Depuis 30 ans, « Monsieur Noël » veille sur les écoliers
Par : Ange Major
À Saint-Bruno-de-Guigues, Noël Saint-Germain accompagne les enfants sur le chemin de l’école depuis près de 30 ans. Au fil des générations, celui que les plus petits surnomment parfois le père Noël est devenu bien plus qu’un brigadier scolaire. À l’occasion de la Semaine nationale de reconnaissance des brigadiers et brigadières scolaires, il raconte les liens qui se tissent, année après année, de chaque côté de la rue.
Quand un enfant tarde à arriver, Noël Saint-Germain ne quitte pas immédiatement son poste. Il connaît les habitudes des écoliers, reconnaît les retardataires et sait lesquels doivent encore traverser. Alors, quitte à prolonger un peu son quart de travail, il attend les derniers. « Je les connais tous, puis je sais à quelle heure ils arrivent. Puis les retardataires, je sais c’est qui. J’attends qu’ils arrivent pour les faire traverser », raconte le brigadier de Saint-Bruno-de-Guigues.
En janvier prochain, il célébrera ses 30 ans comme brigadier scolaire. Depuis ses débuts, plusieurs générations d’écoliers se sont succédé devant lui. Son histoire à cette intersection a pourtant commencé dans des circonstances difficiles. Pendant les vacances des Fêtes, il y a près de 30 ans, le brigadier qui occupait le poste depuis longtemps est décédé. La municipalité, pour laquelle M. Saint-Germain avait déjà effectué quelques travaux, lui a proposé de prendre la relève.
Il se souvient encore de sa première journée. Des enfants lui ont demandé où était passé le monsieur qui les faisait habituellement traverser. Il a fallu leur expliquer son absence. Puis, tranquillement, les jeunes se sont habitués à ce nouveau visage. Aujourd’hui, c’est lui qu’ils connaissent sous le nom de « Monsieur Noël ». Les plus petits, eux, l’appellent parfois le père Noël.
Des enfants devenus parents
Il arrive maintenant que des parents accompagnant leurs enfants à l’école reconnaissent celui qui les aidait eux-mêmes à traverser lorsqu’ils étaient petits. D’autres l’interpellent au hasard d’une sortie, parfois bien loin de son intersection habituelle.
Un jour, à Rouyn-Noranda, un ancien élève l’a reconnu alors qu’il se trouvait sur son lieu de travail. Pour M. Saint-Germain, reconnaître ces anciens élèves n’est pas toujours aussi facile. Ceux qu’il a connus enfants ont bien changé, mais eux se souviennent de « Monsieur Noël » et ne manquent pas de le saluer lorsqu’ils le croisent.
Certains se souviennent même des petites attentions qu’il leur réservait autrefois. Pendant ses premières années, il lui arrivait de se déguiser en père Noël pour distribuer des surprises aux enfants de la maternelle. Une tradition qu’il a abandonnée avec le temps, notamment parce que les groupes sont devenus plus nombreux.
Cette affection s’est aussi manifestée dans un moment plus difficile de sa vie. Après avoir subi un accident vasculaire cérébral (AVC), Noël Saint-Germain a dû être transporté par avion à Montréal. À l’école, les jeunes se demandaient où était passé Monsieur Noël. Ils lui ont alors préparé une grande carte de souhaits, un geste qui l’a profondément touché.
La vigilance derrière les salutations
Si les enfants ont changé au fil des générations, une préoccupation demeure pour Noël Saint-Germain : la vitesse des automobilistes. En près de 30 ans, il a vu la circulation augmenter, sans que les conducteurs pressés disparaissent de son quotidien.
Certains conducteurs ne s’arrêtent pas lorsqu’il s’engage pour faire traverser les enfants. D’autres sont distraits par leur téléphone ou roulent trop rapidement à proximité de l’école. « La vie d’aujourd’hui est trop vite », constate-t-il.
La météo ne lui facilite pas toujours la tâche non plus. Il se souvient notamment d’une matinée où le brouillard était si dense qu’il ne distinguait même plus le commerce situé un peu plus loin. Pluie, neige ou froid, il continue néanmoins d’assurer ses traversées, un travail qu’il ne considère pas particulièrement exigeant.
À 69 ans, Noël Saint-Germain commence à envisager sa retraite. Il pense poursuivre son travail encore deux ou trois ans avant de laisser sa place à quelqu’un d’autre.
De ces presque 30 années passées auprès des écoliers, il retient surtout « une satisfaction d’aider ».
Pour l’instant, Monsieur Noël continue de retrouver les enfants chaque jour de classe. Et lorsqu’un retardataire manque à l’appel, le brigadier reste quelques minutes de plus, pour lui laisser le temps d’arriver et pouvoir le faire traverser.