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« L’IA va nous amener à être plus humains »

6 novembre 2025

par : Davide Buscemi

photo : Gracieuseté

Le Rendez-vous IA s’est tenu ce 6 novembre à Rouyn-Noranda. Loin de remplacer l’humain, l’intelligence artificielle pourrait au contraire nous pousser à le redevenir davantage. Présentée comme un nouvel employé à apprivoiser plutôt qu’une menace, l’IA doit être intégrée, soutient le directeur général de MicroEntreprendre Abitibi-Témiscamingue, Martin Beaulieu, qui nous a accordé une entrevue en marge de l’événement.

Vous présentez l’IA comme un “nouvel employé”. Quelles tâches concrètes pourrait-elle assumer dès maintenant dans une PME d’Abitibi-Témiscamingue ?

L’intelligence artificielle (IA) peut aider à développer nos connaissances car ce ne sont pas toutes les PME qui sont capables d’accéder à tous les services professionnels. Donc, par l’usage de l’IA, on peut développer les connaissances en interne pour travailler : programmation, automatisation, etc.

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Comment préparer les équipes humaines pour éviter la peur, la résistance ou la perte de sens face à l’arrivée de l’IA ?

L’IA est un outil analytique extrêmement puissant. Mais extrêmement fragile aussi. Elle est tellement forte dans les calculs et dans l’analytique mais par exemple, ce matin, mon ordinateur avait un problème. L’IA l’a remis à jour et il est presque plus neuf que lorsque je l’ai acheté. En revanche, l’IA n’a jamais détecté qu’il y avait un fil électrique débranché sur un auxiliaire. L’IA ne suit pas forcément le bon sens.

L’IA que j’ai utilisée est conversationnelle. Pour ces tâches, on peut utiliser ChatGPT ou Claude. Si vous avez un profil analytique, ingénieur, vous vous entendrez mieux avec Claude qui pose des questions et réponses directes, tandis que ChatGPT va échanger, parler, envoyer des émojis. Ce qui correspond mieux aux gens plus chaleureux.

Quels outils proposez-vous pour transformer l’arrivée de l’IA en opportunité de croissance plutôt qu’en menace ?

L’IA est un outil en constante évolution. Pour ne pas être menacés, la solution est de suivre les agents conversationnels (ChatGPT) car c’est la meilleure porte d'entrée. C'est eux qui vont pouvoir nous guider sur nos besoins, nous aider à affiner notre idée sur ce qu’on veut faire avec notre entreprise. Ils vont pouvoir te conseiller par un jeu de questions/réponses qui nous permet d'affiner notre réflexion et d’avoir la meilleure réponse possible. À la fin, c’est à nous de prendre la décision. ChatGPT, par exemple, devient un conseiller en interne.

On entend que l’IA nous prendrait toutes les jobs. Vrai ou faux, ça dépend de l’adaptabilité de l’humain. Avec l’intelligence artificielle, tu vas produire 10 fois plus, tu rentreras à la maison moins fatigué, tu auras moins d’erreurs dans tes calculs. Il faut s’adapter à cette nouvelle technologie.

Comment concilier l’efficacité attendue de l’IA avec des valeurs humaines comme l’éthique, la confiance ou la dignité au travail ?

L’IA ne fait que calculer. Ce n’est pas une éthique. L’IA répond directement et en fonction de notre requête. Si dans votre question, il y a le partenariat. Il y aura le mot partenariat dans la réponse. Si l’IA déroute, c’est parce qu’on l’a fait dérouter.

Pour l'éthique, il faut considérer l’IA comme un membre d'équipe non humain. On va lui expliquer nos valeurs, notre culture, comment ça marche chez nous.

Peut-on réellement “intégrer un employé IA”, ou faut-il plutôt apprendre à travailler avec lui ?

L’IA va s’adapter à notre façon de travailler. Il faut intégrer l’IA comme un stagiaire ou un nouvel employé non humain. Cela dit, les tâches restent les mêmes. Les choses vont changer, les emplois vont changer de gré ou de force. On ne peut pas contourner le phénomène.

L’IA serait la dernière révolution en date, une évolution sans fin, entend-on. Êtes-vous d’accord avec cela?

Je dirais que oui. On ne voit pas quand l’IA va cesser sa croissance. En outre, l’IA utilisée aujourd'hui, est juste analytique : elle gère des données, essaie de prévoir votre prochaine réponse.

