvert neigeux encore très bas. Le risque de feu était encore très grand pour l'été suivant. On a voulu être proactifs. Il est question de la gestion du avant-pendant-après. Comment se préparer en amont des feux, comment gère-t-on nos médias sociaux et protège-t-on nos installations ? La gestion de la clientèle également. »
Ces efforts doivent s’intégrer à des chantiers plus larges : réduction des GES, mobilité durable, économie circulaire, gestion des matières résiduelles et préservation de la biodiversité.
Des outils à produire d’ici 2027
La démarche prévoit une grande journée régionale à l’automne 2026 pour présenter les données et valider les recommandations sectorielles. La publication d’un plan d’action régional est prévue en 2027.
Guillaume Travert souligne que les outils à venir seront conçus en fonction des besoins exprimés par les entreprises. « On a d’autres outils concrets en plus de celui des feux de forêt à transmettre. Grâce au questionnaire, on saura quels types d’outils nos membres souhaiteraient le plus. »
Il rappelle que les impacts climatiques diffèrent selon les activités. Les musées sont généralement moins touchés, tandis que « pourvoiries, campings, parcs nationaux ou festivals en extérieur endurent les fluctuations climatiques extrêmes ».
Il évoque également les bases d’un « projet d'entente sectorielle de développement en tourisme qui inclut une ressource en tourisme responsable et durable. Le développement doit être nécessairement durable ».