Culture

Solidarité, empathie et compassion : les souhaits de Catherine Côté

Par : Joanie Dion

Alors qu’elle se présentait en famille à l’hôpital à l’occasion d’un suivi de routine pour son bébé en octobre 2022, elle a vu son fils et son conjoint repartir seuls à la maison. Catherine Côté, elle, n’allait pas bien. Elle vivait une dépression post-partum sévère, qu’elle raconte dans son nouveau recueil de poésie : Dans la séparation de nos corps, publié à l’Hexagone, qu’elle a écrit comme un appel à la solidarité, à l’empathie et à la compassion.

Catherine Côté | Crédit Marco Campanozzi de La Presse
Catherine Côté
(Photo : Marco Campanozzi de La Presse)

« Mais pourquoi il n’y a personne qui m’a avertie que c’était le genre de chose qui pouvait arriver ? » confie-t-elle comme un cri du cœur. Selon ce que Catherine Côté écrit dans sa publication Facebook pour présenter son livre, une femme sur dix traverse une dépression post-partum. Malgré ce nombre, elle déplore l’absence d’information à ce sujet.

« Pour moi, ce qui se passait dans ma tête, c’était la fin du monde. C’était de la grosse, grosse, grosse anxiété, beaucoup de pensées intrusives. Je n’avais jamais vécu quelque chose comme ça. Puis de me faire dire qu’il y a d’autres gens qui le vivent… Je me suis dit : “OK, mais c’est qui ces gens-là ? Pourquoi je n’ai jamais entendu parler de ça ?” »

Elle admet que, si son conjoint n’avait pas dit au pédiatre qu’elle « n’allait pas bien », elle ne l’aurait pas affirmé d’elle-même. Parce que la honte et la peur de « se faire enlever son bébé » étaient ancrées en elle. Mais à ce moment-là, avec l’accueil de la médecin et le soutien de son conjoint, Catherine Côté a pu faire le premier pas vers sa guérison et entamer un processus d’hospitalisation en urgence psychiatrique.

« J’ai passé les cinq jours suivants à l’urgence psychiatrique. Cinq jours passés à pleurer, à dormir. À parler à des psychiatres », écrit-elle sur Facebook. « J’avais beaucoup peur de me faire mal à moi-même, mais aussi j’avais peur de faire mal à mon bébé », livre-t-elle en entrevue, les yeux humides. Ces pensées anxiogènes ont entraîné un état d’hypervigilance dans lequel elle surveillait tous ses faits et gestes, mais également chacune de ses pensées pour éviter de le blesser ou de se blesser elle-même. « Ça s’appelle de la phobie d’impulsion. Ça me faisait tellement peur d’avoir des pensées comme ça. Ça me générait tellement d’anxiété que je n’étais plus capable de fonctionner. »

Couverture Dans la séparation des corps | Catherine Côté

Couverture officielle de Dans la séparation de nos corps (Photo : Gracieuseté)

Dans la séparation de nos corps a commencé à germer lors de cette période à l’hôpital, alors qu’elle avait un espace pour parler de ce qui l’habitait. Bien que la possession d’objets était proscrite, elle a pu obtenir du papier et un crayon afin d’extérioriser ses pensées. « J’ai tout jeté. Ça me faisait trop de peine. Ça m’a pris des années et du recul. Puis, en fait, j’ai commencé à l’écrire il y a un an, à peu près, quand ça approchait du 3e anniversaire. Là, c’était le bon moment, j’avais assez de recul pour être capable de mettre ça sur papier. »

De cette manière, la poésie a permis à Catherine Côté de raconter cette histoire, mais surtout de la raconter à son fils qui, un jour, pourra la lire. « Je m’arrête entre les poèmes, des fois, juste pour parler de ce qu’on vit maintenant, puis lui dire : “Non, mais aujourd’hui, je vais mieux, puis j’espère que tu sais que je t’ai toujours tellement aimé à travers tout ça, puis que ça n’a jamais été remis en question.” Pour moi, il y a beaucoup d’amour pour mon garçon là-dedans. »

Malgré cet amour pour son fils, d’autres peurs traversent les pensées de la poétesse, entre autres celles de l’accueil de son entourage. « Dans ma poésie, c’est beaucoup plus proche de mon intimité, et de ma vraie personne. […] J’avais cet espoir-là que ça puisse faire changer des choses, puis aider, puis soutenir ce qui est déjà en place. Parce qu’il y a déjà tellement de ressources qui existent, c’est juste qu’on ne les connaît pas. »

« La dépression post-partum, les hommes aussi en font. C’est possible. […] Il me semble que de parler de santé mentale, et à quel point ça bouleverse ta vie complètement, complètement, d’avoir un enfant, il me semble que ça, ça devrait prendre plus de place que comment je fais pour tenir la tête à mon bébé quand je lui donne son bain », conclut-elle sur les apprentissages de la vie de parent lors des cours prénataux.

Bien que la peur de rendre publique son histoire et la crainte du jugement des autres soient présentes, elle rappelle que la confession de son conjoint à la pédiatre a tout changé pour elle, pour son fils et pour sa famille. Que le soutien de l’entourage fait la différence. Que la solidarité, l’empathie et la compassion changent le processus de guérison et permet l’ouverture, l’acceptation et l’évolution.

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