Mais l’IA, la vraie, qui s’en vient, est causale. Les effets, les causes. Cette IA n’est pas encore disponible. Elle est 1 000 fois plus puissante que la première IA. Si on maîtrise mal la première, avec la deuxième, ça va être un choc culturel encore plus grave !

C’est une révolution qui a ses bienfaits : présentement, l’IA (spécialisée et non l’IA conversationnelle) est meilleure qu’un spécialiste pour diagnostiquer un cancer.

Selon les neurosciences, quels sont les mécanismes d’adaptation ou de résistance au changement technologique que vous observez le plus souvent ?

La crainte de l’inconnu ! Les gens s'imaginent toujours le pire face à l’inconnu. Le cerveau représente la structure la plus instable qu'on connaisse. Mais aussi la plus complexe et puissante. Par définition, le cerveau essaie de demeurer stable. Donc, dès qu'on y rentre un compétiteur, le cerveau fait de la résistance. C'est naturel !

L’IA est également instable. Entre elle et l’humain, il doit y avoir un maître d’œuvre qui dirige l'autre. C’est conseillé que ce soit l’humain.

C’est bénéfique car l’humain court après des courriels, des tâches à effectuer. Grâce à cette technologie, l’humain peut sortir de ces rouages et planifier et anticiper. C’est l’IA qui court.

Quelle approche conseillez-vous pour utiliser une IA conversationnelle à travers les questions/consignes appelées prompts ?

Ce n’est pas la première question posée à l’IA qui importe le plus. Ce qui est important, ça va être sa réponse. On lui demande d’apporter des correctifs. En somme, on l'amène plus près de notre intention.

Bref, ce sont toutes les questions subséquentes à notre première idée jusqu'à ce que l’on ait la réponse parfaite. Certaines personnes croient qu’on pose une question et qu’on a la réponse alors que la machine ne sait pas qui tu es, quelle est ton intention. C’est à nous d’orienter la machine pour obtenir la réponse parfaite.

Qu’est-ce qui distingue l’approche de l’Abitibi-Témiscamingue en matière d’IA et d’innovation humaine par rapport à Montréal ou Québec ?

Montréal et Québec se concentrent sur la recherche et la technologie. À Rouyn-Noranda, on essaie d’établir un pôle de relation humain-IA. Ça, c’est inédit au Québec ou très peu. On est vraiment bien positionnés pour développer cette expertise.

Dans quels métiers voyez-vous l’IA transformer le travail plutôt que supprimer des emplois ?

Ça va transformer tous les métiers, partout ! Cette semaine, je parlais avec une compagnie de déménagement. On m’a dit que l’IA ne prendra jamais leur place. Pourtant, si ! Les robots au Japon sont déjà prêts. Ce qui manque, c'est un niveau d'intelligence d'interaction. Les robots feront le travail avec moins d’erreurs, moins de bris. Mais l’humain ne perdra pas sa place. Il changera seulement d’équipe. Les humains vont être plus reposés. L’IA va nous amener à être plus humains.

À la fin de cette journée (6 novembre), que souhaitez-vous que chaque participant emporte avec lui ?

La plupart d’entre eux utilisent ChatGPT. Peu savent comment l'utiliser. Ce n'est pas juste une question de prompt. C’est la façon avec laquelle la machine réfléchit en arrière. Lorsqu'on comprend ça, on change complètement notre interaction avec cette IA.

L’IA va à toute allure, il faut suivre le rythme.

Dans le monde de l’IA, quand on anticipe ses possibilités, à l’horizon de 90 jours (pas 90 ans !), on est déjà dans la science-fiction. GPT-4, sortie en mars 2023, c’était un bachelier. La dernière version, GPT-5 (août 2025), c’est comme tous les doctorats mis ensemble.

L’IA effraye aussi quant aux fausses vidéos (deepfakes) représentant des personnes existantes (voire célèbres) à qui l’on fait dire et faire ce que l’on veut.

Les gouvernements devront légiférer. Mais à la vitesse où l’on va, d’ici l’été prochain, n’importe qui en cour de justice pourra demander la preuve qu’une preuve numérique est vraie car l’année prochaine on ne sera plus capables de différencier le fake du vrai. Nos manières d’interagir, c’est un raz-de-marée qui s’en vient. Tout va changer !

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